Cetim infos n°282 - Mai-Juin 2026

Rencontre

Audrey Lecuiller, directrice générale de Tirard & Burgaud

« La numérisation et l’innovation sont vitales pour les PME »

La directrice générale du groupe français spécialisé dans les accessoires de quincaillerie pour le monde du bâtiment revient sur la conjoncture, ses axes de développement incontournables pour son entreprise et la réponse du Cetim aux besoins et aux préoccupations des PME.

Cetim Infos : Comment votre entreprise vit-elle la situation actuelle ? Audrey Lecuiller : J’ai rejoint le groupe Tirard & Burgaud en 2018. C’est un groupe français à capitaux familiaux ; nous sommes 125 personnes sur trois sites et réalisons 26 millions d’euros de chiffre d’affaires, à 90 % en France. Nous fabriquons des accessoires de quincaillerie pour tout ce qui est menuiseries extérieures, portails, volets, portes de garage, etc. Nos clients sont essentiellement des industriels, des PME, comme nous. Nous avons la chance d’être dans un secteur relativement préservé, très régionalisé, avec des relations clients-fournisseurs assez équilibrées. Et il y a peu de nouveaux entrants car pour exister il faut une très large gamme de

est beaucoup plus compliquée. Par exemple, nos tailles de séries sont trop petites pour robotiser rentablement ou pour générer facilement des retours sur investissements sur des améliorations de process. Tout cela est complexe mais nous le vivons bien ! CI : Vous êtes au conseil d’administration du Cetim depuis peu. Votre vision sur le Centre a changé ? AL : J’ai toujours vu le Cetim comme une référence, une opportunité pour les PME d’avoir accès à beaucoup de savoir et d’expérience sur les innovations techniques, mais avec le sentiment que ses actions étaient un peu loin des possibilités et des préoccupations des petites entreprises. Ma vision est aujourd’hui plus nuancée.

produits ; cela nous protège globalement de la concurrence bas coûts. Mais les variations de prix des matières premières nous impactent et ce marché est très mature donc pour nous, il y a deux voies de croissance principales : l’export et la

J’observe qu’il y a la volonté de travailler sur des sujets accessibles à toutes les entreprises, et pas seulement sur de gros sujets à la mode chez les gros faiseurs. Il y a aussi une vraie valeur ajoutée du Cetim dans les partages d’expérience,

Deux voies de croissance principales : export et diversification

diversification. En 2023 nous avons ainsi fait l’acquisition d’un gammiste aluminium spécialisé dans l’aménagement intérieur. CI : Quelles sont vos priorités de transformation ? AL : Nous avons plusieurs milliers de clients, 15000 produits propres et nos pièces coûtent quelques euros en moyenne. Sur chaque site de production nous lançons entre 300 et 500 ordres de fabrication par jour avec de très petites séries et des délais très courts ! Pour nous, la numérisation est donc absolument impérative. Nous avons lancé un projet ERP il y a trois ans. Cela nous a pris deux ans mais nous ne pourrons pas être compétitifs sans cet outil. La difficulté pour les entreprises sur des projets aussi critiques est de bien dimensionner les besoins en amont et de réaliser un cahier des charges exhaustif, avec souvent le besoin d’être accompagné. L’innovation est aussi essentielle. Nous déposons un brevet tous les ans sur des spécificités produits. C’est un vrai moteur et une vraie légitimité pour le groupe. En revanche, l’innovation en production

de recommandations, avec des guides pratiques adaptés aux besoins des PME et sa présence dans nos territoires. Quant au CA, il est très équilibré avec la présence d’industriels, de salariés, d’écoles, d’organisations professionnelles, qui apportent leurs points de vue sur tous les sujets abordés. C’est très intéressant et enrichissant. CI : Comment répondre encore mieux aux besoins des entreprises mécaniciennes ? AL : Le problème principal des PME, c’est le manque de temps. La base de connaissance du Cetim est très riche mais nous avons des petites équipes et aller chercher une information dans un ancien rapport de 150 pages exhaustif sur une question technique peut prendre du temps. C’est toute la difficulté : aller au fond des choses et en même temps faciliter l’accès à l’information et la rendre plus digérable par nous tous. Mais je note des efforts actuels dans ce sens. C’est très positif. Propos recueillis par Jean-Sébastien Scandella

3

Made with FlippingBook flipbook maker