ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026
Tomates Le Maroc face aux limites de son modèle exportateur
les 100 kilos entre octobre et mai. Un dispositif que contestent depuis des années les produc- teurs français, espagnols, italiens et portugais. Ils réclament des quotas distincts pour les tomates rondes et cerises, un contrôle des flux en temps réel et des normes équivalentes. Face à ces pressions, le Maroc a changé de braquet. Les tomates dites segmentées, cerise, cocktail ou à grappes, représentent désormais près de 59% des exportations. Le pays mise sur la valeur plutôt que sur le volume. Pour Khalid Kabbadj, « le Maroc a déjà démontré sa capacité à passer de la tomate standard à des produits différenciés : tomates cerises, tomates grappes, variétés premium, produits répondant à des cahiers des charges spécifiques, conditionne- ments adaptés et productions bénéficiant de certifications environnementales ou qualitatives. Cette évolution est essentielle car elle permet de découpler partiellement le chiffre d'affaires du volume exporté». La question hydrique Après six années de sécheresse, la saison 2025-2026 a surpris. Entre septembre et avril, il est tombé en moyenne 202,9 millimètres de pluie, soit 22,6% de plus que la moyenne des trente dernières années et 54% de plus que l'an dernier. Faut-il y voir la fin de la crise de l'eau? Les experts appellent à la prudence. Près des trois quarts des apports sont arrivés après la mi-décembre, en quelques semaines, signe d'un régime de pluies irrégulier et brutal plus que d'un retour à la normale. Surtout, les pré- cipitations ne sont pas réparties équitablement. Le Souss-Massa, berceau de la tomate d'expor- tation autour d'Agadir, reste sous sa normale, et certains réseaux d'irrigation attendaient encore, fin septembre, des travaux de remise en état alors que s'achevaient les plantations de la nouvelle campagne. Quant aux nappes souter- raines, durablement sollicitées pour l'irrigation des cultures d'export, il faudra plusieurs années de précipitations correctes pour qu'elles se reconstituent. Pour l'économiste, c'est là que se joue l'avenir de la filière. «Le véritable risque se situe ailleurs : dans le coût marginal de l'eau. Le Souss-Massa est devenu un laboratoire de cette contradiction. Une agriculture exportatrice performante peut générer des recettes en devises, des emplois et une activité économique importante, mais elle ne peut durablement s'appuyer sur la surex- ploitation des nappes phréatiques» , avertit-il. Le cadre légal marocain donne, selon lui ,la bous- sole : «la loi n°36-15 relative à l'eau, dans sa ver- sion consolidée publiée par le Secrétariat géné- ral du gouvernement, consacre précisément une logique de gestion intégrée et durable de la ressource. Le principe doit donc être appliqué à l'économie agricole. Une activité ne peut être considérée comme durable si son modèle éco-
Deuxième fournisseur de l'Union européenne, troisième exportateur mondial, le Royaume a vu ses ventes reculer de 11% cette saison. Entre pluies record, tensions sur les prix et pression de Bruxelles, la filière cherche son second souffle. Par L . B.
A
u cours de la campagne 2025/2026, le Maroc a livré 493.000 tonnes de tomates à l'Union euro- péenne, soit 17,7% des volumes commerciali- sés, devançant l'Espagne (476 000 tonnes) pour la deuxième année de suite. Seuls les Pays-Bas, avec près de 28%, font mieux. Pourtant, la saison écoulée a été loin d'un long fleuve tran- quille. Les exportations totales sont tombées à 549.000 tonnes contre 620.000 un an plus tôt. Mildiou, virus de la tomate, serres détruites, restrictions décidées dans l'urgence : la filière a encaissé les chocs les uns après les autres. Faut-il pour autant parler de fin de cycle ? Pas si vite, nuance Khalid Kabbadj, économiste et expert en investissement et en gestion de patri- moine. «À mon sens, le modèle marocain de la tomate reste économiquement pertinent, mais il n'est plus soutenable dans sa forme actuelle s'il repose principalement sur l'augmentation des volumes et sur la mobilisation croissante de ressources hydriques locales. La question n'est donc pas de savoir s'il faut abandonner la tomate d'exportation, mais de déterminer à quelles conditions cette filière peut continuer à
créer de la valeur sans compromettre le capital naturel dont dépend son avenir» , explique-t-il. Entre 2021 et 2025, la valeur des exportations marocaines de tomates est passée de 856 millions à près de 1,4 milliard de dollars, soit une croissance annuelle moyenne de 11%, loin devant celle du Mexique ou des Pays-Bas. Les ressorts de cette réussite sont connus : un climat qui permet de produire en plein hiver sans serres chauffées, la proximité de l'Europe et une main-d'œuvre bien moins coûteuse. L'économiste y voit un socle solide : «l e Maroc dispose d'un avantage compétitif considérable: proximité géographique de l'Europe, savoir- faire agronomique, infrastructures d'exporta- tion, chaîne logistique performante et capacité à produire des variétés à forte valeur ajoutée». Une question parlementaire française évoque un coût horaire de 0,74 euro au Maroc contre 13,64 euros en France. À cela s'ajoute un cadre commercial favorable. Depuis l'accord agricole de 2012, la tomate marocaine bénéficie d'un contingent d'environ 285.000 tonnes, assorti d'un prix d'entrée conventionnel de 46,10 euros
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