Grazia Daily Cannes Jour 6

DA I LY CANNES

M A R 15 mai

DOWN job l’an dernier, après le scandale lié à sa décision de sélectionner deux films Netflix en compétition sans l’accord du directoire. En bisbille avec Hollywood après ses frasques domestiques, Johnny Depp annonce qu’il tournera son prochain film avec le Colombien Ciro Guerra. L’auteur de L’Etreinte du serpent a ouvert cette année la Quinzaine avec Les Oiseaux de passage, cosigné avec son épouse Cristina Gallego. Selon Variety , le délégué général du festival Thierry Frémaux a failli perdre son SHOULD I STAY… Alors que son précédent film Senses (5h20), connaît un étonnant succès en France, le Japonais Ryûsuke Hamaguchi est tombé de sa chaise en apprenant être sélectionné à Cannes avec Asako . Persuadé d’avoir fait un film grand public, il ne pensait pas le montrer ici… UP KANPAI! REBEL, REBEL

Cannes sans dormir JOUR 6 Par Philippe AZOURY O n se souvient de L’Ange exterminateur, ce film hallucinant de Buñuel, où les convives d’une réception organisée par un grand aristocrate mexicain se retrouvent infoutus de quitter l’endroit. Chaque tentative se solde par un échec, si bien qu’ils deviennent fous et s’entretuent. Autour de la maison, la police se trouve, elle aussi, dans l’incapacité de fran- chir le portail. Ça ne vous rappelle rien? La foule tenue à distance, qui veut entrer, veut en être, et fabrique des mensonges géniaux pour réussir à s’infil- trer. Et dedans, l’heure qui tourne, et toi, le privilégié, l’insider, tu es toujours là, et personne ne réussira à t’extraire de ce bain de sueur. Hier matin, 6h30, Auré- lien était le plus captif d’entre nous. Il se tenait à l’exté- rieur du Vertigo (c’est déjà un premier pas), mais se croyait prisonnier d’un périmètre grand comme une bouche d’égout. Comme Aurélien est un mec ado- rable et qu’on n’allait pas le laisser là, on s’est mis à jouer à ballon prisonnier avec lui. Les mondanités continuaient mais immobiles, sous la pluie. Eileen notait les dates auxquelles nous pourrions fêter notre réconciliation à Berlin, une brune aux faux-airs brési- liens cherchait un bâton de colle pour rafistoler un truc, puis quelqu’un a parlé de cette boulangerie super vers le port, qui ouvre à 6 heures et demie. A 8 h, prêts pour aller voir un film, on croisait les voisins du pre- mier qui débarquaient pour une after. «T’es sûr, tu veux pas rester?» A midi, on vit sortir quatre Anglais explosés du «bar clandestin» du bas de la rue, un en- droit lynchéen sans fenêtre ni sonnette d’où ressortent parfois, en journée, des créatures délirantes. Mais par où on y rentre? C’est comment qu’on sort? Il y avait comme un effet de contamination. Les acteurs du Cli- max de Gaspar Noé étaient ceux avec qui on avait dansé la veille, en club. Puis on les vit monter saluer le public à la fin du film et prendre d’assaut la scène de la Quinzaine pour y improviser une rave. D’habitude, la question, c’est de réussir à rentrer aux fêtes. Cette année, il semblerait que le plus dur soit d’en sortir.

mais aussi l’histoire, la famille, le couple oumême la géologie de son pays. Dans Une affaire de famille, il réussit à installer une proximité extraordinaire avec un Japon que les Japonais eux-mêmes n’aiment pas voir, celui des démunis, travail- leurs pauvres et marginaux, dont le cinéaste rassemble une petite tribu, bien planquée au fond d’une crèche- cabane, dans une zone incertaine de jardins vagues, à l’ombre de la grande ville moderne. C’est une famille au sens jeu de cartes: un assemblage de pièces rapportées jouant parfaitement leurs rôles. Une grand-mère, un couple mûrissant, une ado, un jeune garçon. Il man- querait presque une petite fille et, lorsqu’elle se présente, esseulée, affamée, la bande l’adopte sans céré- monie… Kore-Eda aurait élaboré son scénario en agrégeant lamatière de plusieurs faits divers autour d’un même phénomène qui fait les choux gras de la presse nippone: l’arnaque aux droits sociaux. Car la famille de galériens recomposée n’est pas, dans son dénuement, dénuée de malice, et le tranchant couperet social qui s’abat en fin de parcours dévoile un pot aux roses de fraudes audacieuses, jusqu’aumacabre. Pourtant, et c’est le plus beau, pas l’ombre d’un juge- ment ne vient jamais peser sur la délinquance tranquille où baignent ces gens qui s’aiment, indûment, sous nos yeux. Placide, tendre, sévère, Une affaire de famille, avec son sou- rire en coin, fait la nôtre.

Le Japon invisible, celui des exclus et des marginaux, raconté comme une chronique. Kore-Eda réussit son affaire. Par Olivier SÉGURET Notre film du jour Une affaire de famille

Le truc, avec le Japon, c’est cette forme d’extraterritorialité dans la- quelle le reste dumonde le maintient. C’est comme s’il subsistait en chacun de nous ce sédiment enfantin, une singularité dont notre imaginaire a du mal à sortir: il y a tous les pays du monde et il y a le Japon. Si le cinéma a un sens, c’est aussi celui de distordre le sens commun en plaçant le Japon à notre portée immédiate, pour qu’il devienne en nous familier, limitrophe, poreux, désenclavé. Depuis presque trente ans, c’est à cela que travaille le ciné­ ma de Kore-Eda, sans doute depuis Imamura, le plus nettement anthro- pologique parmi les cinéastes japo- nais. Il observe et informe la société,

UNE AFFAIRE DE FAMILLE de Kore-Eda (Compétition).

Notre coverstar #6: Pleins feux sur Marion Cotillard, en Chanel Haute Couture, et sur la fille de notre poster, p. 4, en Chanel Coco Beach.

MARDI 15.05.2018 - 1

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