FNH N° 1249

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026

SMIG à 5.000 DH Mode d'emploi en quatre ans Fin de mois ou fin de dignité ? Moquée pendant la campagne, la promesse d'un SMIG à 5.000 dirhams est pourtant tenable, à une condition : la traiter comme un chantier d'ingénierie économique, pas comme un décret. Plongeon au cœur du «salaire vital», cette norme mondiale qui tente de réconcilier le portefeuille des ménages avec les impératifs des entreprises.

salaire moyen de 6.149 DH et un salaire médian de 3.363 DH. Selon ces mêmes données, 77% d'entre eux gagnent moins de 5.000 DH. La mesure ne concerne donc pas une frange du sala- riat : elle touche trois salariés déclarés sur quatre. Près de neuf employeurs affiliés sur dix comptent dix salariés au plus. Le SMIG pèse déjà 56% du salaire moyen déclaré, un ratio élevé. La pro- ductivité du travail n'a progressé que de 0,9% en 2025, selon Bank Al-Maghrib. Enfin, le textile et le câblage automo- bile vivent de marges minces, et la CGEM conditionne toute hausse à la mise à niveau de ces secteurs. Elle a raison sur le diagnostic. J'estime le surcoût, à l'arrivée, entre 25 et 35 milliards de DH de salaires bruts par an, soit 10 à 14% de la masse sala- riale déclarée (243,7 milliards en 2025). C'est un ordre de grandeur statique, construit sur les données publiques de la CNSS. La DEPF et la CNSS, qui dis- posent des fichiers individuels, doivent l'affiner avant toute décision. La littérature économique dit où se trouve le vrai danger. Quand la Hongrie a relevé très fortement son salaire mini- mum au début des années 2000, l'em- ploi a peu reculé. Les trois quarts du coût ont été payés par les consomma- teurs et un quart par les propriétaires d'entreprises (Harasztosi et Lindner, American Economic Review, 2019) . Les pertes d'emplois se sont concentrées là où l'entreprise ne peut pas ajuster ses prix, c'est-à-dire chez les expor- tateurs. La conclusion opérationnelle est nette. Un décret sec échouerait. Une tra- jectoire annoncée, compensée là où le risque se loge et évaluée chaque année, a fait ses preuves ailleurs. Le problème n'est pas le chiffre, c'est la méthode.

D

epuis janvier 2026, le SMIG vaut 17,92 DH de l'heure, soit 3.422,72 DH bruts par mois et environ 3.190 DH nets. Le porter à 5.000 DH représente une hausse de 46%. Dit ainsi, le chiffre donne le vertige, et c'est ainsi qu'il a été raillé lorsque des dirigeants du RNI et du PAM l'ont avancé en campagne. Dit autrement, c'est 10% par an pen- dant quatre ans, puisque 1,10 à la puis- sance 4 donne 1,46. Le SMIG a déjà gagné environ 20% entre 2021 et 2026. On demande donc au pays d'aller deux fois et demie plus vite, pas de changer de planète. Trois faits méritent d'être versés au dossier avant de crier au populisme. Le premier : l'État-employeur s'ap- plique déjà la règle. Depuis juillet 2025, le salaire minimum net de la fonction publique est de 4.500 DH. Or 5.000 DH bruts dans le privé laissent environ 4.660 DH nets. La promesse revient, à peu de chose près, à aligner le plan- cher du privé sur celui du public. Le deuxième : 5.000 DH bruts, c'est le prix d'une vie sobre en ville. J'ai fait le calcul pour un ménage de quatre personnes à Casablanca, enfants à l'école publique : 2.000 DH d'alimenta- tion, 1.700 DH de loyer et de charges, 700 DH de santé et de scolarité, 300 DH de transport. Total : 4.700 DH, sans un dirham de loisir ni d'épargne. C'est une estimation personnelle, en tant qu’enseignant-chercheur, pas une statistique officielle; mais chacun peut la refaire. Le troisième : la communauté interna- tionale a tranché le débat de principe. En mars 2024, le Conseil d'adminis- tration de l'OIT a entériné une défi-

Par Dr. Mohamed Boiti, Expert en transition énergétique et décarbonation

nition tripartite du salaire vital, celui qui permet un niveau de vie décent au travailleur et à sa famille. L'accord demande une progression graduelle des salaires minimums vers ce niveau, par le dialogue social, en pesant à la fois les besoins des ménages et les facteurs économiques. C'est exacte- ment le cahier des charges de cette note que je remettrais au ministère des Finances s'il me demandait comment y arriver d'ici 2030. Ajoutons un ordre de grandeur. 5.000 DH, c'est de l'ordre de 465 euros au cours actuel. En janvier 2026, le salaire minimum brut était de 620 euros en Bulgarie, 654 en Turquie et 795 en Roumanie. Même à l'arrivée, le Maroc resterait nettement sous ses concur- rents d'Europe de l'Est et de Turquie.

La trajectoire : quatre marches de 10%

Je recommande quatre paliers égaux, chaque 1er juillet, de 2027 à 2030. Le premier laisse le temps de négocier, le dernier tombe plus d'un an avant les législatives attendues en 2031. La cin- quième année sert au bilan.

L'objection sérieuse, et ce qu'elle impose

Un conseiller qui cacherait les mau- vaises nouvelles à son ministre ne mériterait pas ses honoraires. Les voici. En 2025, la CNSS comptait 4,22 mil- lions de salariés déclarés, pour un

Année 1 (2026-2027) : poser le cadre

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