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FINANCES NEWS HEBDO
JEUDI 11 JUIN 2026
FOCUS CRISE AU MOYEN-ORIENT
Crise au Moyen-Orient Le Maroc n’est pas à l’abri
ces flux et renchérir le coût de l’endettement. Ce sont essentiellement ces quatre canaux qui transmettent les effets d’une crise internationale à l’économie marocaine. Ces différents canaux ont des répercussions sur la croissance, l’inflation, les finances publiques et le commerce extérieur. S’agissant de la croissance, le Maroc reste sou- mis à deux moteurs principaux : la campagne agricole et la demande externe. La bonne tenue de la campagne agricole constitue aujourd’hui un facteur de soutien important. En revanche, un ralentissement durable de l’économie mondiale pourrait peser sur la demande adressée aux exportations marocaines et réduire le rythme de croissance. Il ne s’agirait pas nécessairement d’un bouleversement majeur, mais plutôt d’un frein susceptible de limiter les performances attendues. Concernant l’inflation, l’impact est généralement rapide. Dans un premier temps, il s’agit essentiel- lement d’une inflation importée par les coûts, liée à la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires importés. À ce stade, je ne constate pas encore d’emballement comparable à celui observé après le déclenchement de la guerre en Ukraine, notamment sur les marchés du blé, du sucre ou des huiles végétales. Mais si la crise devait durer ou s’intensifier, les tensions sur les prix pourraient s’accentuer. Il existe également des effets plus différés. Je pense notamment aux engrais. Le Maroc exporte des engrais mais reste dépendant, pour leur fabri- cation, de matières premières comme le soufre et l’ammoniac, dont une part importante provient des pays du Golfe. Une hausse de leurs coûts ou des difficultés d’approvisionnement pourraient renchérir les prix des engrais, avec des réper- cussions ultérieures sur les coûts de production agricole et, à terme, sur les prix alimentaires. Les finances publiques constituent un autre point de vigilance. Lorsque les prix internationaux de l’énergie augmentent fortement, l’État est amené à absorber une partie du choc. C’est le cas à travers le soutien au gaz butane, mais aussi à travers l’électricité. L’ONEE ne répercute pas intégralement la hausse des coûts énergétiques sur les factures des ménages. Si cette hausse n’est pas supportée par les consommateurs, elle doit nécessairement être prise en charge ailleurs, ce qui représente un coût important pour les finances publiques. Les dépenses de soutien au gaz butane se chiffrent déjà en milliards de dirhams et augmentent mécaniquement lorsque les cours mondiaux s’envolent. Certes, la hausse des prix de l’énergie peut également générer des recettes fiscales supplé- mentaires, notamment à travers la TVA appliquée aux produits énergétiques. Mais, globalement, le solde reste négatif : les dépenses engagées pour amortir le choc dépassent généralement les recettes additionnelles perçues par l’État.
Du détroit d’Ormuz aux marchés mondiaux de l’énergie, le conflit au Moyen-Orient dépasse largement le cadre régional. Mais dans quelle mesure une telle crise peut-elle affecter l’économie marocaine ? L’économiste Najib Akesbi décrypte les principaux canaux de transmission de ce choc, les vulnérabilités qu’il révèle et les enseignements que le Royaume devrait en tirer.
Propos recueillis par M. A. L.
Finances News Hebdo : D’emblée, on pourrait considérer que cette crise est éloignée du Maroc. Mais est-ce réelle- ment le cas ? Dans quelle mesure l’éco- nomie marocaine est-elle exposée à cette crise ? Najib Akesbi : Un premier constat s’impose : depuis une trentaine d’années, l’économie maro- caine s’est fortement insérée dans l’économie mondiale. Un indicateur l’illustre clairement : le taux d’ouverture de l’économie, c’est-à-dire le rapport entre le commerce extérieur et le PIB. Inférieur à 50% dans les années 1980 et au début des années 1990, il dépasse aujourd’hui 90%. En 2024, il s’établissait à 92% après avoir atteint 101% en 2022, dans le contexte du choc provo- qué par la guerre en Ukraine. Le Maroc est également lié à une soixantaine de pays par des accords de libre-échange. Cette insertion concerne les échanges de biens et de services, les flux de personnes à travers le tourisme et les Marocains du monde, mais aussi les flux de capitaux, qu’il s’agisse des investis- sements directs étrangers, des investissements marocains à l’étranger ou encore du financement par la dette. Dès lors, il est évident que l’économie marocaine est fortement insérée dans l’économie mondiale et qu’elle est, de ce fait, inévitablement concer- née par les crises qui affectent cette dernière. Les effets peuvent être directs ou indirects, mais ils sont réels. Une crise de cette ampleur, même lorsqu’elle se déroule loin de nos frontières, finit toujours par se transmettre à une économie aussi ouverte que la nôtre.
F. N. H. : Par quels mécanismes cette crise peut-elle se transmettre à l'éco- nomie nationale, en termes de crois- sance, d'inflation, de finances publiques ou encore de commerce extérieur ? N. A. : Nous avons déjà observé ce type de phénomène lors de crises précédentes. À mon sens, il existe quatre principaux canaux de trans- mission d’un choc international vers l’économie marocaine. Le premier est le commerce extérieur, à travers les importations mais aussi les exporta- tions. Le Maroc demeure fortement dépendant des importations énergétiques et alimentaires. Toute hausse des cours mondiaux se répercute donc directement sur l’économie nationale. À l’inverse, lorsque la demande mondiale ralentit, nos exportations peuvent également en subir les conséquences. Le deuxième canal est celui du tourisme. Une crise prolongée ou une aggrava- tion des tensions internationales peut finir par affecter les flux touristiques vers le Maroc. Le troisième concerne les transferts des Marocains résidant à l’étranger. Leur évolution est plus difficile à anticiper, car elle dépend non seulement de la conjoncture économique dans les pays d’accueil, mais aussi de mécanismes de solidarité familiale qui ont montré leur résilience lors de précédentes crises. Il est donc difficile d’anticiper leur évolution avec certitude. Enfin, le quatrième canal est celui des flux de capitaux et du financement. Il englobe les inves- tissements directs étrangers, les investissements marocains à l’étranger ainsi que les conditions de financement sur les marchés internationaux. Une dégradation du contexte mondial peut affecter
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