ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 18 JUIN 2026
émerger des startups positionnées sur des sujets avancés comme les sciences de la vie, l'intelligence artificielle, l'industrie 4.0 ou les biotechnologies. C'est une dyna- mique qui reste récente, mais qui montre que le Maroc est en train de construire progressivement les fondations nécessaires à l'émer- gence d'un véritable écosystème deeptech. La question n'est donc pas tant de savoir pourquoi nous n'avons pas encore produit un grand nombre de champions deeptech, mais plu- tôt comment accélérer cette dyna- mique tout en gardant à l'esprit que ces technologies demandent du temps, du capital et de la patience. F.N.H. : Peut-on imaginer que le Maroc devienne demain un producteur de technologies et pas seule- ment un consommateur d'innovations, notamment grâce à l'écosystème de Benguerir ? Y. L. : d'innovations, notam- ment grâce à l'écosystème de Benguerir ? Je pense que nous n'avons pas vraiment le choix. Pendant des décennies, le pouvoir technolo- gique a été concentré entre les mains d'un nombre limité de pays. Cette concentration n'a pas seu- lement créé des écarts techno- logiques; elle a aussi généré des écarts considérables en matière de création de valeur, d'emplois qualifiés et de compétitivité éco- nomique. Aujourd'hui, la technologie est devenue un levier central de déve- loppement. Les économies qui produisent de l'innovation créent davantage de valeur, attirent les talents et développent des avantages compétitifs durables. Lorsqu'une technologie de rupture est maîtrisée localement, elle peut être exportée à l'échelle mondiale et devenir un puissant moteur de croissance. Nous vivons actuellement un moment particulier. L'intelligence artificielle, la digitalisation et les nouvelles technologies rebattent les cartes et ouvrent une nouvelle fenêtre d'opportunité. Des pays
Le Maroc a gagné neuf places dans le Global Innovation Index 2025, passant du 66 ème au 57 ème rang mondial.
ment en matière d'énergie solaire et éolienne. Mais il ne s'agit pas simplement d'importer des tech- nologies existantes; il faut aussi les adapter à nos réalités. Un panneau solaire conçu pour l'Europe ne répond pas nécessairement aux mêmes contraintes qu'un panneau déployé dans un environnement désertique ou soumis à des condi- tions climatiques différentes. L'industrie 4.0 constitue égale- ment une opportunité majeure. Le Maroc a développé au fil des années une base industrielle solide dans des secteurs comme l'auto- mobile, l'aéronautique ou encore l'industrie chimique. Cette expé- rience crée un terrain favorable au développement de nouvelles technologies liées à l'intelligence artificielle, à l'automatisation ou à l'optimisation des processus industriels. Enfin, je citerais la digitalisation et l'intelligence artificielle. Une grande partie des services reste encore peu digitalisée sur le conti- nent africain. Cela représente un potentiel considérable pour les entrepreneurs capables de déve- lopper des solutions adaptées aux besoins locaux. Nous avons déjà vu, dans plusieurs pays africains, comment l'innovation numérique pouvait transformer profondément des secteurs entiers. Au fond, les plus grandes oppor- tunités pour le Maroc se situent probablement à l'intersection entre ses priorités stratégiques, les besoins du continent africain et les grandes transformations technologiques mondiales. C'est
là que peuvent émerger les inno- vations les plus pertinentes et les plus exportables. F.N.H. : Le Maroc inves- tit de plus en plus dans la recherche et l'innovation. Pourtant, l'émergence de startups deeptech reste encore limitée. Comment expliquez-vous ce retard ? Y. L. : Je nuancerais d'abord l'idée de retard. La question est toujours: retard par rapport à qui et par rap- port à quel point de départ ? Lorsqu'on observe les grands éco- systèmes technologiques mon- diaux, on oublie souvent qu'ils se sont construits sur plusieurs décennies. La Silicon Valley, par exemple, ne s'est pas imposée du jour au lendemain. Les premières innovations dans les semi-conduc- teurs remontent aux années 1950 et 1960. Il a fallu des décennies de recherche, d'investissement et de création d'entreprises pour faire émerger l'écosystème que nous connaissons aujourd'hui. Le Maroc suit une trajectoire dif- férente, mais cohérente. Depuis le début des années 2000, il a d'abord posé les bases de son développement industriel dans des secteurs comme l'automo- bile, l'aéronautique, la logistique ou encore les fertilisants. Cette stratégie a permis de construire un socle industriel solide avant d'accélérer sur les sujets liés à la technologie et à l'innovation. La deeptech est par nature plus complexe que les autres segments technologiques. Elle repose sur
des avancées scientifiques ou technologiques qui demandent du temps, des investissements importants et une forte capaci- té de recherche. Une entreprise deeptech peut nécessiter dix ans ou plus avant de commercialiser son innovation, contrairement à d'autres startups qui peuvent atteindre rapidement le marché. C'est aussi une discipline qui exige un capital patient. L'investisseur ne finance pas uniquement un modèle économique; il parie sur une technologie, sur une proprié- té intellectuelle et sur la capacité d'une équipe à transformer des années de recherche en produit commercialisable. Cela implique des risques plus élevés et des cycles de développement beau- coup plus longs. Pour cette raison, le développe- ment de la deeptech nécessite un écosystème spécifique : des chercheurs, des laboratoires, des infrastructures d'expérimentation, des investisseurs spécialisés et des cadres réglementaires adap- tés. Ces éléments prennent du temps à se mettre en place. Aujourd'hui, je pense néanmoins que les signaux sont encoura- geants. Le Maroc investit davan- tage dans la recherche, les uni- versités développent des pro- grammes dédiés à l'innovation et les fonds d'investissement s'in- téressent de plus en plus à la deeptech. À l'UM6P Ventures, par exemple, une part importante du portefeuille est désormais consa- crée à ce type de projets. Nous commençons également à voir
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