FNH N° 1249

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026

F. N. H. : L’article 17 de la Constitution reconnaît aux MdM le droit d’être électeurs et éligibles. Quinze ans après la Constitution de 2011, où en est concrètement l’exer- cice de cette citoyenneté politique ? Qu’attendez-vous du prochain gouvernement ? A. H. : Quinze ans après, je crois qu’il faut partir du texte lui-même. L’article 17 ne reconnaît pas aux Marocains du monde une citoyen- neté particulière ou secondaire. Il parle de «pleine citoyenneté», avec le droit d’être électeurs et éligibles. Les mots ont leur importance. Des avancées ont eu lieu et l’e- procuration en est une récente. Mais il subsiste une distance entre la reconnaissance d’un droit et les conditions dans lesquelles celui-ci peut être pleinement exercé. C’est cette distance qu’il faut désormais réduire. On ne peut pas conti- nuer à considérer les Marocains du monde comme pleinement citoyens dans le texte tout en laissant durablement ouvertes les questions liées à l’exercice concret de leurs droits politiques. Ce que j’attends du prochain gou- vernement, c’est d’abord qu’il fasse de cette question un véri- table chantier public. Pas unique- ment au moment des élections et pas seulement sous l’angle tech- nique. Il faudrait établir un état des lieux précis de ce qui fonc- tionne, de ce qui freine encore la participation et des évolutions juridiques ou institutionnelles nécessaires. Cela suppose aussi d’écouter les premiers concernés, dans leur diversité, car les réalités d’un Marocain installé récemment à l’étranger ne sont pas celles d’un jeune né à Bruxelles, à Montréal ou à Amsterdam. Il faut également sortir d’une vision dans laquelle le Marocain du monde est surtout sollicité pour investir, transférer des com- pétences, contribuer au déve- loppement ou défendre l’image du Maroc à l’étranger. Tout cela compte, bien sûr. Mais sa rela- tion avec son pays ne peut pas être seulement économique, cultu- relle ou affective. Elle est aussi citoyenne. Le prochain gouvernement aurait donc une responsabilité impor-

 L’enjeu est de permettre aux nouvelles générations de construire leur propre relation au Maroc.

tante, celle de donner un contenu plus concret à cette pleine citoyen- neté inscrite dans la Constitution. Cela demande une méthode, un calendrier et un dialogue sérieux avec les Marocains du monde. Quinze ans après 2011, la ques- tion n’est plus de savoir si cette citoyenneté leur est reconnue. Elle l’est. La question est de savoir comment la faire vivre pleinement. F. N. H. : Comment per- mettre aux Marocains du monde d’être effectivement représentés au Parlement ? Faut-il relancer le débat sur des circonscriptions dédiées à l’étranger ? A. H. : Il faut d’abord distinguer deux choses que l’on confond souvent : avoir des Marocains du monde parmi les candidats ou les élus et assurer une représenta- tion politique des Marocains du monde. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Un député d’origine marocaine résidant à l’étranger, élu dans une circonscription au Maroc, représente les électeurs de cette circonscription. Il n’est pas, du seul fait de son parcours, le représentant des Marocains éta- blis à l’étranger. C’est pour cette raison que la question des circonscriptions de l’étranger mérite d’être remise sur la table. Elle pose une question importante : des citoyens maro- cains qui vivent durablement hors du territoire national doivent-ils pouvoir élire des représentants devant lesquels ils constituent eux-mêmes l’électorat ? Plusieurs pays ont fait ce choix, selon des modèles différents. La France

dispose de circonscriptions légis- latives pour ses citoyens établis à l’étranger. L’Italie a également organisé une représentation par- lementaire de ses ressortissants vivant hors du pays, tandis que le Portugal élit des députés dans deux circonscriptions, l’une pour l’Europe et l’autre pour le reste du monde. La Tunisie a, elle aussi, fait le choix de circonscriptions électorales à l’étranger. Il ne s’agit évidemment pas de transpo- ser mécaniquement l’un de ces modèles au Maroc, mais de les regarder, d’en mesurer les acquis comme les limites, et de voir ce qu’ils peuvent apporter à notre propre réflexion. Il faudra évidemment répondre à des questions très concrètes. Comment découper ces circons- criptions alors que les Marocains du monde sont présents sur plu- sieurs continents ? Sur quels cri- tères déterminer le nombre de sièges ? Comment garantir l’éga- lité entre électeurs et tenir compte de communautés très différentes par leur histoire, leur implantation et leur poids démographique ? Où organiser le vote ? Ce sont de vraies questions et elles méritent mieux qu’une réponse improvisée. Mais la complexité du sujet ne doit pas conduire à l’écarter. La communauté marocaine à l’étran- ger a profondément changé. Elle est nombreuse, installée durable-

ment dans ses pays de résidence et traversée par plusieurs géné- rations. Ses préoccupations sont parfois très spécifiques : mobi- lité, démarches consulaires, trans- mission culturelle et linguistique, investissement, reconnaissance des compétences ou encore liens administratifs avec le Maroc. Il est légitime de se demander comment ces réalités trouvent leur place dans le débat parlementaire. Je serais donc favorable à ce que la question des circonscriptions de l’étranger soit réellement étudiée, avec les Marocains du monde, les partis, les constitutionnalistes et l’ensemble des acteurs concernés. Pas comme un slogan que l’on ressort à chaque échéance électo- rale, mais comme une option ins- titutionnelle à examiner jusqu’au bout. Au fond, la représentation ne consiste pas à faire entrer davan- tage de Marocains du monde au Parlement. Elle consiste à savoir qui leur donne mandat, de qui l’élu tient sa légitimité et devant quels électeurs il doit rendre compte. C’est à partir de là que le débat devient véritablement politique. F. N. H. : Pour les deuxième, troisième et quatrième générations, le rapport au Maroc évolue. Quel rôle les institutions et le tissu asso- ciatif peuvent-ils jouer pour maintenir ce lien et favoriser leur engagement citoyen et politique ? A. H. : Le premier point, à mes yeux, est d’accepter que ce lien évolue. Un jeune Marocain né à l’étranger n’a pas nécessairement

Le prochain gouvernement aurait une res- ponsabilité importante, celle de donner un contenu plus concret à cette pleine citoyen- neté inscrite dans la Constitution.

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