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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026
poursuivre une victime de viol si elle ne prouve pas les «violences phy- siques» subies lors du crime. Enfin, l'avortement. Une loi évoquée en 2015, puis retirée après un projet déposé en 2016, n'a toujours pas abouti. «Ça traîne depuis onze ans, insiste Stéphanie Willman. Combien de femmes sont mortes dans des avortements clandestins dangereux depuis onze ans» ? Elle relève, dans le mapping réalisé par MRA, qu'un seul parti politique a mentionné la révision des lois sur l'avortement dans son programme électoral. Du côté de l'INSAF, les mêmes urgences Les mêmes priorités reviennent du côté de l'INSAF. Sa vice-présidente, Meriem Othmani, insiste sur plu- sieurs dossiers qui recoupent lar- gement ceux identifiés par MRA. Le mariage des mineures figure en tête de ses préoccupations : la loi maro- caine continue d'autoriser, par déro- gation judiciaire, des unions impli- quant des filles de moins de 18 ans, une pratique que les associations de défense des droits de l'enfant demandent depuis des années à voir strictement encadrée, voire sup- primée, dans le cadre de la réforme de la Moudawana. Meriem Othmani évoque également la question de l'avortement, dans la continuité des constats dressés par MRA sur le vide juridique entourant la loi pro- mise depuis 2015. Elle aborde, par ailleurs, plus large- ment les droits de l'enfant, un volet souvent absent des débats centrés sur les droits des femmes adultes, mais qui recoupe directement les chantiers du code de la famille et de la protection contre les violences. Enfin, elle insiste sur l'accompa- gnement des femmes victimes de violences, un maillon que les asso- ciations jugent encore trop faible sur le terrain, faute de structures d'accueil et de suivi psychologique et juridique suffisamment déployées à l'échelle du pays. Pour l'instant, El Mansouri n'a pas pris de position publique détaillée sur ces dossiers depuis sa nomi- nation. C'est précisément ce que surveille- ront, dans les prochains mois, les associations qui ont salué l'arrivée d'une femme à la tête de l'exécutif tout en refusant d'en faire, à elle seule, une garantie de résultat. ◆
Droits des femmes au Maroc Au-delà du symbole, les chantiers qui attendent le gouvernement El Mansouri Fatima Ezzahra El Mansouri est devenue la première femme à diriger un gouvernement marocain, une nomination qu'elle a elle-même qualifiée d'historique. Mais pour les associations de défense des droits des femmes, le symbole ne suffit pas. Code de la famille, avortement, violences faites aux femmes, mariage des mineures : les chantiers attendus depuis des années restent entiers. Par L. Ch
S
amedi, au Conseil national du PAM à Skhirat, Fatima Ezzahra El Mansouri n'a pas minimisé la portée de sa désignation. Elle a insisté sur le caractère historique du choix porté sur elle pour diriger le gouvernement, et a transmis aux femmes présentes un message du Roi. Un geste à forte charge symbolique, dans un pays où aucune femme n'avait jusque-là occupé la Primature. Mais pour les associations de défense des droits des femmes, la question qui compte désormais est moins celle du sym- bole que celle des textes. Stéphanie Willman, cofondatrice de l'ONG Mobilising for Rights Associates (MRA), refuse de se laisser gagner par « l'enthousiasme facile». «On attend les mêmes choses de n'importe quel gouver- nement», pose-t-elle d'emblée. Pour
elle, tout dépendra de la composi- tion de l'équipe gouvernementale: «sous une femme cheffe de gou- vernement, les femmes ministres auront-elles plus de pouvoir et plus de marge de manœuvre qu'elles n'en avaient avec un homme à ce poste ? C'est une question intéres- sante à suivre» . Plutôt que d'attendre, elle appelle les associations à se saisir du moment politique : «comment allons-nous saisir cette occasion pour faire du plaidoyer et redoubler d'efforts pour faire avancer les chan- tiers sur les droits des femmes qui traînent depuis des années ?» . C'est dans ce cadre que MRA a publié, en septembre, un tableau compa- ratif recensant les engagements des partis politiques en matière de droits des femmes dans leurs pro-
grammes électoraux. Un outil que l'ONG entend désormais utiliser pour tenir chaque parti responsable de ses promesses écrites, y compris le PAM. Code de la famille, avortement, décriminalisation : les dossiers qui traînent Pour la cofondatrice de MRA, trois chantiers dominent. D'abord, « tout le code de la famille, à revoir», avec en ligne de mire la question de la tutelle légale sur les enfants, aujourd'hui réservée au père alors que la mère n'a que la garde. «Si une femme peut désormais être cheffe de gouvernement, il n'y a plus lieu de dire qu'une femme ne peut pas être cheffe de famille, ou cogérante de la famille» , estime-t-elle. « Il y a un alignement à faire» , selon elle. Ensuite, les violences faites aux femmes, avec un besoin de réfor- mer le Code pénal et le Code de procédure pénale «pour garantir une meilleure protection, avec des ordonnances de protection vraiment efficaces et disponibles pour les femmes victimes de violences », afin que les enquêtes, poursuites et juge- ments se fassent « comme il faut». Elle cite aussi un dossier qu'elle juge tout aussi urgent : la décri- minalisation des relations sexuelles hors mariage. «On ne peut pas lutter sérieusement contre les violences faites aux femmes tant que ces rela- tions restent elles-mêmes illégales» , tranche-t-elle, faisant référence à la zone grise de l’article 490 du code pénal, qui permet techniquement de
La loi marocaine continue d'autoriser, par dérogation judiciaire, des unions impliquant des filles de moins de 18 ans.
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