FNH N° 1249

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026

réunies. À l'arrivée, j'estime ce sur- croît entre 7 et 10 milliards de DH par an, auxquels s'ajoute la TVA sur la consommation nouvelle. L'allègement ciblé peut être calibré sous cette enve- loppe. L'État rend aux entreprises fra- giles une partie de ce que la hausse rapporte aux caisses. L'arbitrage entre branches de la CNSS reste à instruire par ses actuaires. Deux pays ont couplé ainsi hausse du plancher et baisse des prélèvements. La Hongrie a signé en 2016 un accord qui relevait le salaire minimum de 15% en 2017, puis de 8% en 2018, en échange d'une baisse de cinq, puis de deux points de la cotisation patronale. Le Mexique a doublé le salaire minimum de sa zone frontalière nord en janvier 2019, tout en y ramenant la TVA de 16% à 8%. La Banque du Mexique a mesuré le résultat : des prix en baisse nette de 1,4% et aucun effet d'ensemble signifi- catif sur l'emploi. La formalisation. Le premier risque du plan est la fuite vers l'informel. La réponse tient en une carotte et un bâton. La carotte, c'est l'allègement réservé à ceux qui déclarent. Le bâton, c'est le contrôle : en 2025, la CNSS a mené 10.411 missions et régulari- sé 151.682 salariés. Il faut doubler ce rythme, croiser les fichiers de la CNSS et de la DGI, et généraliser le paiement des salaires par virement.

 De 3.423 DH à 5.000 DH : le scénario d’une montée en puissance du SMIG en quatre ans.

à tout soumissionnaire de respecter la trajectoire salariale, attestation CNSS à l'appui. En contrepartie, les marchés de services à forte main-d'œuvre, gardien- nage et nettoyage en tête, intègrent une révision automatique des prix à chaque palier. L'État ne peut pas exiger des salaires décents et acheter au moins- disant social. Avec 380 milliards de DH d'investissement public program- més en 2026, il est le premier client du pays. L'Écosse procède ainsi : depuis juillet 2023, le salaire vital y conditionne l'accès aux subventions publiques. Deuxième acte : un Conseil natio- nal des salaires. Tripartite, adossé aux données du HCP, de la CNSS et de Bank Al-Maghrib, il publie chaque année deux choses. D'abord un salaire vital de référence par région, calculé selon les principes de l'OIT. Ensuite, une évaluation indépendante du palier précédent. Le modèle est la Low Pay Commission britannique. Londres avait annoncé à l'avance une cible de deux tiers du salaire médian et l'a atteinte en 2024. L'Institute for Fiscal Studies n'a mesuré aucun effet significatif sur l'em- ploi des quatre hausses de 2016 à 2019. Troisième acte : le Pacte 5.000. Signé au round social d'avril 2027, il inscrit les quatre paliers et leurs contreparties dans un texte unique. La prévisibilité

vaut de l'or pour un chef d'entreprise : il peut réviser ses prix, ses contrats et ses investissements sur quatre ans. Le Portugal a procédé par accords tripar- tites pluriannuels. Son salaire minimum est passé de 505 euros en 2015 à 920 euros en 2026, avec un cap fixé à 1.020 euros en 2028. Le premier palier entre en vigueur le 1 er juillet 2027.

Année 2 (2028) : compenser et formaliser

L'allègement ciblé. À partir du deu- xième palier, l'État prend en charge 8 points de charges patronales sur les salaires proches du SMIG : les alloca- tions familiales (6,40%) et la taxe de for- mation professionnelle (1,60%). Deux publics y ont droit, les entreprises de dix salariés au plus et les exportateurs des secteurs exposés. La condition est simple : douze mois de déclara- tion continue à la CNSS. Le dispositif décroît après 2030 et s'éteint en 2033. À 5.000 DH, l'allègement vaut 400 DH par salarié et par mois. Pour l'em- ployeur bénéficiaire, la hausse du coût du travail passe de 46% à 36% sur quatre ans, soit 8% par an en rythme composé. Le salaire moyen du privé a progressé de 4,9% en 2025, selon Bank Al-Maghrib. L'effort réellement nouveau est donc de trois points par an, à cou- vrir par les prix, la productivité et les marges. Le financement. Chaque Dirham de salaire brut supplémentaire rapporte près de 28 centimes de cotisations sociales, parts salariale et patronale

Année 3 (2029) : monter en gamme

Des contrats de filière. L'allègement n'est pas un chèque en blanc. Chaque fédération exposée signe en contrepar- tie un plan de montée en gamme : for- mation, modernisation des ateliers, pas- sage de la sous-traitance au produit fini dans le textile. Un salaire plancher plus haut trie les modèles économiques, et c'est son mérite. L'Allemagne en a fait l'expérience en 2015. Son salaire mini- mum, introduit à 8,50 euros, concer- nait 15% des salariés. On lui prédi- sait jusqu'à 900.000 emplois détruits. L'étude de référence n'en trouve pas trace : les bas salaires ont migré vers des établissements plus grands et plus productifs (Dustmann et al., Quarterly Journal of Economics, 2022) . L'étude note aussi la sortie de quelques très petites entreprises. Il faut le dire au ministre : certaines activités qui ne survivent qu'au SMIG actuel devront se regrouper ou changer de métier.

Pour un ménage qui renonce aujourd'hui à des soins ou cumule un second emploi informel, c'est la différence entre survivre et vivre.

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