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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 11 JUIN 2026

FOCUS CRISE AU MOYEN-ORIENT

Moyen-Orient L’heure des rapports de force

israélienne, qui désapprouve sa politique vis-à- vis de l’Iran. Contre toute attente, compte tenu de son impatience avérée et le calcul initial d’un conflit court et décisif initié le 28 février dernier, il semble désormais avoir intégré que ce conflit s’inscrit, avec la mise en œuvre de la stratégie du contre-blocus pétrolier américain sur le détroit d’Ormuz, dans une temporalité plus longue que prévue. C’est ce qui lui fait dire régulièrement qu’il n’est «pas pressé» en validant le principe de la poursuite d’un cessez-le feu au long cours, avec des accrochages respectifs plus ou moins calibrés. Une stratégie dite Economic Fury qui lui permet d’asphyxier l’économie iranienne de manière sans précédent, en bloquant les expor- tations pétrolières de Téhéran particulièrement vers la Chine, en contraignant le régime iranien à remplir ses cuves de stockage jusqu’au moment où se posera la question de la fermeture des puits, dont le débit a été progressivement réduit, et en accentuant les sanctions notamment sur les circuits ayant recours aux crypto-monnaies des- tinés à contourner les sanctions. Cette stratégie, qui a une certaine cohérence sous-jacente, n’est rendue possible que parce que les marchés bour- siers - que scrutent les fonds de pensions améri- cains qui y investissent - atteignent des sommets aux Etats-Unis grâce à la croissance économique de près de 2% générée par les entreprises de la Tech et de l’IA, dont les profits relativisent encore celle de l’inflation à 3,8%. En outre, les USA sont devenus le 1er producteur, voire 1er exportateur mondial d’hydrocarbures avec les Shale Oil, mal- gré un gallon d’essence à plus de 4 dollars - pré- lèvement sur l’essence partiellement compensé par les remboursements d’impôts de l’OBBA (One Big Beatiful Bill Act) du 4 juillet 2025 - dans un pays néanmoins indépendant sur le plan éner- gétique. C’est tout le paradoxe de la situation. F. N. H. : Téhéran semble désormais vouloir transformer le détroit d’Ormuz en source durable de revenus à travers des mécanismes de taxation, de permis de transit, de corridors maritimes contrôlés ou encore de services de sécurisation des navires. Un tel modèle vous paraît-il éco- nomiquement et politiquement viable, et pourrait-il être accepté par certains États importateurs de pétrole ou acteurs du transport maritime soucieux de sécuriser leurs approvisionnements ? D. R-R. : Le régime iranien a, pour la première fois, fait passer dans les faits la promesse annon- cée de fermer le détroit d’Ormuz, veine jugulaire du commerce mondial d’hydrocarbures (repré- sentant quelque 20% du pétrole et du gaz), mais pas uniquement, puisque cela concerne plus largement les condensats, les produits pétrochi- miques et les intrants agricoles (près de 30% de la production mondiale avec l’urée et les engrais

Entre négociations américano-iraniennes, tensions autour du détroit d’Ormuz et recomposition des équilibres régionaux, le conflit au Moyen-Orient continue de redessiner les rapports de force. David Rigoulet-Roze, Docteur en Sciences politiques, enseignant et chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chercheur associé à l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du nord, en décrypte les principaux enjeux.

Propos recueillis par M. A. L.

Finances News Hebdo : L’annonce d’un accord entre Washington et Téhéran a surpris alors que la région semblait enga- gée dans une logique d’escalade. Qu’est- ce qui a changé dans le rapport de force entre les deux pays et, dans cette séquence, qui est réellement en position d’imposer ses conditions ? Dr. David Rigoulet-Roze : C’est une demi-sur- prise, car les deux parties souhaitent manifeste- ment trouver une issue au conflit, même si leurs motivations diffèrent. Le président américain voudrait conclure rapidement un accord, avec comme préalable important- mais non exclu- sif - la réouverture du détroit d’Ormuz, dont le blocus, résultant d’une logique de confrontation «en miroir» entre l’Iran et les États-Unis, constitue une menace pour l’économie mondiale, avec les conséquences que l’on connaît. De son côté, le régime iranien, même s’il est parvenu à se maintenir, ce qu’il présente comme une «victoire», a désespérément besoin de liqui- dités pour retrouver une marge de manœuvre financière sur le plan intérieur. C’est pourquoi il insiste sur le dégel de plusieurs dizaines de milliards de dollars d’avoirs bloqués, notamment au Qatar, qui représentent un levier de pression majeur pour les États-Unis dans les négociations en cours. Le rapport de force demeure asymétrique sur le plan strictement militaire. Mais la puissance militaire ne fait pas tout. Le régime iranien a démontré sa capacité à manier des «armes» non conventionnelles, comme la fermeture du détroit d’Ormuz, en complément de ripostes balis-

tiques soigneusement calibrées. Celles-ci ont notamment visé des infrastructures énergétiques situées sur la rive arabe du Golfe persique, cau- sant des dommages considérables et durables. C’est le cas, par exemple, de l’infrastructure gazière de Ras Laffan, au Qatar, dont la remise en état pourrait nécessiter entre trois et cinq ans. Dans le cadre des négociations actuelles visant à finaliser un Memorandum of Understanding («pro- tocole d’accord»), Téhéran s’efforce de montrer qu’il est en mesure d’imposer certaines de ses conditions, même de façon relative. L’Iran joue notamment sur la maîtrise du temps face à un président américain pressé d’obtenir un résultat, mais qui semble hésiter à recourir de nouveau, de manière massive, à la force militaire. F. N. H. : Entre une opinion publique américaine de plus en plus réticente à l'idée d'un enlisement militaire, un Congrès favorable à une désescalade et un allié israélien dont les actions risquent de compromettre les négociations avec Téhéran, quelle est aujourd'hui la position réelle de Donald Trump ? A-t-il encore une stratégie cohérente dans la gestion de ce conflit ? D. R-R. : Si l’opération militaire en Iran est désap- prouvée par plus de 60% d’électeurs américains et si la Chambre des représentants a voté, le 3 juin, pour le retrait des troupes de la région grâce aux voix de quatre représentants républicains, Donald Trump conserve, malgré tout encore, plus de 80% de soutien de sa base MAGA, en dehors d’une frange résolument isolationniste, sinon anti-

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