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FINANCES NEWS HEBDO / JEUDI 7 MARS 2024
DEVELOPPEMENT DURABLE
«Nous devons changer d’approche, et radicalement» Efficacité énergétique
F.N.H. : Dans votre allocution vous avez évoqué l’aspect de l’intégration de la réglemen- tation thermique de construc- tion marocain (RTCM) dans le bâtiment comme un outil essentiel. Pouvez-vous nous en parler ? M. B. : Le RTCM concerne les bâti- ments. C’est un règlement qui définit les exigences pour garantir un confort minimum aux citoyens qui y logent, et cette exigence minimale est répartie sur des régions climatiques du Maroc. Nous en avons six et nous sommes en train de revisiter ce règlement car il a été élaboré il y a dix ans. Or, le climat a changé depuis et il conti- nuera de changer. Nous reverrons tout ça et en fonction de ces zones climatiques, des matériaux que nous utilisons, le type d’habitat; il y a un confort minimum à exiger. C’est ça la réglementation thermique. Et aucune construction ne doit se faire si elle ne la respecte pas. Ce qui exige un confort minimal dans une zone clima- tique donnée. La difficulté se trouve dans le surcoût estimé à 3%, qui n’est pas très énorme et qui est absorbable. Nous devons renforcer la sensibilisa- tion et la formation, mais également le contrôle pour s’assurer que ces dispositifs réglementaires sont mis en œuvre comme il se doit. Pour l’industrie, il y a un autre outil qui permet de connaître la consommation d’énergie : c’est l’audit énergétique. Il fait l’état des lieux de la consom- mation énergétique, définit là où il y a des gisements d’économies et un plan d’action. C’est obligatoire pour les industriels qui consomment plus de 1.500 tonnes d’équivalent pétrole par an. A ceux-là, il leur est demandé de faire ces audits et de les com- muniquer à l’Administration. Certains le font, mais pas tous. Il y a donc un travail de sensibilisation à faire, et c’est bénéfique et rentable pour l’industriel lui-même. Par ailleurs, une fois les gisements d’économies iden- tifiés, il faut investir. Mais c’est difficile pour une PME d’investir. Il nous fau- drait des dispositifs de financement, d’aide, d’incitation qui vont permettre la réalisation de ces investissements. Sans cela, nous n’atteindrons pas les objectifs d’économie d’énergie. ◆
Entretien avec Mohamed Benyahia, Directeur géné- ral de l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE), à l’occasion de la 9 ème édition des rencontres africaines d’efficacité énergétique ?
Propos recueillis par D. M.
Finances News Hebdo : Au sortir de cette conférence des rencontres africaines sur l’efficacité énergétique, quelles sont les attentes l’AMEE ? Mohamed Benyahia : Nous avons beaucoup d’attentes. Le thème central c’est l’innovation, la labé- lisation pour promouvoir l’effica- cité énergétique dans un secteur important qui est celui du bâtiment en général, qu’il soit résidentiel ou tertiaire. Notre ambition est d’abord de mobiliser les acteurs, car l’on ne peut pas faire de l’efficacité éner- gétique tout seul. Il faut réunir l’en- semble des professionnels, mais également échanger les bonnes pratiques. Nous avons la chance d’avoir avec nous trois pays afri- cains participant, à savoir la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Sénégal. Cela procède donc de cet échange de bonnes pratiques et du dévelop- pement d’une coopération sud-sud, ce qui est important pour notre continent parce que nous avons des solutions adaptées à notre contexte africain.
F.N.H. : Pourquoi avoir choisi le thème de l’aménagement et bâtiments durables pour cette édition ? M. B. : Tout le monde cherche la durabilité parce que malheureu- sement nous consommons beau- coup de ressources, nous géné- rons beaucoup de déchets et nous consommons beaucoup d’énergie sans efficacité souvent. Si nous voulons que la vie sur terre per- dure et que les humains conti- nuent à vivre dans le confort qu’ils connaissent maintenant, nous devons changer d’approche, et radicalement. Parce que la vitesse avec laquelle nous consommons les ressources, polluons et accu- mulons les résidus de manière générale, est intenable. D’où l’idée d’avoir des modes de production et de consommation durables, et cela nous emmènera, au-delà de
l’efficacité, à une sorte de sobriété. Avons-nous besoin de tout ce confort ? Nous sommes 8 milliards d’habitants sur terre qui vivons dans des conforts différents. Prenez les moins lotis actuellement au niveau des pays les moins avancés, dont la plupart se trouvent malheureu- sement dans notre continent, si vous élevez leur niveau de vie et les mettez au niveau moyen des pays développés, la planète explose. Cela sous-entend également que dans la durabilité, il y a un aspect dit de sobriété dans l’utilisation des ressources, mais également de solidarité. Voilà pourquoi l’on parle de justice climatique, de tran- sition juste parce qu’il y va de la solidarité entre États. Et si nous n’intégrons pas ces éléments, et cela peut commencer par notre continent, l’avenir peut ne pas être radieux.
Avec la participation de
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