FNH N° 1249

ECONOMIE

18

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026

Agriculture Le modèle marocain à bout de souffle ?

ment les barrières douanières et la réglementation.

F. N. H. : On remarque que le secteur attire de moins en moins d’investisseurs. Comment expliquez-vous ce phénomène ? R. B. : Un risque majeur plane sur le secteur. Si la situation perdure, les investisseurs vont se détourner progressivement de cette activité et on sera contraint de satisfaire tous nos besoins de l’étranger, avec tout ce que cela coûte à l’économie nationale. Actuellement, les jeunes du monde rural ne veulent plus tra- vailler ou investir dans l’agriculture. Ils préfèrent immigrer à l’étranger ou s’intéresser à d’autres secteurs plus rentables dans les villes. Du fait du changement climatique, la sécheresse est devenue struc- turelle et non conjoncturelle. La hausse des températures en cette période de septembre est inha- bituelle. Depuis le mois de mars dernier, la pluie s’est raréfiée. De nombreuses cultures ont été très touchées, causant aux exploitants des pertes importantes. F. N. H. : Dans ces condi- tions, faut-il revoir le modèle marocain ? R. B. : Effectivement, il faut le revoir car il n’est plus adapté. Le gouver- nement subventionne les produits étrangers au détriment des pro- duits nationaux. A titre d’exemple, le Maroc a importé pour 1 milliard de DH de dattes essentiellement de l’Algérie, un pays qui entre- tient une position hostile envers le Royaume et qui n’a rien importé de notre pays. F. N. H. : Quelle est votre évaluation de la reconstitu- tion du cheptel national ? R. B. : La reconstitution du cheptel national se fait progressivement, mais pas à la vitesse souhaitée car il faut plusieurs années avant d’atteindre les objectifs. Notre sou- hait est que les prochaines saisons soient pluvieuses, même s’il ne faut pas s’attendre à une baisse des prix. Pour accompagner les éleveurs, le gouvernement doit maintenir son programme de sou- tien et les aider à supporter les coûts de production. ◆

Hausse des intrants, sécheresse structurelle, recul des superficies cultivées, concurrence des importations…, à l’approche de la nouvelle campagne agricole, les fragilités du secteur refont surface. Pour Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), le modèle agricole doit être repensé afin de restaurer la rentabilité des exploitations et préserver la souveraineté alimentaire du Royaume.

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Le démarrage de la sai- son agricole s’annonce imminent. Comment jugez- vous la situation du secteur actuellement ? Rachid Benali : Il faut rappeler que l’année dernière a été très bonne. Cela n’empêche qu’il y a eu beaucoup de problèmes, qui sont différents d’une filière à une autre et aussi selon les régions. Le territoire national est très grand et les filières sont variées. Pour les céréales et les légu- mineuses, principale activité, on remarque qu’elles sont les plus impactées par l’effet de la hausse des intrants, au moment où les prix de vente ne suivent pas. Pour gagner de l’argent, le seuil de rentabilité est fixé actuellement à partir de 34-35 Q/h. Ce seuil était de 9-10 Q/h auparavant. Les prix sont tellement bas que les fellahs commencent à se détourner de ces activités. L’autre problème concerne la Sonacos qui ne paie pas ses four- nisseurs de semences. De nom- breux exploitants vont démarrer la saison dans quelques jours, bien qu’ils ne soient pas encore payés. Cela perturbe sérieuse- ment leur trésorerie et leur cycle de production et impacte même

la productivité des semenciers et des multiplicateurs. Des risques majeurs pèsent sur le secteur et il est possible que cette activité n’attire plus personne, et nous n’aurons plus de semences pour répondre aux besoins des exploi- tants. Cette saison se caractérise aussi par une importante hausse des prix des intrants. Le prix du gasoil a atteint 15,50 DH/l et tout laisse penser que ce renchérisse- ment va se poursuivre. Avec ces coûts, des exploitants hésitent pour commencer les travaux du sol. Pour les engrais, les prix deviennent hors de portée et ils continuent de progresser, sans parler des coûts de la main- d’œuvre qui pèsent lourdement sur les exploitations. Les prix du blé sont restés quasi stagnants depuis 1982 et la baguette de pain est toujours fixée à 1,20 DH. Les effets de ce phénomène commencent à se répercuter sur la superficie emblavée annuellement. On était à 5 millions d’hectares, cette sur- face n’a cessé de baisser pour se situer à 3,5 millions d’hec-

tares seulement. Cette baisse devrait se poursuivre au cours des prochaines années, ce qui représente une menace pour la sécurité alimentaire nationale. Les investisseurs dans le sec- teur agricole boudent ces filières, préférant les fruits rouges qui assurent une marge bénéficiaire confortable. L’import est l’autre facteur impactant l’agriculture natio- nale. Certaines activités comme la filière datte en subissent les effets. Celle-ci a enregistré une bonne récolte l’année dernière, mais au lieu de la protéger, on a toléré l’import portant un préju- dice important aux exploitants. Le prochain gouvernement doit prendre des décisions straté- giques au profit de l’agriculture nationale pour lui permettre de se développer dans des condi- tions optimales. Partout dans le monde, l’agriculture est sou- tenue par l’Etat, car c’est une question de souveraineté. L’accompagnement ne doit pas concerner uniquement les sub- ventions, mais toucher égale-

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker