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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 11 JUIN 2026

FOCUS CRISE AU MOYEN-ORIENT

Moyen-Orient La Chine, entre opportunité stratégique et risque énergétique

surance des flux maritimes. La Chine y gagne donc sur le plan stratégique à moyen terme, mais elle subit également les effets collatéraux d’une tension qu’elle n’a pas intérêt à voir s’aggraver. F. N. H. : La Chine cherche- t-elle à réduire sa vulnéra- bilité énergétique ? A. G. H. : Oui, Pékin s’efforce activement de réduire sa vul- nérabilité. Outre le maintien de réserves stratégiques impor- tantes, la Chine développe mas- sivement les corridors terrestres dans le cadre de la Nouvelle route de la soie. Les oléoducs et gazoducs en provenance de Russie (Power of Siberia), du Kazakhstan et du Turkménistan permettent déjà de contour- ner partiellement les points de passage maritimes sensibles. Parallèlement, des investisse- ments considérables dans les énergies renouvelables, les véhi- cules électriques et l’efficacité énergétique visent à diminuer progressivement la dépendance globale au pétrole importé par voie maritime. F. N. H. : Quelles leçons plus larges cette crise révèle-t- elle sur l’ordre économique mondial ? A. G. H. : Cette crise met en lumière un nouvel ordre écono- mique mondial plus fragmenté, où les rapports de force géopo- litiques jouent un rôle croissant dans la sécurisation des corri- dors stratégiques et la reconfi- guration des flux commerciaux. Les puissances comme la Chine misent sur la diversification des sources d’approvisionnement, le développement de partena- riats alternatifs et la création de systèmes de paiement parallèles afin de limiter leur dépendance aux routes maritimes classiques et au Dollar. Elle illustre égale- ment la «Weaponization» poten- tielle des points de passage stra- tégiques et l’importance crois- sante accordée à la résilience des chaînes d’approvisionne- ment dans un contexte de rivali- tés systémiques. ◆

À la croisée de ses intérêts énergétiques et de ses ambitions géopolitiques, la Chine aborde la crise du détroit d’Ormuz avec une prudence calculée. Si ses liens étroits avec Téhéran lui confèrent une influence certaine, Pékin demeure avant tout soucieux de préserver la stabilité d’une région essentielle à son approvisionnement énergétique. Alicia García Herrero, économiste experte des questions de commerce international, de finance, de géoéconomie et de rivalité sino-américaine, décrypte les ressorts de cette position d’équilibriste et les mutations d’un ordre économique mondial de plus en plus façonné par les rivalités géopolitiques.

Propos recueillis par M. A. L.

du pétrole et pèserait sur les coûts de production ainsi que sur la croissance économique chinoise. La vulnérabilité reste donc réelle, même si elle est aujourd’hui mieux maîtrisée qu’il y a dix ans. F. N. H. : Les liens entre Pékin et Téhéran donnent- ils à la Chine une influence dans cette crise ? A. G. H. : Les liens étroits entre Pékin et Téhéran, notamment via l’achat massif de pétrole iranien souvent à prix réduit et libellé en Yuan, confèrent à la Chine une influence indirecte réelle. Pékin peut ainsi encourager discrète- ment la modération tout en évi- tant tout engagement direct qui risquerait de l’aliéner à d’autres acteurs régionaux essentiels, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis. La diploma- tie chinoise reste donc prudente et de bas profil : elle privilé-

gie les canaux bilatéraux et les instances multilatérales comme l’Organisation de coopération de Shanghai plutôt que les prises de position publiques. F. N. H. : La stratégie ira- nienne de contrôle d’Or- muz peut-elle servir les intérêts chinois ? A. G. H. : La posture iranienne visant à contrôler ou menacer le détroit d’Ormuz peut partiel- lement servir les intérêts chinois en favorisant les transactions énergétiques en Yuan et en accélérant la dédollarisation des échanges. Elle renforce les par- tenariats bilatéraux hors du sys- tème Dollar et illustre la capacité de la Chine à construire des cir- cuits alternatifs. Cependant, cette situation expose aussi Pékin à des risques d’instabilité qui pourraient per- turber ses approvisionnements et faire grimper les coûts d’as-

Finances News Hebdo : Quel risque stratégique la crise autour du détroit d’Ormuz représente-t-elle pour la Chine ? Alicia García Herrero : La crise autour du détroit d’Ormuz consti- tue un risque stratégique impor- tant pour la Chine, qui importe environ la moitié de son pétrole brut du Moyen-Orient, dont une part significative transite par ce point de passage critique. Pékin dispose certes de réserves stratégiques conséquentes et d’une diversification croissante de ses fournisseurs, ce qui per- met d’atténuer l’impact à court terme. Néanmoins, une perturba- tion prolongée ferait mécanique- ment grimper les prix mondiaux

Une perturbation prolongée ferait mécanique- ment grimper les prix mondiaux du pétrole et pèserait sur les coûts de production ainsi que sur la croissance économique chinoise.

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