La revue du détaillant N° 583 - Edition 2017

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INTERVIEW DE ALEXIS ROUX DE BÉZIEUX « LES FRANÇAIS SONT EN ATTENTE DE LIEN SOCIAL »

A la tête des trois épiceries Causses situées à Paris, Alexis Roux de Bézieux, nous raconte comment il est devenu épicier. Président du l’Union des Commerces alimentaires de Proximité (UCP) depuis juillet, l’homme veut croire en l’avenir, le développement et la pluralité de la profession. Pourquoi êtes-vous devenu épicier ?

représente plus de 400 fournisseurs et beaucoup de direct. Nous ne faisons pas de marques nationales mais du qualitatif. Nous proposons des produits du quotidien. Les brioches viennent du Cher, le cidre brut fermier de Normandie, les fromages fouettés de la ferme Cardot dans la Drôme, les charcuteries des Landes... » Trois épiceries c’est un succès ? A.R. de B. : « C’est un succès depuis l’ouverture de la première épicerie en 2011, rueNotre Dame de Laurette (9 ème arrondissement). Et pourtant ce n’était pas une rue de commerces de bouche. Depuis qu’on a ouvert, deux fromageries se sont ouvertes à côté. Cela nous apporte une complémentarité dans la rue. On a augmenté l’attractivité du secteur. On a ouvert une deuxième épicerie en 2014 dans le 3 ème arrondissement de Paris, rue Saint-Martin, et une dernière dans la Canopée du forumdes Halles (1 er arrondissement) en 2016. » Avez-vous suivi une formation pour devenir épicier ? A.R. de B. : « Je propose du fromage, de ce fait j’ai souhaité faire un 42 h fromager et une formation en distribution bio. C’était important d’apprendre sur les fromages. J’ai une culture familiale du fromage. Je voulais en apprendre davantage surtout que nous vendons des fromages de qualité. » Vous êtes président de l’Union des Commerces de Proximité depuis juillet 2017, quels sont les défis de la profession ? A.R. de B. : « Il y a des défis à relever c’est ce qui est intéressant. Ce n’est pas statique. Il y a beaucoup à faire pour peu que l’on avance ensemble. On sent que les français veulent et sont en attente de goût, racine, compréhension. Il faut travailler avec les fromagers. Il faut aider les épiciers à se former. Sur les aspects techniques aussi (réglementation) et les aspects économiques (bail, loyer...) comme sur les éléments de diagnostique d’un point de vente (normes...). Le risque du métier est que les épiciers se replient sur eux-mêmes car ils sont tellement autonomes que chacun pourrait se battre pour soi plutôt que pour le bien commun. Mais ça bouge. Il y a un renouveau du commerce avec les jeunes qui se lancent. Il y a plein de façon d’être épicier. On peut être dépanneur dans une zone rurale, faire du local uniquement, de l’ethnique... Les pouvoirs publics ont compris que le commerce local contribuait à la qualité de vie de manière certaine. Les villes ont embauché des managers de ville pour recréer une unicité des commerçants dans les centres-villes. »

Alexis Roux de Bézieux : « Tout est parti d’un livre que j’ai écrit en 2007 sur les épiciers de quartier et qui s’appelle « L’Arabe du Coin » (écrit avec Thomas Henriot). C’est un livre qui parle du rôle de l’épicier dans le lien social. Je n’ai jamais pensé devenir épicier lorsque j’ai écrit ce livre. J’ai fait du droit puis je suis entré dans un cabinet d’audit. Je m’y ennuyais et j’ai écrit ce bouquin au moment où je passais du temps chez les épiciers. J’ai quitté mon job ensuite pour entrer dans une ONG puis dans une boîte qui faisait du développement durable. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire dans l’alimentaire. J’ai créé l’épicerie que je rêvais d’avoir en bas de chez moi. » Il y a avait une épicerie en bas de chez vous ? A.R. de B. : « Je ne suis pas Parisien. Je viens d’une ville à côté de Lyon dans laquelle il y avait un épicier. C’est vraiment le lien social. C’est un lieu où les gens se rencontrent au-delà de leurs différences sociales. Les vieux, les enfants, les couples, les célibataires... j’avais cette envie de découvrir d’autres personnes et de m’ouvrir aux autres. J’avais ce besoin de retrouver du lien, de la solidarité dans les villes. » Les épiceries sont un lieu pourvoyeur de lien social ? A.R. de B. : « Les épiciers par leur culture d’origine, par leur permanence dans le quartier connaissent leur clientèle et sont de vrais acteurs du quotidien. Ils ont toute leur place dans la vie de la cité. Ce livre leur rend hommage. Si je l’ai écrit, c’était clairement pour ce lien que vous avez avec le territoire. » Qu’avez-vous ressenti en prenant le rôle de l’épicier ? A.R. de B. : « Je suis resté trois ans sur le terrain à 100 %. Aujourd’hui avec la création des deux autres épiceries, je suis plus dans l’administratif. J’ai vu les français demander de la qualité, de la proximité, du lien social, de la traçabilité... j’ai aussi réalisé que c’est compliqué pour eux car la part du budget des ménages consacré à l’alimentaire n’est plus que de 5 à 15 % car les loyers ont augmenté et les français ne sont pas prêts à renoncer au smartphone... Il y a de vraies attentes de la part des consommateurs ». Parlez-nous des épiceries Causses A.R. de B. : « Ce sont des épiceries d’alimentation générale de qualité. On vend de la charcuterie, de l’épicerie salée, sucrée, des fruits et légumes. On vend des fromages au lait cru à 90 %. Ça

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N°583-septembre-octobre2017

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