FNH N° 1249

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026

les services locaux. Elle y gagne aussi de la stabilité : chez Michelin, le taux de départ était monté de 8% à 13% avant la réforme, les bas salaires figu- rant parmi les motifs. Elle y gagne enfin une concurrence loyale, puisque l'em- ployeur qui déclare n'est plus pénalisé face à celui qui triche, et quatre ans de visibilité. L'État encaisse davantage de cotisations, d’IR et de TVA, allège à terme la pression sur les aides directes et ajoute un moteur à la croissance, la demande des ménages, à côté de l'investissement. Le pays remplace le bras de fer annuel par un cap signé. La paix sociale se construit ainsi. Rien de tout cela n'est automatique. Tout cela est à portée de main, à condition de signer le Pacte, de financer l'allègement et d'accepter l'évaluation. La promesse a été faite devant les électeurs. Les outils existent, les précédents aussi. Ce qui reste à trouver ne figure dans aucun tableur : la volonté. «Capable ou coupable, the choice is all yours» . ◆ * Mohamed BOITI est docteur ès Sciences de Gestion, consultant en transition énergétique et décarbonation, et auteur du «Mémorandum Stratégique 2026-2030 pour l’accompagnement du Maroc face au MACF».

SMIG horaire (DH)

Coût employeur, droit commun (DH)

Coût employeur, avec allègement (DH)

Échéance

Brut mensuel (DH)

Net estimé (DH)

Aujourd'hui 1er juillet 2027 1er juillet 2028 1er juillet 2029 1er juillet 2030

17,92 19,70 21,66 23,81 26,18

3.423 3.763 4.137 4.548 5.000

3.192 3.509 3.858 4.241 4.663

4.145 4.556 5.009 5.507 6.055

-- --

4.678 5.143 5.655

Base : 191 heures par mois. Net après cotisations salariales de 6,74%, hors impôt sur le revenu éventuel. Coût employeur avec 21,09% de charges patronales; l'allègement de 8 points est décrit en année 2. Calculs de l'auteur.

Les donneurs d'ordre. Dans le câblage ou la confection, la marge du sous-trai- tant marocain se décide chez le donneur d'ordre européen. Le Pacte doit donc prévoir une clause de répercussion des paliers dans les contrats de fourniture. L'argument est prêt. Michelin a fait certifier en 2024 un salaire décent pour ses 132.000 salariés, soit 39.638 euros par an à Paris quand le SMIC français en valait 21.203. Unilever et L'Oréal ont pris des engagements voisins pour leurs fournisseurs à l'horizon 2030. Un groupe qui affiche le salaire vital dans son rapport annuel peut difficilement le refuser à Tanger ou à Kénitra. Les grilles. Relever le plancher écrase la hiérarchie des salaires. Le chef d'équipe ne doit pas se retrouver au niveau du débutant. La réponse passe par des conventions collectives de branche, renégociées en 2029 avec l'appui du Conseil. La soupape. Au printemps 2029, le Conseil remet son évaluation à mi- parcours. Si l'emploi déclaré recule dans une région ou une filière, le palier suivant y est différé de six mois. C'est ici que la différenciation territoriale défendue par l'OIT prend son sens. Le Viêt Nam fixe son salaire minimum par zones : quatre niveaux en 2026, de 3,70 à 5,31 millions de dongs par mois. Les juristes du ministère devront vérifier ce que le Code du travail autorise en la matière. Année 4 (2030) : atterrir Le 1er juillet 2030, le SMIG atteint 5.000 DH. Le calendrier a du sens : le Maroc accueille cet été-là la Coupe du monde avec l'Espagne et le Portugal, et la demande intérieure sera soutenue.

Nos deux co-organisateurs ont juste- ment fait ce pari. Le salaire minimum espagnol est passé de 735,90 euros en 2018 à 1.221 euros en 2026, soit 66% de hausse, sur fond de records d'affilia- tion à la Sécurité sociale. Le Portugal a relevé le sien de 82% depuis 2015. Le cas le plus proche du nôtre reste le Mexique, économie d'assemblage adossée à un grand voisin riche. Hors zone frontalière, son salaire minimum réel a augmenté de 110% entre 2018 et 2024. Une étude de 2025 (Campos- Vázquez et Chiguil-Rojas) ne trouve pas d'effet négatif significatif sur l'emploi. Sur la même période, près de 13 mil- lions de Mexicains sont sortis de la pauvreté. Une précision s'impose, par honnêteté. Le Mexique partait d'un salaire mini- mum égal à 34% du salaire moyen. Le Maroc part déjà de 56% et arriverait, selon mes calculs, entre 60 et 65% en 2030. Nous partons de plus haut. C'est la raison d'être des compensations de l'année 2 et de la soupape de l'année 3, pas une raison de renoncer. Reste à préparer l'après. Dès 2030, le Conseil propose une règle d'indexation annuelle, fondée sur l'inflation et sur une part des gains de productivité. Le SMIG cesse alors d'être un objet de marchandage électoral. L'allègement s'éteint par tiers jusqu'en 2033. Ce que chacun y gagne Le salarié au SMIG à temps plein gagne environ 1.470 DH nets de plus par mois. Pour un ménage qui renonce aujourd'hui à des soins ou cumule un second emploi informel, c'est la diffé- rence entre survivre et vivre. L'entreprise y gagne des clients, car un ménage modeste dépense l'essen- tiel de son revenu dans le commerce et

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