FNH N° 1186 V2

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 28 février 2025 - 8 DH - N° 1186

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Télécoms

Un «new deal» à Maroc Telecom P. 18

Abdeslam Ahizoune, près de 50 ans plus tard…

 Med Benchaâboun, président du Directoire de Maroc Telecom

P. 30/31

Pourquoi elle séduit de plus en plus GESTION SOUS MANDAT

P. 14 à 17

Électricité verte

Développement de l’assurance Le Maroc en éclaireur pour l'Afrique !

Tomates marocaines Le pépin de trop pour les agriculteurs français

Un tournant pour l’industrie grâce au «Turd»

 Entretien avec Saïd Guemra, expert en énergie.

P. 24/25

P. 34/35

P. 10/11

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 28 FÉVRIER 2025

33 L'UNIVERS DES TPME

ACTUALITÉ

Editorial

Garanties de crédit : Un levier stratégique pour le développement des TPME

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Voyons voir : France - Algérie : Naufrage diploma- tique

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Ça se passe au Maroc Ça se passe ailleurs

BOURSE & FINANCES

Point Bourse Hebdo : Plus personne ne lâche son couvert Finance islamique : Le Maroc à la traîne sur l’échi- quier mondial Développement de l’assurance en Afrique : Le Maroc en éclaireur ! Moyens de paiement : Le cash fait toujours de la résistance Gestion sous mandat : Pourquoi elle séduit de plus en plus Entretien avec Hani Benyahya : Gestion sous man- dat, «Ce modèle complète l'offre des OPCVM» Benchaâboun à la tête de Maroc Telecom : Les contours du «new deal» Bourse : Comment le deal TGCC peut-il déclencher un phénomène de «contagion du sentiment» ? CFG Bank : Les résultats séduisent les analystes

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

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Entretien avec Saïd Guemra : Electricité, Turd, une grande avancée dans l’ouverture de la moyenne tension aux renouvelables 34 DEVELOPPEMENT DURABLE

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Sahara marocain

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G La nouvelle doctrine française

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érard Larcher, président du Sénat français, n’a pas débarqué à Rabat avec des formules creuses et l’escarcelle vide, mais avec une volonté affichée de consolider le nouveau chapitre des relations franco-maro- caines. Sa visite, qui s’est étendue jusqu’au 26 février, n’était pas qu’une simple courtoisie institutionnelle. Elle était avant tout un signal poli- tique fort. A l’heure où le monde se redéfinit à coups d’alliances stra- tégiques et de repositionnements géopolitiques, Paris semble vouloir réaffirmer son ancrage auprès de son plus fidèle allié en Afrique du Nord. Le message est clair: le Maroc est et demeure un partenaire stratégique, y compris pour le développement d’un axe franco-marocain tourné vers l’Afrique. Si le président du Sénat français a pris le soin d’insister sur l’importance du par- tenariat interparlementaire, c’est bien sa visite à Laâyoune, au cœur du Sahara marocain, qui marque un tournant décisif. Ce déplacement n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une logique de continuité après la visite récente de la ministre française de la Culture, Rachida Dati, qui avait déjà provoqué la colère d’Alger. Ces deux initiatives fortes, impensables il y a encore quelques années, scellent la position française sur cette question sensible. En réitérant la nouvelle doctrine de la France, à savoir celle d’un Sahara maro- cain et non un territoire objet d’un conflit artificiel nourri par l’Algérie, Paris acte définitivement la fin de l’ambiguïté. Et ce n’est pas Alger, qui vit actuellement une crise diplomatique avec la France, qui dira le contraire. Le pouvoir algérien voit d’un très mauvais œil cette convergence franco-maro- caine. Et à force de jouer le jeu du double discours et de la surenchère natio- naliste, Alger s’est isolée, laissant Paris et Rabat redessiner ensemble l’avenir du Maghreb. Mais au-delà des enjeux concernant le Sahara marocain, cette visite de Larcher a deux autres connotations : primo, elle est une reconnaissance du développe- ment spectaculaire des provinces du Sud. Infrastructures modernes, investis- sements massifs, dynamique économique florissante… : Laâyoune et Dakhla se positionnent désormais comme des hubs régionaux, et la France veut y être associée. Secundo, elle s’inscrit dans une dynamique de coopération globale renforcée. Car Larcher et son homologue marocain, Mohamed Ould Errachid, ne se sont pas contentés d’échanger des politesses. Leur rencontre a permis de réaffirmer l’importance de la diplomatie parlementaire, souvent reléguée au second plan derrière les grandes décisions exécutives. L’intensification des échanges entre le Sénat français et la Chambre des conseillers pourrait ouvrir la voie à une collaboration plus étroite entre élus, permettant d’accompagner les évolutions politiques et économiques des deux pays. De plus, le Maroc, qui s’est affirmé comme un acteur clé en Afrique subsa- harienne, devient un relais incontournable pour la France dans sa politique africaine. La diplomatie parlementaire peut ainsi servir de levier pour renforcer les positions des deux pays sur le continent, notamment à travers des coopéra- tions décentralisées entre collectivités locales françaises et marocaines. Bref, Paris a compris que dans un contexte international marqué par une recomposition des alliances, le Maroc se pose en partenaire stable, fiable et ambitieux. Un partenaire avec lequel elle peut cheminer. En toute confiance. u

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36 38 SANTÉ

AMO : Un chantier ambitieux aux équilibres fragiles Protection sociale : Où en est la généralisation de l’AMO au Maroc ?

ECONOMIE

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Infrastructures portuaires : Marsa Maroc en pre- mière ligne à Nador West Med Investissement régional : La vision d’Abdellatif Maazouz pour Casablanca-Settat Tomates marocaines : Le pépin de trop pour les agriculteurs français Entretien avec Mohamed Lahlou :Agent immobilier, «Les professionnels ont besoin de données précises pour se projeter» Produits agricoles : Les intermédiaires, un casse- tête pour les consommateurs et les agricul-teurs Entretien avec Youssef Guerraoui Filali : Hausse des prix, «La maîtrise de la chaîne logistique facilitera la lutte contre la spéculation et l’inter- médiation» Télécoms : Abdeslam Ahizoune, près de 50 ans plus tard… Aménagement du territoire : Quels enjeux pour les nouveaux documents d’urbanisme ?

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40 SOCIÉTÉ

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Sécurité routière : La Déclaration de Marrakech prône de renforcer l’engagement international

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HIGH-TECH

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Gaming : Un nouveau studio de développement pour structurer l’industrie vidéoludique Intelligence artificielle : Un défi d’échelle pour le Maroc

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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Adil Hlimi, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk, Désy Mbakou • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri, Rania Benchaib • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL • Impression : Maroc Soir • Distribution : Sochpress • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

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France - Algérie

Naufrage diplomatique

L e divorce entre Paris et Alger est désormais consommé. Les tensions accumulées depuis des mois se traduisent désormais par des rafales de déclarations enflammées et de représailles à peine voilées. Le Premier ministre français, François Bayrou, a beau marteler qu’il ne veut pas «d’escalade», c’est visiblement peine perdue. Rien ne semble pouvoir arrêter cette dégradation méthodique des relations bilatérales. Dernier épisode en date : le Conseil de la nation algérienne a suspendu ses relations avec le Sénat français. Motif ? La visite du président Gérard Larcher au Sahara marocain, comme si ce dépla- cement équivalait à une déclaration de guerre. Alger s’offusque, monte sur ses grands chevaux et claque la porte. Un classique du registre diplo- matique algérien, où la surenchère tient lieu de stratégie. La France, de son côté, durcit aussi le ton. Bayrou a égrené mercredi dernier la longue liste des doléances françaises : refus d’Alger de réadmettre ses ressortissants sous OQTF (obli- gation de quitter le territoire français), maintien de privilèges migratoires injustifiés hérités des accords de 1968, crispation systématique dès qu’un sujet sensible est abordé… Par D. William

manent. Laisser pourrir les relations avec la France ? Une tactique. Refuser toute coopération en matière migratoire ? Un acte de résistance. Enfermer Boualem Sansal en ignorant les pres- sions internationales ? Une démonstration de souveraineté. Mais l’Algérie ne se contente pas de jouer ce jeu avec la France. Le Maroc reste l’ennemi éternel et le responsable de tous ses maux. Le pouvoir algé- rien s’échine à lui imputer ses propres échecs, dans une obsession pathologique. L’économie en panne ? La faute au voisin. L’instabilité sociale? Un complot ourdi par Rabat. Les échecs diplo- matiques ? Une main invisible du Royaume. La même rengaine. Encore et encore. Mais ce qui agace particulièrement Alger ces der-

niers mois, c’est le positionnement de Paris sur la question du Sahara marocain. Le soutien officiel de la France au plan d’autonomie marocain a fait voler en éclats les derniers faux-semblants. Désormais, Alger n’a plus de doutes : Paris ne joue plus la carte de la neutralité bienveillante, mais celle du réalisme diplomatique. Et cela, pour le pouvoir algérien, c’est une trahison pure et simple. Alors oui, la tension avec la France restera vive. Oui, la crispation avec le Maroc continuera d’être entretenue. Mais derrière cette agitation permanente, une évidence s’impose : le régime algérien s’épuise à entretenir des querelles sté- riles pendant que le monde avance. A force de se chercher des ennemis partout, Alger risque surtout de se retrouver seul. ◆

Alger, fidèle à lui-même, joue les vierges effa- rouchées. Le moindre rappel à l’ordre devient un outrage insupportable. Chaque restriction migra- toire est qualifiée d’«attaque frontale» contre la souveraineté nationale. Mais cette fois, Paris ne se contente plus de demi- mesures. Bayrou pose un ultimatum : quatre à six semaines pour revoir les accords migratoires. Sinon, ces derniers seront purement et simple- ment dénoncés. Un coup de tonnerre pour Alger. Une Algérie hors-sol De l’autre côté de la Méditerranée, le régime algé- rien campe sur sa posture victimaire. Le renvoi de clandestins ? Une humiliation. L’expulsion de dignitaires ? Une atteinte intolérable à la grandeur nationale. Voilà un déni total de la réalité. Car pendant que les caciques du régime soufflent le chaud et le froid, l’Algérie se meurt à petit feu sous le poids de ses échecs économiques, politiques et sociaux. En vérité, la diplomatie algérienne ne fonctionne que dans l’exagération et le bras de fer per-

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ÇA SE PASSE AU MAROC

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Aïd Al-Adha

Le Roi exhorte les Marocains à ne pas faire le sacrifice

Ramadan/Approvisionnement

Les autorités mettent les bouchées doubles À quelques jours du mois sacré de Ramadan, les auto- rités mettent les bouchées doubles pour garantir un approvisionnement suffisant des marchés pour cette période de grande consommation où les étals des souks, marchés et grandes surfaces sont pris d’assaut. Dans ce sens, le gouvernement a mobilisé l’ensemble des acteurs pour assurer un suivi rigoureux de l’état des stocks et de la production nationale, tout en mettant en place des mécanismes de contrôle renforcés. Selon les dernières données, les produits alimentaires les plus prisés durant Ramadan, notamment les céréales, les légumes, les huiles et les produits laitiers, seront disponibles en quantités suffisantes et à des prix raisonnables. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, avait affirmé que le gouvernement est fortement mobilisé pour garantir la disponibilité des produits de base à des prix raisonnables dans toutes les régions du Royaume. Il a assuré que les contrôles seront intensifiés sur les mar- chés afin de lutter contre toute spéculation ou pratiques illicites pouvant impacter les prix.. ■ L ’ ONCF a attribué les marchés pour l’acquisition de 168 trains neufs, pour 29 milliards de dirhams, dans le cadre de son plan 2030. Ce programme, porté par la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, vise à moderniser la flotte et à accompagner l’extension du réseau ferroviaire, notamment avec la ligne Grande Vitesse Kénitra–Marrakech et des services RER. Les marchés ont été remportés par Alstom, CAF et Hyundai Rotem. Conformément aux exigences de l’ONCF, ces marchés sont assortis d’engagements de compensation industrielle avec le développement d’activités industrielles au Maroc en accompagnement de l’écosystème industriel ferroviaire national, y compris la mise en place d’une usine locale de fabrication de trains de proximité dans la perspective de développer l’ambition export des trains à moyen et long terme. Des financements concessionnels et des partenariats de maintenance viennent compléter ce projet structurant. ■ ONCF Attribution de marchés d'acquisition de 128 trains pour 29 Mds de DH

L e Roi Mohammed VI a adressé un message au peuple au sujet de l’abstention d’accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd, dont lecture a été donnée, mercredi, par le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, lors du journal télévisé du soir de la chaîne "Al Aoula". En voici la teneur.

«Louange à Dieu,

Prière et Salut sur le Prophète, Sa famille et Ses compagnons,

Cher peuple, Nous avons veillé depuis que nous sommes dépositaire de l’Imamat suprême, fondée sur les liens indéfectibles de la Beia, à réunir, au profit de notre peuple fidèle, les conditions de l’obser- vation de la religion, de ses obligations et ses traditions, de ses cultes et ses interactions sur fond de ce que le Très-Haut a bien voulu combler la Oumma marocaine en ce qui concerne l’attachement aux piliers et le respect des traditions les plus avérées, ainsi que la célébration des jours saints, parmi lesquels figure la fête de l’Aïd Al Adha, dont l’avènement est prévu dans moins de quatre mois. La célébration de cette fête n’est pas une occasion passagère, mais elle est porteuse de significations religieuses fortes illustrant la profondeur des liens de nos fidèles sujets avec les différents aspects de notre sainte religion et leur volonté de se rapprocher du Très-Haut, en s’évertuant à consolider les liens sociaux et familiaux à travers cet événement vénérable. Notre souci à vous permettre d'observer ce rituel religieux dans les meilleures conditions est étroitement lié à l’obligation de notre prise en compte de ce que notre pays affronte en matière de défis climatiques et économiques, qui ont eu pour conséquence une régression substan- tielle de l’effectif du cheptel. A cet effet, et tenant compte du fait que l’Aïd Al Adha constitue une sounna confirmée dans la mesure du possible, son accomplissement dans ces conditions difficiles est susceptible de porter préjudice à de grandes parties des fils de notre peuple, particulièrement ceux à revenu limité. Partant de la responsabilité qui nous incombe, en tant qu’Amir Al-Mouminine, fidèle protecteur des cultes de la religion selon ce que dictent la nécessité et l’intérêt légal, et conformément à l’obligation qui est la nôtre de lever la gêne et le préjudice et de favoriser la mise en place de la facilitation tout en se conformant à la teneur du verset coranique : “Et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion”, nous invitons notre cher peuple à s’abstenir d’accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd de cette année. Nous le ferons s’il plaît à Dieu, au nom de notre peuple, fidèle en cela à la sounna de notre Aïeul le Prophète, que la paix et la bénédiction soient sur Lui, quand Il avait immolé deux moutons en disant : "celui-ci est pour moi, cet autre est au nom de ma Oumma". Cher peuple, Nous vous invitons à célébrer l’Aïd Al Adha, s’il plaît à Dieu, selon ses rituels habituels et signi- fications spirituelles nobles de la prière de l’Aïd dans les msallah et les mosquées, aux dons de l'aumône, aux rencontres avec les siens, ainsi que les différentes œuvres pies de dévotion en rendant grâce à Dieu pour Son immense générosité et en implorant récompense et rétribution. Dis : Voici ma voie ! J’appelle les gens (à la religion) d’Allah, moi et ceux qui me suivent. Véridique est la parole de Dieu. Wassalamou alaikoum warahmatoullahi wabarakatouh». ■

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ÇA SE PASSE AILLEURS

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Inde-Royaume-Uni

Allemagne

Le Brésil écarte l'idée d'une monnaie commune BRICS

Reprise des négociations en vue d'un accord commercial L’ Inde et le Royaume-Uni ont annoncé lundi la reprise des négociations en vue d’un accord commercial destiné à dynamiser leurs échanges bilatéraux. Cette décision a été annoncée par le ministre indien du Commerce et de l’Industrie, Piyush Goyal, et le secrétaire d’État britannique aux Affaires et au Commerce, Jonathan Reynolds, en visite à New Delhi. « Les deux parties ont convenu de relancer les discus- sions pour parvenir à un accord équilibré, mutuellement bénéfique et tourné vers l’ave- nir, qui favorise la croissance et exploite la complémentarité de leurs économies », selon un communiqué conjoint. Le renforcement des liens commerciaux entre New Delhi et Londres représente une opportunité signi- ficative pour les entreprises et les consom- mateurs des deux pays, tout en consolidant un partenariat déjà étroit, souligne la même source. ■

Le recul du PIB au dernier trimestre 2024 confirmé à -0,2%

L e Brésil, qui assure la présidence tour- nante des BRICS en 2025, a démenti les rumeurs sur la création d’une monnaie commune entre les pays membres, précisant que les discussions portent plutôt sur la réduc- tion des coûts des transactions commerciales et financières par l’utilisation des monnaies locales. « L'introduction d’une monnaie unique n’est pas à l’ordre du jour », a affirmé Mauricio Lyrio, sherpa du Brésil pour les BRICS, lors d’un point de presse en amont de la réunion des Sherpas du groupe, prévue les 25 et 26 février à Brasilia. Le diplomate a souligné que des systèmes de paiement transfrontaliers et des mécanismes de coopération entre Banques centrales sont en place et constituent une priorité pour le groupe. « Nous travaillons à rendre les échanges plus fluides et plus accessibles, mais il n’est pas question de lancer une monnaie commune », a-t-il insisté. ■

L’ Allemagne a bien connu une chute de son activité au dernier trimestre 2024, selon des chiffres publiés mardi, tandis que les prévisions pessimistes s'accumulent pour 2025, au moment où un nouveau gouvernement tente de se constituer après les élections. Entre octobre et décembre, le produit intérieur brut (PIB) de la première économie européenne a reculé de 0,2%, a indiqué l'institut de statistiques Destatis, confirmant une première estimation en janvier. Les experts de la plateforme de Factset s'attendaient, plus optimistes, à une chute de 0,1%. Globalement en 2024, le PIB de l'Alle- magne a rétréci de 0,2%, après une contraction de 0,3% en 2023. Dans l'industrie manufacturière, pilier de la croissance du pays, « la performance économique a baissé de 0,6%, pour le septième trimestre consécutif », particulièrement plombée dans l'automobile et les machines. ■

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Point Bourse Hebdo Plus personne ne lâche son couvert

Evolution de l'indice Masi depuis début février 2024

Le marché prolonge sa séquence haussière portée par des flux acheteurs qui ne faiblissent pas. Bilan de la semaine.

L

Par Y . Seddik

e marché continue son festin et, visiblement, personne ne songe à demander l’addition. L’appétit des investisseurs ne faiblit pas, bien au contraire. Huit semaines de hausse sur neuf, des volumes heb- domadaires rarement sous les 2 milliards de DH, et un Masi qui titille les 17.000 points. Il y a encore quelques semaines, viser les 18.000 points relevait du doux rêve, mais cet objectif pourrait bien devenir un sujet de discussion plus tôt que prévu, à la grande surprise de ceux qui le pensaient encore inattei- gnable à court terme. Cette semaine, le marché a encore carburé : 2,65 milliards de DH échangés et une hausse de 2,38% pour l’indice phare, qui s’établit à 16.843,03 points. Le mouvement reste tiré par les gros dossiers, alimenté par des flux institution- nels massifs. Les OPCVM conti- nuent d’alimenter la machine, et les valeurs phares en profitent. Mais la star de la semaine s’appelle Marsa Maroc. L’opérateur portuaire affiche une année record avec plus de 5 milliards de DH de revenus. Résultat

immédiat : 346 millions de DH trai- tés sur la semaine (16,62% du total), un bond de 20% en Bourse et un titre qui s’échange désormais à 726 DH. Une montée en puissance qui ne doit rien au hasard : le marché adore les valeurs qui cochent toutes les cases (croissance, visibilité, soli- dité des fondamentaux), et Marsa Maroc est l’une d’elles. Le BTP en mode bulldozer Autre locomotive : le BTP. Le sec- teur retrouve son lustre en Bourse, porté par un newsflow positif et des recommandations d’analystes qui n’ont pas manqué d’alimenter la hausse. TGCC, en pleine forme après l’annonce d’une acquisition stratégique de STAM, explose de 27,33% et atteint un plus haut inédit à 725,80 DH. Sonasid (+15,62%) et Jet Contractors (+15,13%) suivent la cadence, et surfent sur l’optimisme ambiant. Seule ombre au tableau cette semaine : le chiffre de l’inflation de janvier, qui a légèrement joué les trouble-fêtes avec quelques rachats visibles en fin de semaine, sans

TOP Performances

FLOP Performances

Zellidja IB Maroc Label Vie

-16,87%

+31,71% +26,2%

Fenie Brossette TGCC S.A Marsa Maroc

-10%

-8,67%

+19,59 %

pour autant renverser la tendance. L’agenda des résultats continue de dicter le tempo. Les émetteurs ont jusqu’au 28 février pour dévoiler leurs chiffres, et les investisseurs scrutent déjà les premières tendances. Les chiffres du BTP sont sous le feu des projecteurs, mais la semaine pro- chaine, ce sont également les immo- bilières qui capteront l’attention. Un secteur clé et psychologique, toujours surveillé de près dans ce contexte de regain de confiance.

Après moins de deux mois de cota- tion, le bilan est impressionnant : +14% depuis le début de l’année, une capitalisation boursière record à 862 milliards de DH, et un marché toujours en mode acheteur. Rien de vraiment surprenant quand on met bout à bout les facteurs haussiers : des bénéfices qui progressent, des valorisations encore attractives et un arbitrage toujours plus en faveur des actions, avec la baisse des taux et l’augmentation des dividendes. ◆

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Finance islamique Le Maroc à la traîne sur l’échiquier mondial L Malgré une hausse rapide, les encours de la finance participative demeurent faibles et le taux de pénétration reste en deçà des attentes. Par A. Hlimi année 2023 s'est ins- crite comme un tour- nant pour la finance islamique, avec des actifs frôlant la barre impressionnante des 5.000 milliards de dol- lars. Selon l’Islamic Finance Development ’

d’émerger sur l’échiquier internatio- nal de la finance islamique. Malgré une croissance impressionnante de 558% entre 2022 et 2023, l’offre de produits reste peu diversifiée. Cette situation freine la compétitivité du marché marocain face à des écono- mies plus matures, qui bénéficient d’une large palette de produits et d’investissements conformes à la charia. Pour espérer rattraper son retard, le Maroc devra non seule- ment élargir son offre en matière de Takaful, mais également développer des solutions innovantes adaptées aux besoins de la population. La digitalisation, déjà amorcée dans d’autres pays comme la Malaisie ou les Émirats arabes unis, pourrait constituer une voie d’avenir pour moderniser et dynamiser le secteur. Le défi de la taille est aussi impor- tant : bien que totalement inenvi- sageable par les opérateurs maro- cains, cela permettrait de passer un cap. ◆

Indicator (IFDI) et les données récentes compilées par London Stock Exchange Group (LSEG), le secteur a connu une croissance à deux chiffres de 11%, atteignant ainsi 4,9 mille milliards de dollars. Les plus grands marchés -l’Arabie saoudite et la Malaisie- continuent de dominer la scène internationale, tandis que la banque islamique a progressé de 12% pour totaliser 3,6 mille milliards de dollars d’actifs. Au-delà des chiffres globaux, le secteur se diversifie. Le marché des Sukuk a affiché une croissance notable de 9%, avec un montant en circulation atteignant 863 milliards de dollars et plus de 200 milliards de dollars d’émissions en 2023. La fin- tech islamique, quant à elle, innove en digitalisant notamment les Sukuk et en établissant de nouveaux standards d’innovation. Même le Takaful, malgré une progression modeste de 1% pour atteindre 86 milliards de dollars à l’échelle mon- diale, joue un rôle essentiel en se confrontant à des défis structurels tels que la concurrence de l’assu- rance conventionnelle, un nombre limité d’options conformes à la cha- ria et les pressions liées au resserre- ment monétaire. Au Maroc, la taille du marché reste embryonnaire, notamment sur le Takaful. En 2023, le Royaume comptait quatre compagnies de Takaful ainsi qu’une compagnie de retakaful, depuis l’apparition du pre- mier opérateur de Takaful en 2022, visant à compléter l’écosystème de

 Au Maroc, la taille du marché reste embryon- naire, notamment sur le Takaful.

la finance participative national. Pourtant, le volume des contribu- tions au Takaful s’élevait à seule- ment 65,8 millions de DH (environ 6,58 millions de dollars US) – soit 0,12% du secteur de l’assurance du pays –, selon la Fédération marocaine de l’assurance. La crois- sance est certes rapide, mais les encours demeurent faibles. Cette situation contraste fortement avec la dynamique observée dans d’autres régions. Par exemple, cer- tains marchés en Afrique du Nord et au Moyen-Orient affichent des stratégies de fusion et de consoli- dation qui permettent aux opéra- teurs de Takaful d’atteindre une plus grande échelle et de réduire leurs coûts. Alors que des pays comme le Pakistan positionnent le Takaful comme un pilier stratégique – avec des actifs atteignant 645 millions de dollars US –, «le Maroc peine à diversifier son offre de produits. La majorité des produits proposés se cantonne au Takaful individuel et familial, principalement axés sur la couverture décès et incendie, et n’arrive pas à rivaliser avec la diver- sité des offres du secteur de l’assu- rance conventionnelle », relèvent les experts de LSEG. Les obstacles rencontrés par le secteur du Takaful marocain illustrent bien la difficulté

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Développement de l’assurance en Afrique Le Maroc en éclaireur ! M À Marrakech, la 49 ème Assemblée générale de la Fanaf a mis en lumière les défis et ambitions d’un secteur assurantiel africain en quête d’inclusion et d’innovation. arrakech s'impose, le temps d’une semaine, comme l’épi- centre des réflexions straté- giques sur l’assurance en Afrique. La 49 ème Assemblée générale de la Fanaf (Fédération des sociétés d’as- surances de droit national afri- caines), organisée sous le haut patronage du Roi Mohammed VI, a mis en exergue les défis et opportunités d’un secteur en quête d’innovation et d’in- clusion. Au centre des discus- sions, le rôle du Maroc en tant que catalyseur de croissance et laboratoire de solutions pour le continent. Dès l’ouverture des travaux, la ministre de l'Économie et des Finances, Nadia Fettah, a réaffirmé l’ambition marocaine d’accompagner le développe- ment d’un secteur assurantiel africain plus robuste et inclusif. À travers une stratégie natio- nale d’inclusion financière, le Royaume entend élargir l’ac- cès aux services financiers pour toutes les catégories de la population, un engagement qui entrera dans sa deuxième phase en 2025. Cette approche se veut prag- Avec un taux de pénétration qui peine à dépasser 3,5% en moyenne sur le continent, l’assurance reste encore un luxe pour une large partie de la population en Afrique. Par Y. Seddik

matique : il ne s’agit plus uni- quement d’encourager l’adop- tion des produits d’assurance, mais de structurer un écosys- tème intégré où l’offre répond véritablement aux besoins des populations. L’inclusion financière est, selon Fettah, un levier essentiel pour garan- tir la stabilité économique et

sociale. Son importance a été démontrée lors du séisme d’Al Haouz, où le régime marocain de couverture des événements catastrophiques, instauré en 2020, a prouvé son efficacité. Ce dispositif, combinant une couverture assurantielle pour les titulaires de contrats et un système allocataire fondé sur la solidarité nationale pour les non-assurés, constitue une référence en matière de financement des risques cli- matiques. Dans un continent où les catastrophes naturelles et les chocs économiques fra- gilisent les équilibres sociaux, cette approche pourrait inspi- rer d’autres initiatives. L’Afrique doit en effet relever plusieurs défis structurels : un taux de pénétration de l’assu- rance encore faible (3,5%), une offre souvent inadaptée aux réalités locales et une mécon- naissance des produits assu- rantiels par une large partie des populations. Comme l’a souligné César Ekomie-Afene, président de la Fanaf, l’indus- trie est appelée à davantage

Vers un marché unique de l’assurance en Afrique Mohamed Bensalah

Mohamed Hassan Bensalah, président de la FMA, a plaidé pour une transformation en profondeur du secteur assurantiel africain en insistant sur la nécessité de bâtir un marché unique de l’assurance. Avec un taux de pénétration encore faible, le secteur doit accélérer son intégration et innover pour répondre aux attentes des populations et des entreprises. «L’Afrique de demain est une Afrique forte, résiliente et unie. Seule une approche collec- tive, qui favorise la convergence de nos marchés et l’harmonisation de nos cadres régle- mentaires, nous permettra de relever ce défi», a-t-il affirmé. Selon lui, la construction de ce marché unifié doit s’appuyer sur trois leviers essentiels : une réglementation harmonisée, une digitalisation accélérée et une coopération renforcée entre les acteurs du secteur. Il a notamment mis en avant le rôle des Insurtechs et de l’intelligence artificielle comme moteurs de cette transformation, tout en soulignant l’urgence d’anticiper les cyber- risques, qui pourraient représenter une perte de 10% du PIB africain selon un rapport d’Orange Cyberdéfense. Enfin, il a rappelé que le Maroc, sous la vision du Roi Mohammed VI, a toujours œuvré pour une intégration économique africaine, et que l’accueil, en 2027, de l’Assemblée générale de l’organisation africaine des assurances (OAA) à Marrakech constituera une nouvelle étape dans cet engagement.

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de l’inclusion, le secteur doit aussi anticiper de nouveaux périls. Parmi eux, la montée en puissance des cyber-risques constitue une menace majeure pour les économies africaines. D’après un rapport d’Orange Cyberdéfense, les cyberat- taques pourraient entraîner une perte de 10% du PIB du continent. Face à cette réa- lité, les assureurs africains sont appelés à développer des solutions adaptées, en parte- nariat avec les grands réassu- reurs internationaux. Si l’innovation et la diversifi- cation des produits sont cru- ciales, elles ne peuvent porter leurs fruits sans un cadre régle- mentaire solide. Abderrahim Chaffai, président de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), a insisté sur la néces- sité d’une régulation adaptée pour accompagner ces muta- tions. «Une régulation appro- priée, une innovation soutenue et une collaboration renforcée entre assureurs et régulateurs sont essentielles pour bâtir un marché africain de l’assu- rance durable et inclusif» , a-t-il déclaré.

Une impulsion, mais quel moteur pour la suite ? Durant cette assemblée, un consensus s’est dégagé: l’Afrique doit accélérer sa transformation assurantielle, sous peine de voir son déve- loppement freiné par des risques mal couverts et une inclusion financière inache- vée. Pourtant, si les ambitions sont affichées, la mécanique du changement reste encore hésitante. Le Maroc, en fer de lance de cette dynamique, a montré la voie avec des dispositifs éprouvés et une volonté poli- tique claire. Mais suffit-il d’un catalyseur pour déclencher un mouvement d’ensemble ? L’enjeu ne sera pas tant de multiplier les engagements que de synchroniser les actions, d’aligner les régula- teurs et les acteurs privés sur une même trajectoire. L’assurance en Afrique est à un carrefour : soit elle continue de progresser par à-coups, entre bonnes inten- tions et mises en œuvre tar- dives, soit elle embrasse une transformation systémique, où innovation et régulation avancent de concert. Entre la promesse et la concréti- sation, la route est encore longue mais la ligne d’arrivée ne sera pas franchie en soli- taire. ◆

 Discours de Nadia Fettah, ministre de l'Économie et des Finances, à l'ouver- ture de la 49 ème Assemblée générale de la Fanaf.

d’innovation pour répondre aux attentes pressantes des parties prenantes. Digitalisation, micro-assu- rance et risques émergents Justement, l'innovation et la digitalisation apparaissent comme des leviers incontour- nables pour accélérer l'inclu- sion assurantielle. Plusieurs pays africains, à l’instar du Kenya et de la Tanzanie, ont démontré qu’en adaptant les produits d’assurance aux usages mobiles et en misant sur des campagnes de sen- sibilisation ciblées, il est pos- sible de transformer la percep- tion du secteur et d’accroître son adoption. Mohamed Bensalah, président de la Fédération marocaine de l’assurance (FMA), a insis- té sur la nécessité d’intégrer la micro-assurance comme un axe stratégique prioritaire. «L’assurance ne doit plus être un produit réservé à une élite. Son accès doit être élargi aux populations les plus vul- nérables, car leur protection

économique est essentielle à la stabilité du continent» , a-t-il affirmé. Une vision qui s’accompagne d’une propo- sition forte : l’instauration de couvertures obligatoires sur certains segments, comme la «multirisque habitation» ou la « responsabilité civile pro- fessionnelle» pour les sec- teurs à risques. Mais au-delà

Micro-assurance, digitalisation, cyber-risques : les nouveaux défis exigent des réponses rapides et concertées.

Pour Abderrahim Chaffai, président de l’ACAPS, le développement du secteur de l’assurance en Afrique ne peut se faire sans une stratégie claire d’inclusion financière et une modernisation des cadres réglementaires. Lors de son intervention à la 49 ème Assemblée générale de la Fanaf, il a mis l’accent sur la nécessité d’adopter des solutions accessibles et adap- tées aux réalités locales. La micro-assurance, combinée à l’essor du digi- tal, doit permettre d’élargir la couverture aux populations vulnérables et de renforcer la résilience des économies africaines. Il a également rap- pelé que les pouvoirs publics et les régulateurs ont un rôle central à jouer pour instaurer des dispositifs obligatoires capables de mieux protéger les individus et les entreprises. «Seuls, nous faisons des pas; ensemble, nous parcourons des kilomètres», a-t-il martelé, appelant à une coopéra- tion accrue entre les acteurs du marché pour structurer un écosystème assurantiel solide, inclusif et en phase avec les défis économiques et climatiques du continent. L’inclusion assurantielle, un impératif pour l’Afrique Abderrahim Chaffai

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Moyens de paiement Le cash fait toujours de la résistance Le Maroc multiplie les réformes et les initiatives pour développer les paiements électroniques, mais le cash conserve une place prédominante. Entre progrès technologiques, incitations et résistances persistantes, la transition vers un système de paiement modernisé reste un défi. Par Gh. Bennani

et réduire la dépendance au cash. Parmi eux, la mise en place d’incitations fiscales pour encourager les commerçants à adopter les paiements numé- riques, la réduction des frais de transaction pour les PME, la digitalisation des paiements gouvernementaux et la limita- tion progressive des paiements en espèces pour renforcer la traçabilité des flux financiers. BAM s’inscrit pleinement dans cette démarche à travers son Plan stratégique 2024-2028, qui vise à renforcer la résilience de l’économie nationale tout en modernisant l’infrastructure financière. L’accent est mis sur le développement des paie- ments numériques, notamment via l’essor des Fintech et l’ex- pansion des solutions de paie- ment mobile. Des avancées notables ont déjà été réalisées dans ce sens. La Loi de Finances Rectificative de 2020 a introduit un abattement de 100% sur le chiffre d’affaires des commerçants utilisant les paiements mobiles pendant cinq ans, une mesure incita- tive destinée à accélérer leur adoption. De son côté, le pro- gramme Tayssir, qui concerne trois millions d’écoliers, a faci- lité l’intégration des paiements numériques dans les transferts sociaux. En 2023, la valeur des paiements numériques au Maroc a atteint 2 milliards de dirhams, avec 30% des Marocains utilisant des tran- sactions électroniques contre seulement 17% en 2017. Le lancement du virement instan- tané en juin 2023 a marqué une avancée majeure, avec 6,2 millions d’opérations totali- sant 21,2 milliards de dirhams échangés en seulement six mois, témoignant d’une adop- tion croissante des solutions de paiement numérique. D’autres mesures concrètes ont été prises récemment. L’obligation du paiement élec- tronique des droits et taxes douanières est entrée en vigueur, renforçant la traçabilité et réduisant le recours au cash dans les transactions commer-

 La circulation excessive du cash impacte directement l’efficacité de la politique monétaire.

e Maroc demeure fortement dépendant des transactions en espèces, un phénomène qui freine la modernisation écono- mique et limite l’efficacité de la politique monétaire. En 2024, la monnaie fiduciaire en circu- lation atteignait 414,4 milliards de dirhams, enregistrant une croissance annuelle de 5,2%. Bien que ce rythme marque un ralentissement par rapport aux années précédentes, il demeure à un niveau élevé, témoignant de la persistance d’une forte demande pour les transactions en espèces et d’une adoption encore limitée des alternatives numériques. Le rapport annuel L La culture du cash, la méfiance envers le digital et les coûts des transactions freinent encore l’adoption massive des paiements électroniques au Maroc.

de Bank Al-Maghrib sur les infrastructures des marchés financiers et les moyens de paiement confirme cette ten- dance, indiquant que la mon- naie fiduciaire représentait 30% du PIB en 2023 contre 28% en 2022 et 22% en 2019, tradui- sant une augmentation continue de la circulation du cash dans l’économie. Au-delà de ces enjeux structu- rels, la circulation excessive du cash impacte directement l’effi- cacité de la politique monétaire. Lorsque la Banque centrale ajuste son taux directeur pour influencer l’inflation et l’inves- tissement, la persistance des paiements en espèces réduit la transmission de ces mesures à l’ensemble de l’économie. Une hausse du taux directeur devrait, en théorie, ralentir la consommation et l’endettement, mais si une grande partie des

échanges échappe au circuit bancaire, son effet est atténué. À l’inverse, une baisse des taux, censée stimuler l’investisse- ment, perd en efficacité lorsque les entreprises opérant essen- tiellement en cash ne s’appuient pas sur le crédit bancaire. De plus, une circulation monétaire incontrôlée alimente les pres- sions inflationnistes, le volume de monnaie fiduciaire en hausse constante pouvant accélérer la hausse des prix. Ce phé- nomène fragilise également les capacités de financement des banques qui, avec un niveau de dépôts limité, peinent à accor- der des crédits aux entreprises et aux ménages, freinant ainsi la dynamique de croissance. Consciente de ces enjeux, la Banque mondiale recommande plusieurs leviers d’action pour accélérer la transition vers les paiements électroniques

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ciales. Par ailleurs, des réformes sont en cours pour renforcer la réglementation des bureaux de cré- dit, notamment en intégrant le trai- tement des données non financières afin de permettre aux personnes non bancarisées d’accéder plus facilement au crédit. Une autre ini- tiative en développement concerne l’élaboration d’un cadre légal pour la régulation des crypto-actifs, visant à encadrer l’utilisation des monnaies numériques et à explorer le poten- tiel d’une monnaie numérique de Banque centrale. Le rapport de Bank Al-Maghrib met également en avant la progression des paiements mobiles et par carte bancaire. En 2023, le nombre d’au- torisations de paiements mobiles a atteint 138.329, contre 100.433 en 2022. Par ailleurs, le nombre de transactions par cartes ban- caires a augmenté de 14,2%. Ces chiffres illustrent une adoption pro- gressive des moyens de paiement électroniques, bien que leur usage reste encore limité par rapport aux volumes de cash en circulation. Comme le souligne un expert du secteur, «le Maroc a entrepris des réformes visant à renforcer la sécu- rité et la fiabilité des transactions. L’introduction d’un cadre régle- mentaire adapté s’est accompa- gnée du déploiement progressif de nouvelles solutions de paiement, comme les transferts instantanés et les paiements mobiles, facilitant ainsi l’accès aux services bancaires. Ces évolutions traduisent une dyna- mique de transformation continue, portée par la nécessité d’adapter l’infrastructure financière aux muta- tions de l’économie et aux attentes croissantes des usagers». Si ces avancées témoignent d’une volonté affirmée d’encourager l’utili- sation des paiements électroniques, plusieurs obstacles demeurent. La préférence pour le cash reste pro- fondément ancrée, en grande partie en raison d’une confiance limitée dans les outils numériques et d’un manque de sensibilisation aux avan- tages qu’ils offrent. La méfiance à l’égard de la sécurité des transac- tions digitales constitue également un frein majeur, de nombreux utili- sateurs redoutant la fraude ou le vol de données bancaires. Par ailleurs, les coûts associés aux transactions

Si le Maroc a franchi des étapes clés vers la digitalisation des paie- ments, la dépendance au cash demeure un obstacle majeur. Pour changer la donne, il faudra des mesures plus incitatives, un cadre réglementaire renforcé et une mobilisation de tous les acteurs. Le succès de cette transition repose sur une équation simple : acces- sibilité, confiance et engagement collectif. ◆

Avec son Plan stratégique 2024-2028, BAM accélère la modernisation des paiements en misant sur l’innovation, les Fintech et la digitalisation des transactions.

électroniques, bien que réduits pour certaines catégories d’usagers, continuent de dissuader certains commerçants et PME d’accepter ces moyens de paiement. À cela s’ajoute

une accessibilité encore limitée aux infrastructures de paiement électro- nique, notamment dans les zones rurales, où le réseau bancaire et la connectivité restent insuffisants.

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