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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026

Intelligence artificielle Les enjeux d'une souveraineté africaine

Pour l'Afrique, 20% de la popu- lation mondiale, cette réalité engendre un enjeu de souve- raineté culturelle majeur. Cela peut conduire à une invisibili- sation de ses langues, ses réfé- rences culturelles, ses savoirs et ses réalités sociales et éco- nomiques et, à terme, à une réelle aliénation cognitive. Une réalité très probable parce que les données se transforment en de vrais instruments normatifs orientant les décisions et mode- lant les perceptions ainsi que des représentations du monde. Une réelle «mythopoésie algo- rithmique» est en marche et elle finira par reléguer certaines cultures, langues et réalités aux bords de l'histoire. Dès lors, les enjeux sont ceux de la capacité à valoriser ses propres données en renfor- çant la production de contenus numériques locaux, la numéri- sation des patrimoines, le déve- loppement de corpus linguis- tiques africains et l’ouverture de données publiques de qualité. F. N. H. : Vous évoquez souvent le retard techno- logique de l’Afrique tout en soulignant sa capacité à adapter les usages de la technologie selon ses besoins. Quelle forme pourrait prendre cette adaptation dans le cas de l'IA ? Pr S. B. : L’histoire récente du numérique montre que les tra- jectoires technologiques ne sont pas nécessairement linéaires. Il est donc possible d’opérer un raccourci technologique. Opter pour le contexte plutôt que la taille. Au lieu de vouloir repro- duire les mégamodèles, nous pouvons aller directement à l'étape suivante : celle d'une IA frugale, contextuelle et ciblée, immédiatement adaptée à nos besoins. Le raccourci techno- logique est une rupture straté- gique potentielle qui peut nous permettre d’accéder à un accé- lérateur d'autonomie cognitive et économique. L’Afrique a pu développer, par le passé, des formes originales d’innovation.

De nombreux modèles d'intelligence artificielle sont aujourd'hui accessibles, mais la plupart sont développés hors du continent africain, soulevant des interrogations quant aux biais qu'ils peuvent véhiculer, au risque d'occulter certaines réalités culturelles, sociales ou économiques propres à l'Afrique. Pour le Pr. Saida Belouali, spécialiste de l'éthique appliquée à l'IA, l'enjeu pour l'Afrique serait de construire un écosystème propre, capable de mettre l'IA au service des priorités du continent.

Propos recueillis par J. M.

Finances News Hebdo: Dans la course à l'IA, quelles devraient être les priorités pour les États africains pour développer leur souveraineté numé- rique ? Que recouvre exactement cette notion ? Saida Belouali : La notion de «souveraineté numérique» est associée à la disponibilité des infrastructures technologiques, alors qu'elle relève d’une réa- lité plus complexe. Dans le cas des pays africains, la souve- raineté ne devrait pas être uni- quement renvoyée à la notion de contrôle, mais à celle de potentiel également. Les pays ne disposent pas de toutes les ressources pour développer seuls l’ensemble des briques de l'intelligence artificielle. Il devient judicieux de souligner que, dans ce contexte, la sou- veraineté numérique gagnerait à être redéfinie moins par rap- port à une logique d'autonomie globale que par rapport à la

capacité à maîtriser certaines briques du développement et usage de l'intelligence artificielle au profit des priorités locales et endogènes. La réduction des dépendances technologiques et la souveraineté s'apprécieraient notamment à la capacité des États à former, à produire de la recherche et à développer des solutions adaptées à leurs propres priorités économiques et sociales. L'enjeu consiste, par ailleurs, à réduire les dépen- dances critiques et à créer une souveraineté intelligente en combinant frugalité, éthique, sécurité et cas d'usages locaux. Opter pour des choix contex- tuels -sans un copier-coller lit- téral- et pour une IA locale, constitue une alternative pour une souveraineté adaptée. Un dernier point à soulever ici est, qu’en matière d’IA, il est

important pour l’Afrique de ne pas se présenter en «ordre dis- persé». Sur ce sujet, le destin souverain des Africains se pro- file collectif. Un groupement de pays créera les conditions de complémentarité des briques nécessaires à l’IA et permet- tra une mutualisation des avan- tages pour un potentiel destin technologique, sans aliénation numérique ou algorithmique. F. N. H. : Les modèles d’IA étant principalement entraînés dans des régions en dehors du continent, quels sont les enjeux en termes de souveraineté culturelle africaine ? Pr S. B. : Les grands modèles actuels sont alimentés par des volumes de données provenant majoritairement des régions les plus numérisées du monde.

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