ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 9 & VENDREDI 10 AVRIL 2026
Vieillissement démographique Le Maroc face au ralentissement silencieux de sa croissance Le Maroc entre dans une phase charnière de son évolution démographique. À l’horizon 2040, le Royaume sera à la fois plus urbain, plus concentré territorialement, mais aussi significativement plus âgé. Cette transformation, documentée par le haut-commissariat au Plan et présentée par Chakib Benmoussa, ne relève pas uniquement d’une dynamique sociale. Elle constitue un basculement structurel susceptible de redéfinir en profondeur les fondements de la croissance économique nationale.
D
Par M. B.
errière ces évolutions se des- sine une réalité encore sous-esti- mée: la démographie, longtemps moteur de développement, peut progressivement devenir un facteur de contrainte. Le Maroc est ainsi confronté à un tour- nant décisif : celui du passage d’un modèle de croissance sou- tenu par la dynamique démogra- phique à un modèle qui devra désormais s’en affranchir. Pendant plusieurs décennies, le Maroc a bénéficié d’une configu- ration démographique particuliè- rement favorable. La progression soutenue de la population en âge de travailler, combinée à une baisse relative du nombre de dépendants, a constitué un levier essentiel de croissance. Ce phé- nomène, qualifié de dividende démographique par la Banque mondiale, repose sur un méca- nisme simple : une augmentation du nombre d’actifs entraîne une hausse de la production, stimule la consommation et favorise l’in- vestissement. Dans ce contexte, la croissance économique peut être en partie
alimentée par la seule dynamique démographique, sans nécessiter immédiatement des gains impor- tants de productivité. Mais cette phase arrive aujourd’hui à son terme. Les projections du haut-commis- sariat au Plan (HCP) indiquent une inflexion claire : la part des personnes âgées de 60 ans et plus passerait de 13,8% en 2024 à 19,5% en 2040. Cette évolu- tion s’accompagne d’un ralen- tissement de la croissance de la population active, annonçant une dégradation progressive du ratio entre actifs et inactifs. Ce basculement marque l’entrée du Maroc dans une phase dite de post-dividende démographique. Contrairement à la période pré- cédente, la démographie ne soutient plus mécaniquement la croissance. Elle en modifie les conditions, voire en limite les perspectives. Comme le souligne la professeure Sara Sbai, «le vieillissement démographique ne crée pas les fragilités du modèle économique marocain, il les met à nu en retirant progressivement l’appui d’une démographie favo- rable». Cette affirmation est centrale. Elle signifie que le vieillissement agit comme un révélateur. Tant que la population était jeune, l’augmentation du nombre d’ac-
tifs permettait d’absorber, au moins partiellement, certaines faiblesses structurelles : un taux d’activité faible, un sous- emploi persistant, une inadé- quation entre formation et mar- ché du travail, ainsi qu’un poids important de l’économie infor- melle. À mesure que cette dyna- mique s’atténue, ces fragilités deviennent visibles et produisent des effets macroéconomiques plus marqués. Selon le Fonds monétaire inter- national (FMI), le vieillissement démographique se traduit à long terme par une diminution du potentiel de croissance. Cette relation s’explique par plusieurs canaux. D’abord, l’offre de tra- vail se contracte progressive- ment. Une part croissante de la population sort du marché du travail, tandis que la population en âge de travailler progresse moins rapidement. Ensuite, la structure de la productivité évo- lue. Les économies vieillissantes tendent à innover moins, à adop- ter plus lentement les nouvelles technologies et à privilégier des stratégies économiques moins risquées. À cela s’ajoute un effet souvent sous-estimé : l’impact sur l’épargne. Les ménages âgés ont tendance à consommer leur épargne plutôt qu’à l’accumu- ler, ce qui réduit les ressources
domestiques disponibles pour financer l’investissement. Dans le cas du Maroc, ces dyna- miques prennent une dimension particulière. Le pays n’est pas confronté à une pénurie de travail, mais à une insuffisante mobilisa- tion d’emplois productifs, quali- fiés et formels. Le taux d’activité global avoisine 43%, tandis que celui des femmes reste inférieur à 20%. Cette situation traduit une sous-utilisation importante du capital humain. Autrement dit, le Maroc entre dans une phase où la population active ralentit, alors même qu’elle n’est pas pleinement mobilisée. Cette double contrainte - démogra- phique et structurelle - constitue un frein potentiel à la croissance. Parallèlement, l’urbanisation accélérée renforce ces tensions. D’ici 2040, près de 70% de la population vivra en milieu urbain, et cinq régions concentreront plus de 86% de la croissance démographique. Cette concen- tration transforme la structure économique : elle favorise le développement des services,
Le Maroc pourrait se retrouver dans une situation où la croissance ralentit avant même d’avoir atteint un niveau de développement suffisant pour absorber les effets du vieillissement.
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