FNH N° 1249

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026

s’agit pas de décider à l’avance de la solution, mais d’examiner sérieu- sement les différentes options, leurs implications juridiques, leur faisabilité et les garanties démo- cratiques qu’elles exigent. J’ajouterais une exigence qui me paraît essentielle : les Marocains du monde doivent être associés à ce travail dès le départ. Pas seulement quelques personnali- tés consultées ponctuellement à Rabat. Il faut entendre les asso- ciations, les chercheurs, les entrepreneurs, les compétences marocaines à l’étranger, mais aussi les jeunes et les nouvelles générations. Une politique qui les concerne directement ne peut pas être pensée sans eux. Ce chantier devra naturellement s’inscrire dans le cadre tracé par les orientations royales du 6 novembre 2024. Elles ont fixé un cap précis pour refonder la gouvernance institutionnelle des Marocains du monde, autour d’un CCME appelé à exercer pleinement ses missions constitutionnelles et de la Fondation Mohammedia des Marocains résidant à l’étranger, destinée à devenir le bras opé- rationnel de cette nouvelle poli- tique. Près de deux ans après ces orientations, l’enjeu est d’abord que cette nouvelle architecture institutionnelle se concrétise plei- nement. C’est une étape atten- due, parce qu’elle doit précisé- ment permettre de dépasser la dispersion des intervenants et de donner davantage de cohérence à l’action publique en direction des Marocains du monde. La partici- pation citoyenne et politique devra naturellement trouver sa place dans cette dynamique. Au fond, il ne s’agit pas de deman- der un traitement particulier pour les Marocains du monde. Il s’agit de rendre pleinement effectifs des droits qui leur sont reconnus. Vivre à l’étranger ne devrait pas signi- fier exercer sa citoyenneté maro- caine par intermittence. C’est peut- être là que se situe le véritable enjeu des prochaines années, à savoir permettre aux Marocains du monde, où qu’ils vivent et quelle que soit leur génération, de prendre pleinement leur place dans la vie citoyenne et politique de leur pays. ◆

 L’e-procuration simplifie la participation électorale des Marocains du monde, en levant l’obstacle de la distance.

la même relation au Maroc que ses parents ou ses grands-parents, et il ne faut ni s’en étonner ni le lui reprocher. Il peut se sentir profon- dément lié au Maroc tout en ayant grandi, étudié et construit sa vie dans un autre pays. Son appar- tenance se construit avec cette double réalité. Pendant longtemps, la transmission a beaucoup reposé sur la famille, notamment la langue, les vacances au Maroc, les grands- parents, les traditions, les sou- venirs. Tout cela reste précieux, mais ce n’est plus suffisant pour construire une relation durable avec les nouvelles générations. On ne peut pas leur demander simple- ment d’hériter d’un attachement. Il faut aussi leur donner des raisons de se l’approprier. C’est là que les institutions ont une responsabilité. Elles doivent aller vers ces jeunes, les écouter et créer avec eux des espaces où ils puissent connaître le Maroc d’aujourd’hui, débattre, propo- ser, entreprendre, participer à des projets et comprendre aussi son fonctionnement politique et institu- tionnel. Il faut leur parler comme à des citoyens capables d’apporter leur propre regard, et non unique- ment comme aux descendants de Marocains partis vivre à l’étranger. Le tissu associatif a, lui aussi, un rôle essentiel parce qu’il travaille au plus près des réalités quoti- diennes. Beaucoup d’associations sont déjà des passerelles entre les deux rives. Elles transmettent une langue et une culture, certes, mais elles créent aussi des solida- rités, accompagnent des jeunes, montent des projets et entre- tiennent des relations concrètes

avec des territoires au Maroc. Leur expérience devrait être davantage écoutée et associée à la construc- tion des politiques destinées aux Marocains du monde. Mais il faut également laisser une place aux nouvelles formes d’en- gagement. Les jeunes générations ne s’investiront pas forcément dans les mêmes structures ni de la même manière que leurs parents. Certains passeront par une asso- ciation, d’autres par l’entrepreneu- riat, la culture, la recherche, un projet local, un réseau profession- nel ou un engagement citoyen. Cette diversité n’affaiblit pas le lien avec le Maroc. Elle montre simple- ment qu’il a changé de forme. L’enjeu n’est donc pas de deman- der aux nouvelles générations de reproduire la relation au Maroc de celles qui les ont précédées. Il est de leur permettre de construire la leur. Et si nous voulons qu’elle comporte demain une dimension citoyenne et politique, il faut com- mencer par leur faire une place aujourd’hui. F. N. H. : La citoyenneté politique des Marocains du monde doit-elle devenir une priorité pour le nouveau gou- vernment ? Quelles mesures concrètes faudrait-il engager en premier ? A. H. : Effectivement, parce que cette question ne peut plus être renvoyée d’une échéance électo- rale à l’autre. L’article 17 prévoit l’exercice effectif du droit de vote et de candidature depuis les pays de résidence. Quinze ans après l’adoption de la Constitution, et au lendemain d’un scrutin qui a expé-

rimenté l’e-procuration, nous dis- posons de suffisamment de recul pour ouvrir ce chantier dans toutes ses dimensions. Je ne pense pas qu’il faille com- mencer par annoncer une réforme supplémentaire. Il faudrait d’abord engager un chantier politique clai- rement identifié, avec un calen- drier, des responsabilités et une véritable concertation avec les Marocains du monde. Il faut savoir où nous voulons aller, selon quelles étapes et avec quels moyens. La première chose à faire serait d’évaluer sérieusement l’expé- rience des législatives de 2026. Combien de Marocains du monde étaient inscrits ? Combien ont uti- lisé l’e-procuration ? Dans quels pays ? Quelles difficultés ont-ils rencontrées ? Combien n’ont pas participé et pour quelles raisons ? Ces données sont essentielles pour comprendre les usages, les obstacles et les attentes. Une politique publique ne peut pas se construire sur des impressions. Il faudrait ensuite mettre réellement à l’étude les modalités permettant aux Marocains du monde d’exer- cer eux-mêmes leur droit de vote depuis leur pays de résidence, avec toutes les garanties néces- saires. Parallèlement, le débat sur leur représentation parlementaire doit être mené jusqu’au bout, y compris sur la question des cir- conscriptions de l’étranger. Il ne

Je serais favorable à ce que la question des circonscriptions de l’étranger soit réellement étudiée avec les Marocains du monde, les partis, les constitutionnalistes et l’ensemble des acteurs concernés.

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