BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 9 & VENDREDI 10 AVRIL 2026
OPCVM Un premier trimestre de tri
gouvernement a adopté le 12 mars le projet de décret d’application de la loi 03.25 relative aux OPCVM. Le texte vise à accompagner l’évo- lution de l’industrie de la gestion d’actifs, à rapprocher le cadre natio- nal des meilleures pratiques et à fixer notamment les seuils mini- maux de contribution initiale dans les FCP et de capital des SICAV. C’est une étape importante, car le secteur entre désormais dans une phase de mise en œuvre concrète de la réforme, et non plus seulement d’attente législative. Cette réforme ouvre également la voie à l’élargissement de la gamme de produits. Parmi les évolutions les plus commentées par le mar- ché, figure l’arrivée future des ETF. D’après une note de BMCE Capital Global Research, ces fonds cotés pourraient représenter 5 à 10 Mds de DH d’encours à court terme, 25 Mds à l’horizon 2028, puis plus de 50 Mds de DH à plus long terme. L’intérêt est que les ETF peuvent offrir au marché un outil de réplica- tion indicielle, de réallocation tac- tique et, à terme, un nouveau canal de démocratisation de l’épargne boursière. Par ailleurs, le secteur continue aussi de s’élargir du côté de l’offre. En décembre 2025, l’AMMC avait délivré 6 agréments et 17 visas d’OPCVM, avec de nouveaux fonds chez Twin Capital Gestion, BMCE Capital Gestion, CDG Capital, Quantum Capital Gestion et Saham Capital Gestion. L’industrie entre dans 2026 avec une base de pro- duits plus large, au moment même où la nouvelle loi prépare l’introduc- tion de véhicules plus spécialisés. Enfin, il y a un sujet de fond que le trimestre rappelle avec insistance liée à la profondeur du marché. En 2025, les investisseurs individuels ne représentaient déjà qu’environ 8% de l’actif global des OPCVM, quand les entreprises non finan- cières pèsent lourd dans l’usage des fonds comme outil de gestion de trésorerie. La poussée attendue des ETF, l’effort d’éducation finan- cière engagé par l’AMMC et la publi- cation récente d’un guide consacré au Plan d’épargne en actions vont dans le bon sens, mais la démocra- tisation de la gestion collective reste encore devant nous. ◆
Après l’euphorie de 2025, l’industrie des OPCVM a entamé 2026 sur un mode plus sélectif. Les encours ont oscillé entre rattrapage, retour important vers les poches obligataires et monétaires, puis consolidation en mars sur fond de tensions géopolitiques. Le trimestre montre une relecture du risque par les investisseurs, alors même que le cadre réglementaire du secteur continue de se moderniser. Par Y. Seddik
L’industrie des OPCVM sort d’un premier trimestre agité, marqué par des flux changeants et un retour rapide des réflexes de prudence.
L
e premier constat, c’est que le tri- mestre n’a pas suivi une ligne droite. D’abord, un point bas début janvier, avec des encours ramenés à 738,13 Mds de DH dans le sillage des arbitrages de fin d’année. Ensuite, un net rebond, jusqu’à un sommet de 825,6 Mds à la mi-février. Enfin, un reflux progressif en mars, qui ramène l’actif net à 785,68 Mds au 24 du mois, soit à peine au-dessus de son niveau de clôture de 2025. Autrement dit, le trimestre a davan- tage ressemblé à une phase de tri et de réallocation qu’à un véritable changement de régime. Ce va-et-vient dit beaucoup des évolutions du trimestre. En janvier, l’industrie a d’abord absorbé les réallocations de fin d’exercice. Le rebond de la deuxième semaine a été porté par les fonds obligataires et monétaires, avec notamment une envolée des encours OCT à 127,55 Mds de DH contre 98,22 Mds une semaine plus tôt, et une hausse des monétaires à 107,94 Mds contre 89,82 Mds. Cela traduisait déjà le retour des investisseurs vers des compartiments de portage et de trésorerie, dans un marché moins univoque qu’en 2025.
Février a ensuite confirmé cette pré- férence. Au 20 février, le marché culminait à 825,6 Mds de DH, tiré d’abord par les OMLT à 377,49 Mds, les OCT à 130,09 Mds et des diversi- fiés à 109,31 Mds. Les fonds actions, eux, participaient au redressement mais sans en prendre la direction, avec 79,09 Mds de DH d’encours seulement à cette date. C’est un point important : le trimestre n’a pas consacré un retour franc de l’appétit pour le risque actions; il a d’abord validé la domination de la poche obligataire dans la reconstruction des encours. Avec le début de la guerre au Moyen- Orient, mars a changé l’ambiance. Les dernières statistiques hebdo- madaires disponibles montrent une consolidation prolongée, puis un décrochage plus net au 24 mars. Entre le 13 et le 24 mars, les OPCVM monétaires sont passés de 118,22 Mds à 112,64 Mds et les OCT de 127,21 Mds à 122,36 Mds, pendant que les OMLT reculaient à 357,48 Mds de DH. Les actions, elles, ont légèrement rebondi à 71,56 Mds après être tombées à 69,99 Mds de DH une semaine plus tôt. Pour les professionnels de la gestion d’ac-
tifs, lorsque les tensions internatio- nales se renforcent, les arbitrages ne se font pas uniquement en faveur des fonds actions ou contre eux; ils peuvent aussi se traduire par des mouvements plus larges de décol- lecte ou d’attentisme sur l’ensemble de la chaîne de placement. Il faut, pour bien lire ce trimestre, replacer ces mouvements dans le cadre macro-financier. Bank Al-Maghrib a maintenu en mars son taux directeur à 2,25%, en souli- gnant une inflation toujours modé- rée, attendue à 0,8% en 2026, mais aussi une très forte incertitude externe liée notamment aux déve- loppements au Moyen-Orient. BAM rappelle que le taux interbancaire est resté aligné sur le taux directeur et que son scénario central retient un Brent moyen de 78,9 dollars en 2026. Pour les gérants, cela signifie que le socle domestique reste relati- vement stable, mais la prime de pru- dence remonte dès que le pétrole et la géopolitique brouillent la visi- bilité. C’est exactement ce que l’on observe dans les encours de mars. L’actualité du trimestre ne se limite d’ailleurs pas aux seuls encours, puisque sur le plan réglementaire, le
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