FNH N° 1186 V2

SANTÉ

36

FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 28 FÉVRIER 2025

bénéficiaires et à garantir un accès optimal aux soins pour les assurés.

Quelles solutions pour éviter l’asphyxie financière ? Face à cette situation, des solu- tions doivent être envisagées pour garantir la soutenabilité du sys- tème. Belaïche insiste sur la néces- sité de maîtriser les coûts et de mobiliser de nouvelles ressources. «Garantir l’équilibre entre l’univer- salité des prestations et la sou- tenabilité du système passe par le contrôle des prix et des coûts des prestations de soins et des médicaments afin de réduire la charge financière supportée par les patients. Mais aussi par l’élar- gissement effectif de l’assiette fiscale et l’intégration du secteur informel, qui représente une part importante de notre économie mais ne contribue ni aux impôts ni aux cotisations» , soutient-il. En effet, cette inclusion du secteur informel permettrait d'augmenter les ressources du système tout en offrant une protection sociale à une frange importante de la popu- lation jusqu'alors non couverte. Paralèllement, la diversification des sources de financement et l'optimisation des dépenses liées à la gestion des services sociaux sont des leviers indispensables pour renforcer la viabilité financière du système. De plus, l'universalité des prestations ne peut être effec- tive sans un accès équitable aux soins sur l'ensemble du territoire. Ainsi, le renforcement des services de santé en milieu rural est pri- mordial pour réduire les dispa- rités régionales. Enfin, l’adoption de solutions numériques avancées faciliterait une identification pré- cise des bénéficiaires, améliorant ainsi l'efficacité et la transparence du système. Alors que le Maroc ambitionne de bâtir un modèle de protec- tion sociale robuste et universel, 2025 s’annonce comme une année cruciale pour ajuster les méca- nismes de financement et garantir une prise en charge efficace des citoyens. L’enjeu est de taille : évi- ter un système dual où seuls ceux qui en ont les moyens pourraient réellement bénéficier d’une cou- verture de qualité. ◆

 Selon le CESE, 60% des bénéficiaires de l’AMO renoncent à leur traitement en raison des difficultés économiques.

AMO Un chantier ambitieux aux équilibres fragiles La généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) au Maroc nécessite de conjuguer universalité et soutenabilité financière pour assurer une couverture sanitaire universelle pérenne. Par Désy M.

A

vec l’accélération de la généra- lisation de l’AMO, le Maroc est engagé dans l’une des réformes sociales les plus ambitieuses de son histoire. En seulement deux ans, la couverture santé est pas- sée de 60% de la population en 2020 à 86,5% en 2024. Un bond considérable qui soulève toutefois des interrogations majeures sur la viabilité financière du système et son efficacité à long terme. L’universalisation de l’AMO repré- sente un défi budgétaire colos- sal, notamment dans un contexte marqué par la hausse des coûts de santé et le vieillissement de la population. «Passer de 11 millions de bénéficiaires avant 2021 à 36,8 millions visés actuellement repré- sente un véritable défi en matière de financement des soins et des médicaments. Surtout lorsque l’on sait que les prévalences des mala- dies chroniques ont atteint des niveaux élevés et continueront d’augmenter» , affirme Abdelmajid Belaïche, expert en industrie phar- maceutique, analyste des marchés

pharmaceutiques et membre de la société marocaine de l’économie des produits de santé.

parfois être multipliés par cinq en l’absence de protocoles de soins obligatoires. «Ces patients n’ont tout simplement pas les moyens d’avancer l’argent nécessaire pour payer leurs soins en attendant le remboursement de leurs frais médicaux», explique Belaïche. Ce phénomène, qui touche particuliè- rement les classes moyennes et les travailleurs indépendants, illustre les limites du modèle actuel, où le système de remboursement a posteriori pénalise les plus vulné- rables. Aujourd’hui, l’AMO repose sur un équilibre fragile. Selon le CESE, bien que certains régimes d'as- surance aient atteint un équi- libre financier en 2023, d'autres souffrent encore de déficits tech- niques importants. Par exemple, l'AMO dédiée aux travailleurs indé- pendants affiche un déficit tech- nique de 172%, tandis que celle du secteur public présente un défi- cit de 121%. Ces déséquilibres affectent directement la capacité des systèmes à indemniser les

Un équilibre financier sous tension

Le rapport du Conseil écono- mique, social et environnemental (CESE) publié en novembre 2024 met en lumière un chiffre alarmant: 60% des bénéficiaires de l’AMO renoncent à leur traitement en rai- son des difficultés économiques. Lors de la 9 ème édition du Forum parlementaire international sur la justice sociale, le président du CESE, Ahmed Reda Chami, a évo- qué la hausse des frais de santé supportés directement par les assurés, qui peuvent atteindre 50% des dépenses totales de santé. Cela pousse certains citoyens à s'abstenir des traitements de base pour des raisons financières. Et de souligner que la plupart des dépenses de l’AMO vont aux éta- blissements de santé privés, ce qui contribue à l’augmentation des coûts des soins, lesquels peuvent

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker