SOCIÉTÉ
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 8 OCTOBRE 2026
Super El Niño Quels impacts pour le climat marocain ?
F. N. H. : Quels sont les principaux effets de cet épisode à l’échelle mon- diale ? M. S. K. : Il s’agit d’une redis- tribution énergétique complè- tement différente, qui se fait notamment à travers la circu- lation atmosphérique. Avec une énergie plus importante et plus abondante que la nor- male, la circulation atmosphé- rique transfère non seulement de l’énergie, mais également de la vapeur d’eau, et ce qu’on appelle l’énergie latente. Cette énergie et cette vapeur d’eau sont redistribuées à l’échelle de la planète, dans l’hémisphère nord comme dans l’hémisphère sud. Nous avons ainsi vécu, depuis le déclenchement de cette phase El Niño, des événements météorologiques excessifs : les feux de forêt que nous avons connus durant l’été, les dômes de chaleur en Europe, mais éga- lement les fortes chaleurs et les vagues de chaleur que nous avons vécues au Maroc. Tout ceci est lié à la fois au réchauffement climatique ou à ce «nouveau climat réchauffé», mais aussi à l’excédent éner- gétique ajouté par El Niño. Tout fonctionne d’une manière glo- bale et intégrée. F. N. H. : Même si le Maroc n’est pas directement dans la zone d’action d’El Niño, quels impacts ce phénomène peut-il avoir sur le Royaume ? M. S. K. : Le Maroc se trouve dans une situation géoclima- tique particulière. Il est influen- cé par son environnement régional, notamment l’Atlan- tique, l’Europe occidentale, la Méditerranée, mais également le Sahara. Puisque le système climatique se déplace globalement d’ouest en est, la grande influence nous vient de l’ouest, beaucoup plus que de l’est. C’est pour cela que les grands phénomènes ont généralement une genèse atlan- tique.
Le Maroc pourrait être confronté à de nouvelles incertitudes climatiques avec l’évolution du phénomène El Niño. Risque de sécheresse, épisodes de pluies intenses et pression sur les ressources en eau figurent parmi les scénarios. Entretien avec Mohammed Saïd Zarrouk, météorologue et professeur en climatologie à l’Université Hassan II de Casablanca.
Propos recueillis par Y. S.
sieurs seuils. Aujourd’hui, nous sommes dans un climat qui a déjà évolué, qui a déjà changé. On ne parle plus de réchauffe- ment climatique, on parle plutôt d’un climat réchauffé. C’est un nouveau climat par rapport à celui dans lequel nous avons évolué, nous et les géné- rations qui nous ont précédés. F. N. H. : El Niño devrait atteindre une très forte intensité. De quoi s’agit-il exactement et qu’est-ce qui distingue un épisode très fort d’un épisode classique ? M. S. K. : Dans une planète réchauffée, El Niño est un phé- nomène météo-océanique naturel. Il n’est pas nouveau, il a toujours existé. Mais avec le réchauffement climatique, notamment avec la quantité
d’énergie emmagasinée dans l’océan, ce phénomène devient plus puissant qu’il ne l’a été auparavant. Il est plus puissant parce qu’il est alimenté par une énergie plus abondante et plus importante. C’est pour cela qu’on parle aujourd’hui d’un «Super El Niño». Il faudrait également rappe- ler qu’El Niño ne crée pas la température. Il redistribue la température qui était focali- sée et concentrée à l’ouest du Pacifique. Il redistribue cette énergie sur l’ensemble de la zone équatoriale. C’est pour- quoi une quantité supplémen- taire d’énergie est transmise de l’océan vers l’atmosphère. La température qui accompagne El Niño, et donc la température planétaire, devient ainsi plus importante et plus élevée que la normale.
Finances News Hebdo : Quel lien peut-on établir entre le changement cli- matique et l’intensification des phénomènes météo- rologiques extrêmes ? Mohammed Saïd Zarrouk : Il faudrait tout d’abord se pla- cer dans le contexte global que nous vivons au niveau pla- nétaire. Le réchauffement cli- matique est dû à l’augmenta- tion du bilan énergétique de la Terre. Cela signifie que la quantité d’énergie qui pénètre dans le système terrestre est aujourd’hui plus importante que celle qui en ressort. Avec le cumul des années, depuis la révolution industrielle, nous avons ainsi une quan- tité d’énergie supplémentaire qui s’accumule année après année. Depuis la fin des années 1970, nous avons dépassé plu-
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