BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 11 JUIN 2026
Le secteur bancaire marocain face au risque CBAM Quand Bruxelles devient un risque de crédit à Casablanca
L
e 29 avril 2026, la Banque de France publiait une étude qui a circulé discrètement dans les milieux financiers marocains : en cas de succession d'événements climatiques extrêmes en Europe, les banques, compa- gnies d'assurance et gestionnaires d'actifs français s'exposeraient à des pertes attei- gnant 196 milliards d'euros, soit une dépré- ciation de 4% de leurs portefeuilles. Le scénario retenu - sécheresses mas- sives, vagues de chaleur et inondations majeures entre 2026 et 2027 - n'est pas une fiction de modélisateurs. Il correspond aux trajectoires que le Réseau pour le verdis- sement du système financier (NGFS) juge plausibles à court terme. Cette tendance a été également confirmée par la WMO dans son dernier rapport du 28 mai 2026 sur la Mise à jour climatique décennale 2026- 2035, dont une partie a été consacrée à l’Afrique du Nord. Cette étude mérite d'être lue à Casablanca autrement qu'avec un sentiment de dis- tance confortable. Car ce que la Banque de France quantifie pour le système financier français, le secteur bancaire marocain est en train de le vivre sous une forme diffé- rente, moins spectaculaire en apparence, mais tout aussi structurelle : le risque CBAM.
financiers liés au changement climatique. C'est un pas réel. Mais les dispositions de cette directive n'entrent en vigueur que dans un délai de 24 mois et de 48 mois pour les filiales. Ce calendrier réglemen- taire, raisonnable dans une logique de tran- sition ordonnée, crée un décalage préoc- cupant avec l'urgence CBAM : la contrainte industrielle frappe en 2026-2027, pendant que les banques disposent encore jusqu'à 2027-2029 pour se mettre en conformité avec les exigences de reporting sur ces mêmes risques. Autrement dit, la photographie du risque sera prise après que l'accident aura eu lieu.
Ce que les banques marocaines devraient faire maintenant
Par Dr. Mohamed Boiti, expert en transition énergétique et décarbonation*
La bonne nouvelle, c'est que le risque CBAM est, contrairement aux risques phy- siques climatiques, parfaitement identi- fiable et mesurable dans les portefeuilles de crédit. On sait quels secteurs sont concernés, on connaît les facteurs d'émis- sion, on peut calculer les surcoûts poten- tiels par débiteur. C'est précisément ce que la directive de BAM devrait accélérer, non pas dans 24 mois, mais dès aujourd'hui. Les banques qui accompagnent les grandes entreprises exportatrices ont tout intérêt à intégrer le CBAM dans leur ana- lyse du risque de contrepartie, à condi- tionner certains financements à la mise en place de plans MRV certifiés, et à orienter une partie de leur offre de financement vers les investissements de décarbonation industrielle, là où convergent rentabilité bancaire, résilience du débiteur et impact climatique réel. La Banque de France chiffre ce que le dérèglement climatique coûtera aux bilans français. Au Maroc, c'est le dérèglement réglementaire européen qui constitue la menace immédiate. La réponse n'est pas la même. Mais l'urgence d'agir, elle, est identique. ◆ *Mohamed BOITI est docteur ès Sciences de Gestion, consultant en transition énergétique et décarbonation, et auteur du «Mémorandum Stratégique 2026-2030 pour l’accompagnement du Maroc face au MACF».
voient leur compétitivité dégradée par des surcoûts carbone non maîtrisés, leur capa- cité de remboursement se détériore, leurs besoins de refinancement augmentent, et le risque de crédit des banques qui les accompagnent monte mécaniquement, sans que la moindre ligne de bilan ne l'ait encore enregistré. Ce n'est pas un risque hypothétique. C'est un risque daté. La première déclaration CBAM portant sur les émissions 2026 devra être déposée le 30 septembre 2027. Les entreprises marocaines qui arriveront à cette échéance sans facteurs d'émission certifiés se verront appliquer les valeurs par défaut européennes - punitives par construction -, avec un surcoût estimé entre 20% et 30% sur leurs exportations vers l'UE. Pour leurs banques, ce surcoût se traduit en dégradation du profil de risque du débiteur. Bank Al-Maghrib a pris conscience du problème Il faut reconnaître que Bank Al-Maghrib tra- vaille sur le sujet. La directive n°2/W/2025 du 24 janvier 2025 impose désormais aux banques marocaines, dans leur relation avec leurs grands emprunteurs, un cadre de collecte et de reporting sur les risques
Un risque de crédit qui dort dans les bilans
Le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières est entré dans son régime défi- nitif en janvier 2026. Pour l'industrie maro- caine exportatrice - ciment, acier, alumi- nium, engrais -, la contrainte est désormais opérationnelle. Ce que l'on n'a pas encore suffisamment mesuré, c'est ce que cette contrainte signifie pour les établissements bancaires qui financent ces secteurs. L'encours du crédit bancaire marocain dépassait 1.166 milliards de dirhams fin 2024. Une fraction significative de cet encours est concentrée sur les grands exportateurs industriels directement expo- sés au MACF, l’OCP en tête, mais aussi les cimentiers, les sidérurgistes et les pro- ducteurs d'aluminium. Si ces entreprises
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