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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 11 JUIN 2026

azotés). Il a ostensiblement annoncé l’instauration d’un «droit de péage» - illégal au regard du droit international maritime défini par la Convention de Montego Bay de décembre 1982 - pour les navires souhaitant transiter et l’établissement d’une Persian Gulf Strait Authority (PAGC) censée le percevoir. On a évoqué le montant de 2 millions de dollars par navire. Rien n’est moins sûr. Ce serait plutôt de l’ordre de plusieurs centaines de milliers de dollars. Mais Téhéran sait pertinem- ment que la pérennité de ce «droit de péage» est irrecevable pour la communauté internationale car cela reviendrait à valider une «privatisation» du détroit et constituerait un dangereux précé- dent pour d’autres détroits dans le monde. L’Iran a donc fait évoluer ses éléments de langage en parlant désormais de «frais de gestion» technique pour la sécurité du transit. Toutes choses pas davantage recevables. Mais cela entre manifeste- ment dans le processus de négociation en cours. F. N. H. : Si l’Iran parvenait à imposer durablement cette logique de «monéti- sation» du détroit d’Ormuz, quelles pour- raient être les conséquences sur le com- merce international ? D. R-R. : Les conséquences seraient potentielle- ment incalculables, car cela constituerait un pré- cédent aux attendus insoupçonnés pour d’autres détroits comme celui du Bab el Mandeb et plus encore de Malacca - vital entre autres pour la sécurité énergétique de la Chine -, avec une remise en cause des principes essentiels du droit international maritime relatif à la liberté de circula- tion maritime à l’échelle de la planète et un impact inévitable sur la fluidité du transport maritime, la sécurité de l’approvisionnement en énergie et des chaînes logistiques mondiales. Cela entraînerait mécaniquement un renchérissement du prix des marchandises - avec une hausse de l’inflation - et une contraction probable du commerce mondial qui repose aujourd’hui à près de 80% sur le fret maritime, notamment celui des porte-conte- neurs des grands armateurs mondiaux comme le Danois Maersk Line, le Suisse Mediterranean Shipping Company (MSC), le Chinois Cosco Shipping, le Français CMA-CGM, ou l’Allemand Hapag-Lloyd. F. N. H. : Quel rôle jouent aujourd’hui les autres puissances, notamment la Chine, les monarchies du Golfe, autant dans ce conflit que dans les équilibres qui se redessinent autour du détroit d’Ormuz ? D. R-R. : La Chine a un rôle essentiel dans la configuration actuelle, même si elle demeure dis- crète. Pékin a un besoin impératif de la restaura- tion de la fluidité du transit maritime - notamment via le détroit d’Ormuz - pour garantir le déve- loppement de son économie dont la croissance ralentit. Par ailleurs, et on l’oublie souvent, Pékin

 Près de 20% du pétrole et du gaz mondiaux transitent par le détroit d'Ormuz, devenu l'un des principaux leviers de pression de l'Iran dans son bras de fer avec les États-Unis.

reçoit l’essentiel de son approvisionnement en hydrocarbures de la région du Golfe persique (45% du pétrole et 30% du gaz), mais le principal fournisseur en pétrole de la Chine n’est pas l’Iran à qui elle achète certes près de 90% de son pétrole décoté et qui représente 13% de ses besoins, mais l’Arabie saoudite avec plus de 14%, sans parler de l’apport en hydrocarbures des autres pétromonarchies. En outre, Pékin a considérable- ment développé ses relations commerciales avec ces pays. Il y a une sorte d’équilibrisme de Pékin qui a signé un pacte de coopération stratégique avec l’Iran évoqué dès 2016 et finalisé en mars 2021, mais aussi un partenariat stratégique global avec l’Arabie saoudite dès janvier 2016 et confir- mé lors d’une visite de Xi Jinping en décembre 2022. Il se dit que le système de péage iranien d’Ormuz établi par la Persian Gulf Strait Authority (PGSA) viserait en creux le commerce pétrolier entre l’Arabie saoudite et la Chine. L’Autorité iranienne du détroit du Golfe persique facturerait, selon des sources saoudiennes, certains navires jusqu’à 2 millions de dollars par transit dès lors qu’ils transporteraient du pétrole brut saoudien via Ormuz à destination de la Chine. Les expor- tations de pétrole brut saoudien vers la Chine auraient ainsi chuté de plus de 60% depuis le début de la guerre. La stratégie iranienne aurait de fait rendu le pétrole brut saoudien moins compétitif pour les raffineurs chinois en ajoutant des coûts liés aux péages, aux assurances et aux sanctions. L’Arabie saoudite a alors redirigé une grande partie de son pétrole brut via l’oléoduc Est-Ouest jusqu’au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge, réduisant ainsi sa dépendance au détroit d’Ormuz. L’objectif est aujourd’hui de trouver de nouvelles possibilités d’exportation en dévaluant la dépendance excessive au détroit d’Ormuz. C’est dans ce cadre que s'inscrit également

le projet d’oléoduc pour acheminer le pétrole du Golfe vers la Méditerranée, en traversant plusieurs pays de la péninsule arabique, puis la Jordanie pour déboucher sur le port d’Ashkelon en Israël. F. N. H. : Le rejet du cessez-le-feu par le Hezbollah et les frappes iraniennes visant des infrastructures stratégiques d'États arabes alliés de Washington ne montrent-ils pas qu'au Moyen-Orient, le dossier iranien dépasse largement le seul cadre des négociations entre Téhéran et les États-Unis ? Washington peut-il réellement espérer parvenir à un accord durable avec l'Iran alors que plusieurs foyers de tension, notamment au Liban, restent ouverts ? D. R-R. : Le conflit en cours au Moyen-Orient relève d’une logique systémique dans laquelle les différents fronts ne sont pas déconnectés les uns des autres. C’est l’une des conséquences du point de bascule constitué par le massacre du 7 octobre 2023 commis par le Hamas en Israël, dont la réponse militaire massive dans la bande de gaza a, d’une certaine manière, pu apparaître comme la première phase d’un scénario mul- ti-fronts à l’échelle de l’ensemble de la région du Proche et du Moyen-Orient dont l’ultime séquence se trouvait dans la confrontation avec Téhéran. Or, le régime iranien entend instrumen- taliser au maximum les leviers à sa disposition, dont la question du Hezbollah au Liban - le «joyau de la couronne» de l’axe de ladite «résistance à Israël» - constitue une pièce maîtresse pour peser dans les négociations en cours avec les Etats- Unis. Ces derniers, de leur côté, ont d’emblée délibérément dissocié les deux fronts avec l’hori- zon incertain d’élargir la dynamique des «Accords d’Abraham» à l’ensemble des pays arabes de la région, dont le Liban, voire la Syrie toujours offi- ciellement en guerre avec l’Etat hébreu, alors que s’esquissent sur le fond une logique de «normali- sation» conditionnelle à pas comptés. ◆

Le régime iranien a démontré sa capacité à manier des «armes» non conventionnelles, comme la fermeture du détroit d’Ormuz.

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