ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 9 & VENDREDI 10 AVRIL 2026
déclin démographique. À l’inverse, l’Europe illustre les limites d’un vieillissement avan- cé non compensé. Dans plu- sieurs pays européens, la part des personnes âgées dépasse 20%, entraînant une croissance économique faible, une pression accrue sur les finances publiques et une stagnation de la producti- vité. Dans ce contexte, la situation du Maroc apparaît plus fragile. Comme le souligne la profes- seure Sara Sbai, «le risque de vieillir avant de s’enrichir est réel pour le Maroc : la transition démographique est rapide, alors que la transformation productive demeure incomplète». Ce constat met en évidence un décalage critique entre la dyna- mique démographique et la capacité d’adaptation écono- mique. Le Maroc pourrait ainsi se retrouver dans une situation où la croissance ralentit avant même d’avoir atteint un niveau de développement suffisant pour absorber les effets du vieillisse- ment. Les projections du FMI, qui situent la croissance autour de 3% à moyen terme, confirment cette contrainte. Un tel niveau reste insuffisant pour absorber le chômage, soutenir une trans- formation industrielle ambitieuse et converger vers les économies avancées. Face à cette situation, la réponse ne peut être que structurelle. Elle repose d’abord sur une mobili- sation accrue de la population
active. L’augmentation du taux d’activité, notamment féminin, constitue un levier immédiat pour compenser le ralentisse- ment démographique. Elle implique ensuite une trans- formation du modèle de crois- sance. Le Maroc doit passer d’un modèle fondé sur l’accumulation quantitative des facteurs à un modèle basé sur la producti- vité, l’innovation et la montée en gamme. Cela suppose des investissements importants dans l’éducation, la formation, la recherche et le développe- ment, ainsi qu’une intégration plus poussée dans les chaînes de valeur mondiales. Enfin, la formalisation de l’éco- nomie apparaît comme un enjeu central. Sans élargissement de la base contributive, la soutena- bilité des systèmes de protec- tion sociale restera fragile face à l’augmentation des dépenses liées au vieillissement. Parallèlement, le vieillissement ne doit pas être perçu unique- ment comme une contrainte. Il ouvre également de nouveaux champs d’opportunités. Le déve- loppement d’une économie des seniors - santé, services à la personne, assurance, logement adapté - peut constituer un relais de croissance, à condition d’être structuré et anticipé. Le Maroc entre dans une nou- velle ère. Une ère où la démogra- phie ne constitue plus un moteur automatique de croissance, mais une variable stratégique à maîtriser. Le vieillissement agit comme un ralentisseur silen- cieux, redéfinissant progressive- ment les équilibres économiques du Royaume. La question n’est plus de savoir si cette transition aura lieu. Elle est déjà en cours. La véritable inter- rogation est celle de la capacité du Maroc à anticiper et à accom- pagner ce basculement. Car en matière de développement, la démographie n’est jamais neutre. Elle est soit un levier, soit une contrainte. Et dans les décennies à venir, elle pourrait bien deve- nir l’un des principaux arbitres de la trajectoire économique du Royaume. ◆
mais accentue également les déséquilibres territoriaux et la pression sur les infrastructures. La croissance devient ainsi moins tirée par l’expansion quantitative du travail et davantage dépen- dante de gains de productivité, encore insuffisants à ce stade. S’enrichir avant de vieillir… ou vieillir avant de s’enrichir ? La question centrale est désor- mais posée. Le Maroc peut-il réussir sa transformation écono- mique avant que le vieillissement ne s’impose comme contrainte dominante ? L’analyse compa- rative apporte des éléments de réponse. La Chine a connu une trajec- toire marquée par une industria- lisation rapide et une croissance exceptionnelle, proche de 10% pendant plusieurs décennies. Cette dynamique a été largement soutenue par une population jeune et abondante. Aujourd’hui, la Chine entre dans une phase de vieillissement rapide, avec un taux de fécondité autour de 1,2 et une diminution de sa popu-
lation active. Ce vieillissement contribue au ralentissement de sa croissance, comme le sou- ligne le Fonds monétaire inter- national. Toutefois, la Chine dis- pose d’un avantage déterminant: elle vieillit après avoir consolidé une base industrielle et techno- logique solide. La Corée du Sud offre un autre modèle. Confrontée à un vieillis- sement extrêmement rapide et à un taux de fécondité inférieur à 0,8, elle a anticipé cette transi- tion en investissant massivement dans l’innovation, l’éducation et l’automatisation. Cette stratégie lui permet de maintenir un niveau élevé de productivité malgré le
Le Maroc pourrait se retrouver dans une situation où la croissance ralentit avant même d’avoir atteint un niveau de développement suffisant pour absorber les effets du vieillissement.
• Part des +60 ans : 19,5 % en 2040 (contre 13,8% en 2024); • Taux d’urbanisation : 69,2%; • Taux d’activité : environ 43%; • Taux d’activité féminin : moins de 20%; • 5 régions concentrent : 86,2% de la croissance démographique; • Croissance potentielle (estimation FMI) : autour de 3%. Ces chiffres résument une transition démographique rapide non encore compensée par des gains suffisants de productivité. Les chiffres clés de la transition démographique marocaine
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