ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026
Ces marchés n'en sont pas moins des relais utiles, selon Khalid Kabbadj : «les marchés d'Afrique subsaharienne et du Golfe constituent à ce titre des relais intéressants. Mais leurs volumes restent encore modestes par rapport au marché européen et ils présentent leurs propres contraintes : distance, chaîne du froid, coût du transport, pouvoir d'achat, concurrence internationale et stabilité des conditions com- merciales» . Le Maroc doit-il pour autant tourner le dos à l'Eu- rope ? Sûrement pas. Proche, solvable et dura- blement dépendante des approvisionnements hivernaux, elle restera le premier débouché du pays. «Le marché européen restera structurelle- ment incontournable pour la tomate marocaine. [...] Cette dépendance n'est pas uniquement une faiblesse. Elle constitue également un avantage : le Maroc bénéficie d'une proximité exception- nelle avec les grands marchés européens et d'un cadre commercial préférentiel avec l'Union européenne», précise l’économiste, notant que «la stratégie la plus réaliste n'est donc pas de “sortir de l'Europe”, mais de réduire progressi- vement le risque de concentration». La diversification la plus prometteuse est peut- être double : celle des clients, mais aussi celle de la valeur, avec davantage de variétés pre- mium, de produits transformés et de contrats de long terme plutôt que toujours plus de tonnes. «Demain, l'objectif ne devrait plus être: “Comment exporter davantage de tonnes ?” Il devrait être : “Comment générer davantage de recettes, de marge et d'emplois avec moins de ressources naturelles ?” C'est une trans- formation beaucoup plus profonde», estime Kabbadj, pour qui «l a filière devra également investir davantage dans la transformation et la conservation : sauces, concentrés, produits semi-transformés, produits prêts à consommer et solutions permettant de valoriser les écarts de tri. Cette diversification permettrait de réduire la dépendance au prix de la tomate fraîche et de mieux absorber les épisodes de surproduction ou de restriction temporaire des exportations».
nomique dépend d'une ressource naturelle dont le renouvellement est inférieur au rythme de pré- lèvement» . Dans ce sens, le pays a commencé à bouger. « Le Maroc a heureusement commencé à changer de modèle. Le dessalement de l'eau de mer destiné à l'alimentation en eau potable et à l'irrigation dans le Souss-Massa constitue une évolution stratégique majeure. Il permet progressivement de substituer une ressource nouvelle aux prélèvements sur les nappes», note-t-il, tout en soulignant qu’ «il faut éviter une erreur de raisonnement : le dessalement ne doit pas devenir un permis d'augmenter indéfiniment les surfaces agricoles. L'eau dessalée a un coût financier et énergétique et comporte également des enjeux environnementaux, notamment en matière d'énergie et de gestion des rejets de saumure. Elle doit donc être considérée comme un outil de sécurisation de la ressource, et non comme une ressource gratuite». D'où, selon lui, un changement de critère : « la compétitivité future de la tomate marocaine ne sera plus seulement mesurée en Dirhams par hectare, mais également en Dirhams créés par mètre cube d'eau consommé. C'est probable- ment l'un des indicateurs économiques les plus importants que le Maroc devra intégrer dans sa politique agricole au cours des prochaines années». Diversifier : nécessité ou mirage ? En 2024, 75,6% des tomates marocaines expor- tées sont parties vers l'Union européenne et 16,6% vers le Royaume-Uni, soit plus de 90% des volumes sur deux marchés. Quatre clients, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Allemagne concentrent plus de 86% de la valeur. Une décision de justice, un relèvement des normes ou une modification des quotas suffirait à fragiliser tout un secteur. Diversifier les débouchés permettrait-il d'y échapper ? «Oui, mais à condition de ne pas confondre diversifi- cation géographique et véritable diversification économique», répond l'économiste. Rabat l'a compris. Selon le Bulletin officiel daté du 5 mars 2026, l’Etat a fixé une aide financière de «sept cent cinquante (750) dirhams par tonne, pour les quantités de tomates fraîches exportées par voie terrestre et/ou maritime vers des destinations situées hors des pays de l’Union européenne, du Royaume-Uni et des pays africains, au cours de la campagne d’exportation, et qui dépassent la moyenne des quantités exportées annuellement durant les campagnes de référence allant du 1er sep- tembre 2010 au 31 août 2020». La campagne d’exportation des tomates fraîches commence le 1er septembre de chaque année et s’achève le 31 août de l’année suivante, poursuit le texte. Plusieurs analystes regrettent par ailleurs que l'aide exclut l'Afrique, déjà desservie par la route, qui aurait pourtant le plus fort potentiel.
En 2024, 75,6% des tomates marocaines exportées sont parties vers l'Union européenne et 16,6% vers le Royaume-Uni, soit plus de 90% des volumes sur deux marchés.
Reste l'atout environnemental, que Khalid Kabbadj veut transformer en argument commer- cial. «Enfin, la compétitivité future devra intégrer le coût environnemental. Les consommateurs européens sont de plus en plus attentifs à l'em- preinte carbone, à l'eau, aux conditions sociales de production et à la traçabilité. Le Maroc peut transformer cette contrainte en avantage com- pétitif en développant une véritable “tomate bas carbone et bas impact hydrique”, avec traça- bilité du volume d'eau utilisé, origine de l'eau d'irrigation, recours aux énergies renouvelables, recyclage et certification», affirme-t-il. Pour Kabbadj, le modèle marocain de la tomate n'est donc pas condamné. Il est arrivé à un point de bascule. «Le véritable enjeu pour le Maroc est ainsi de passer d'une agriculture d'exporta- tion performante à une agriculture d'exportation résiliente. Le Souss-Massa peut rester l'un des grands pôles mondiaux de production maraî- chère, mais à une condition : que la compétiti- vité ne soit plus construite contre la contrainte hydrique, mais précisément autour d'elle. À moyen et long terme, l'eau doit devenir un fac- teur de production valorisé économiquement au même titre que la terre, le capital, la main- d'œuvre et la logistique. C'est probablement à cette condition que la tomate marocaine pourra conserver sa place sur les marchés internatio- naux sans compromettre les équilibres écono- miques et écologiques du territoire» , conclut-il. La saison 2026/2027 s'ouvre sous tension dans le Souss-Massa, entre difficultés d'approvision- nement en eau et fortes chaleurs estivales. Les premiers volumes espagnols sont attendus à la mi-octobre. Pour le Maroc, l'enjeu ne sera pas seulement de produire davantage, mais de livrer au bon moment, sur les bons segments et vers de nouveaux clients. ◆
Plus de valeur, moins d'eau : les pistes de Khalid Kabbadj «Après une campagne 2024-2025 exceptionnelle, les exportations marocaines de tomates ont reculé de 11% sur la cam- pagne 2025-2026, à environ 549.000 tonnes. Dans le même temps, la campagne 2026-2027 s’ouvre dans le Souss-Massa avec une contraction annoncée des superficies consacrées à la tomate ronde et des retards de production. Il serait toute- fois excessif d’y voir la fin du modèle», estime Khalid Kabbadj. Concernant les débouchés, il rappelle que l’Europe ainsi que le Royaume-Uni représentent toujours l’immense majorité des marchés. Pour lui, «la vraie opportunité se trouve donc dans la montée en valeur». Sa feuille de route tient en quatre principes : «produire davantage de valeur par mètre cube d’eau, plutôt que davantage de tonnes; accélérer l’irrigation de précision, le pilotage numérique et la réutilisation des eaux; généraliser une compta- bilité réelle de l’eau à l’échelle des exploitations et des bassins; réserver prioritairement l’eau sécurisée aux productions présentant la meilleure valeur économique et sociale». Et de poursuivre que «la prochaine phase de croissance ne pourra probablement plus être fondée principalement sur l’augmentation des volumes. Elle devra reposer sur trois créations de valeur simultanées, à savoir plus de valeur éco- nomique par tonne, plus de valeur économique par mètre cube d’eau et davantage de diversification géographique et commerciale».
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