FNH N° 1249

SOCIÉTÉ

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026

aujourd’hui, personne n’est réellement capable de don- ner une réponse définitive. Avec les différentes étapes du réchauffement planétaire et avec cet El Niño qui dépasse les normes habituelles, nous ne savons pas réellement com- ment les distributions vont se réaliser. Est-ce qu’elles vont encore se renforcer ? Dans ce cas, nous pourrions avoir une séche- resse beaucoup plus forte que d’habitude. Ou bien les don- nées géographiques et géo- physiques, avec cette énergie excédentaire, pourraient nous donner d’autres phénomènes que nous allons découvrir. Les lois géophysiques ne changent pas, mais les effets et leur distribution géographique évoluent d’une manière que nous n’avons jamais connue auparavant. F. N. H. : Existe-t-il éga- lement un risque d’épi- sodes de pluies intenses et d’inondations ? M. S. K. : Effectivement, il existe un autre risque très important, c’est celui des averses. Les averses sont des phéno- mènes météorologiques qui se réalisent très rapidement, dans

un espace très restreint, et s’arrêtent également très brus- quement. Elles sont notamment liées à l’accumulation des tem- pératures au niveau du sol. La masse d’air est alors contrainte de s’élever. Avec l’humidité qu’elle contient, et lorsque l’air devient plus froid en altitude, une condensation se produit, ce qui crée des averses et des torrents très rapides. Cela peut créer beaucoup de difficultés, principalement dans les villes où il existe une forte concentration de population et des infrastructures qui ne faci- litent pas toujours le ruissel- lement et l’infiltration de l’eau dans le sol. Avec l’augmentation de la tem- pérature planétaire, les choses deviennent très complexes, très rapides, et surtout les événe- ments deviennent très destruc- teurs. F. N. H. : Que peut-on alors attendre pour les ressources en eau et l’agriculture au Maroc ? M. S. K. : Les ressources en eau et leur utilisation, que ce soit dans l’agriculture ou ail- leurs, doivent être intégrées dans des scénarios probabi- listes qui peuvent aller soit vers un manque d’eau, soit vers un excédent d’eau. L’excédent commence d’abord par les inondations, mais l’eau peut ensuite être utilisée. Le véritable enjeu est donc de pouvoir intégrer ces différents scénarios dans la gestion des ressources en eau. ◆

 Le super El Niño de 2026 devrait être le plus puissant depuis 150 ans.

Dans cette région, il y a un moteur très important qui contrôle le climat : l’anticyclone des Açores. Le Maroc se situe exactement dans l’espace de cet anticyclone. En me basant notamment sur des travaux que j’ai effectués dans les années 1990 sur la sécheresse au Maroc, les phases El Niño ont souvent, dans une proportion très éle- vée, imposé des conditions de sécheresse au Maroc. En phase El Niño, le transfert d’énergie de l’équateur vers la zone subtropicale, dans laquelle nous nous trouvons, est plus important que la normale. L’anticyclone des Açores est donc davantage renforcé. F. N. H. : Quel rôle joue alors l’oscillation nord- atlantique, ou NAO, dans cette relation entre El Niño et la pluviométrie marocaine ? M. S. K. : Lorsque l’anticy- clone des Açores est renfor-

cé, une autre oscillation s’ins- talle au niveau de l’Atlantique Nor : la NAO, ou North Atlantic Oscillation. Lorsque cette oscillation est dans sa phase positive, elle impose des conditions de sécheresse au Maroc. L’anticyclone représente alors un barrage, un obstacle aux masses d’air fraîches ou froides qui doivent parvenir jusqu’à notre région et se confronter aux masses d’air chaudes au- dessus du Maroc pour créer des perturbations. Normalement, en phase El Niño, la sécheresse est donc davan- tage renforcée en raison du ren- forcement de l’anticyclone des Açores. Je m’attends à ce qu’il y ait un retour de sécheresse. F. N. H. : Après plusieurs années de sécheresse au Maroc, El Niño pourrait-il donc aggraver la situation hydrique du Royaume ? M. S. K. : Il y a une difficul- té très complexe à laquelle,

En me basant notamment sur des travaux que j’ai effectués dans les années 1990 sur la sécheresse au Maroc, les phases El Niño ont souvent, dans une proportion très élevée, imposé des conditions de sécheresse au Maroc.

El Niño, des épisodes historiques aux prévisions actuelles Le phénomène a déjà donné lieu à plusieurs épisodes d’une intensité exceptionnelle au cours des dernières décennies. En effet, des épisodes majeurs ont marqué l’histoire climatique récente, notamment ceux de 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016, considérés parmi les plus puissants jamais enregistrés. Celui de 1997-1998 a notamment provoqué d’importantes anomalies de températures et de précipitations à travers le monde. L’épisode actuel s’annonce lui aussi particulièrement intense, avec des effets susceptibles de se faire sentir sur plusieurs mois. Il devrait persister jusqu’en février 2027, selon l'Organi- sation météorologique mondiale (OMM), avec des risques accrus de chaleurs extrêmes, de sécheresses, d’inondations et de perturbations agricoles. Selon le Climate Impact Lab, les chaleurs associées à cet épisode pourraient entraîner jusqu’à 451.000 décès supplémentaires dans le monde entre juin 2026 et février 2027.

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