FNH N° 1249

CULTURE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026

Galeries itinérantes «La mobilité internationale est aujourd’hui primordiale»

F. N. H. : Quel rôle une gale- rie peut-elle jouer dans le financement et l’accompa- gnement des artistes ? S. N. : Une galerie d’art joue un rôle de catalyseur indispensable en structurant une démarche de car- rière sur le long terme pour l’artiste, notamment en ce qui concerne la scène émergente. Il s’agit d’orga- niser des expositions individuelles qui valorisent la démarche artis- tique et mettre en place les outils promotionnels qui les accom- pagnent. Et ce, en plaçant l’artiste dans des musées, fondations ou institutions d’envergure, et enfin en assurant la légitimation marchande de l’artiste. Nous proposons éga- lement un véritable accompagne- ment en donnant un regard critique sur les choix artistiques, les scéno- graphies d’exposition ou la partici- pation aux événements artistiques à travers le monde. F. N. H. : Le marché de l’art marocain dispose-t-il aujourd’hui d’une base suf- fisante de collectionneurs pour permettre aux galeries de développer un modèle économique durable ? S. N. : Cela reste difficile mal- gré le développement considé- rable du marché de l’art au Maroc ces dix dernières années. Nous n’avons toujours pas de modèle économique durable. N’oublions pas qu’une part importante des transactions se fait directement auprès des artistes, ne laissant pas toujours la place aux galeries d’agir. Sans compter que le mar- ché de l’art au Maroc reste un mar- ché élitiste, de ce fait, l’art reste toujours perçu comme inacces- sible. Le nombre d’acheteurs reste aussi restreint. C’est la raison pour laquelle certaines galeries parti- cipent aux foires internationales pour se construire un réseau étran- ger même si cela reste très coû- teux en termes d’investissement. F. N. H. : La peinture occupe- t-elle aujourd’hui toute sa place dans le marché de l’art marocain ? Quels sont les principaux freins à sa valori- sation et au développement des artistes peintres ? S. N. : Tout d’abord, quand je

Les galeries jouent un rôle important dans la structuration du marché de l’art et l’accompagnement des artistes. Dans ce paysage, le modèle de la galerie itinérante apporte une dimension supplémentaire en allant à la rencontre de nouveaux publics et en ouvrant davantage le marché à l’international. Entretien avec Selma Naguib, galeriste, curatrice et fondatrice «d’Art First Galerie».

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Vous avez commencé comme galeriste itinérante avant de cofonder Art First. Pourquoi passer d’un modèle mobile à une galerie structurée, et quel modèle économique cherchez-vous aujourd’hui à construire ? Selma Naguib : Depuis nos débuts, nous avons cherché à nous différencier de la concur- rence en apportant une nouveau- té au cœur de la scène artistique locale. Être une galerie itinérante nous permet d’exposer nos artistes dans des lieux divers, que ce soient des lieux indépendants ou appartenant à des institutions. Apporter une connotation institu- tionnelle à une exposition n’est pas négligeable. Pour le reste, j’aime beaucoup travailler sur de grands espaces comme celui de la Villa des arts, avec laquelle nous collaborons pour la grande rétrospective de l’artiste Soumiya Jalal, car cela permet de don-

ner une véritable assise à l’ex- position, qu’elle soit individuelle ou collective. De plus, je pense qu’aujourd’hui nous sommes de plus en plus axés sur un mode de vie nomade. Il s’agit aussi de surprendre le public avec de nouveaux espaces et diverses scénographies. F. N. H. : Le galeriste iti- nérant investit des lieux, touche de nouveaux publics et crée des opportunités de vente. Est-ce aussi un moyen de réduire les bar- rières d’accès au marché de l’art ? S. N. : Tout à fait, le modèle du galeriste itinérant est un puis- sant levier pour réduire les bar- rières d’accès au marché de l’art. En s’affranchissant des codes rigides de la galerie traditionnelle, cette approche démocratise l’accès aux œuvres, tant pour les collectionneurs que pour les artistes. De plus, le fait d’être ouverts à différents types de col- laborations grâce à l’itinérance nous encourage à toucher de nouveaux publics et à inves- tir différents lieux d’exposition.

Cela nous permet également de faire connaître les artistes à de nouveaux collectionneurs. Les artistes, quant à eux, explorent de nouveaux horizons et nous ouvrent les voies d’une créativité sans borne. F. N. H. : Art First travaille avec des entreprises, des fondations et des institu- tions. Quel poids ces col- laborations représentent- elles dans l’activité d’une galerie et comment créent- elles de nouvelles sources de valeur ? S. N. : Les collaborations avec les entreprises, les institutions et les fondations jouent un rôle stratégique dans le développe- ment de notre galerie. Elles repré- sentent, dans notre cas, plus de 40% de l’activité globale. Obtenir le soutien d’une institution ou vendre des œuvres à des fonda- tions valide le travail de la galerie, participe à la cote de ses artistes et en lance d’autres. Sans oublier que les collectionneurs privés sont souvent rassurés par la vali- dation institutionnelle, ce qui peut faciliter l’achat par la suite.

Le modèle du galeriste itinérant est un puissant levier pour réduire les barrières d’accès au marché de l’art.

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