FNH N° 1186 V2

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 28 FÉVRIER 2025

Moyens de paiement Le cash fait toujours de la résistance Le Maroc multiplie les réformes et les initiatives pour développer les paiements électroniques, mais le cash conserve une place prédominante. Entre progrès technologiques, incitations et résistances persistantes, la transition vers un système de paiement modernisé reste un défi. Par Gh. Bennani

et réduire la dépendance au cash. Parmi eux, la mise en place d’incitations fiscales pour encourager les commerçants à adopter les paiements numé- riques, la réduction des frais de transaction pour les PME, la digitalisation des paiements gouvernementaux et la limita- tion progressive des paiements en espèces pour renforcer la traçabilité des flux financiers. BAM s’inscrit pleinement dans cette démarche à travers son Plan stratégique 2024-2028, qui vise à renforcer la résilience de l’économie nationale tout en modernisant l’infrastructure financière. L’accent est mis sur le développement des paie- ments numériques, notamment via l’essor des Fintech et l’ex- pansion des solutions de paie- ment mobile. Des avancées notables ont déjà été réalisées dans ce sens. La Loi de Finances Rectificative de 2020 a introduit un abattement de 100% sur le chiffre d’affaires des commerçants utilisant les paiements mobiles pendant cinq ans, une mesure incita- tive destinée à accélérer leur adoption. De son côté, le pro- gramme Tayssir, qui concerne trois millions d’écoliers, a faci- lité l’intégration des paiements numériques dans les transferts sociaux. En 2023, la valeur des paiements numériques au Maroc a atteint 2 milliards de dirhams, avec 30% des Marocains utilisant des tran- sactions électroniques contre seulement 17% en 2017. Le lancement du virement instan- tané en juin 2023 a marqué une avancée majeure, avec 6,2 millions d’opérations totali- sant 21,2 milliards de dirhams échangés en seulement six mois, témoignant d’une adop- tion croissante des solutions de paiement numérique. D’autres mesures concrètes ont été prises récemment. L’obligation du paiement élec- tronique des droits et taxes douanières est entrée en vigueur, renforçant la traçabilité et réduisant le recours au cash dans les transactions commer-

 La circulation excessive du cash impacte directement l’efficacité de la politique monétaire.

e Maroc demeure fortement dépendant des transactions en espèces, un phénomène qui freine la modernisation écono- mique et limite l’efficacité de la politique monétaire. En 2024, la monnaie fiduciaire en circu- lation atteignait 414,4 milliards de dirhams, enregistrant une croissance annuelle de 5,2%. Bien que ce rythme marque un ralentissement par rapport aux années précédentes, il demeure à un niveau élevé, témoignant de la persistance d’une forte demande pour les transactions en espèces et d’une adoption encore limitée des alternatives numériques. Le rapport annuel L La culture du cash, la méfiance envers le digital et les coûts des transactions freinent encore l’adoption massive des paiements électroniques au Maroc.

de Bank Al-Maghrib sur les infrastructures des marchés financiers et les moyens de paiement confirme cette ten- dance, indiquant que la mon- naie fiduciaire représentait 30% du PIB en 2023 contre 28% en 2022 et 22% en 2019, tradui- sant une augmentation continue de la circulation du cash dans l’économie. Au-delà de ces enjeux structu- rels, la circulation excessive du cash impacte directement l’effi- cacité de la politique monétaire. Lorsque la Banque centrale ajuste son taux directeur pour influencer l’inflation et l’inves- tissement, la persistance des paiements en espèces réduit la transmission de ces mesures à l’ensemble de l’économie. Une hausse du taux directeur devrait, en théorie, ralentir la consommation et l’endettement, mais si une grande partie des

échanges échappe au circuit bancaire, son effet est atténué. À l’inverse, une baisse des taux, censée stimuler l’investisse- ment, perd en efficacité lorsque les entreprises opérant essen- tiellement en cash ne s’appuient pas sur le crédit bancaire. De plus, une circulation monétaire incontrôlée alimente les pres- sions inflationnistes, le volume de monnaie fiduciaire en hausse constante pouvant accélérer la hausse des prix. Ce phé- nomène fragilise également les capacités de financement des banques qui, avec un niveau de dépôts limité, peinent à accor- der des crédits aux entreprises et aux ménages, freinant ainsi la dynamique de croissance. Consciente de ces enjeux, la Banque mondiale recommande plusieurs leviers d’action pour accélérer la transition vers les paiements électroniques

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