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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 JUILLET 2026
Croissance
Mieux répartir la richesse
L
Par D. William
e Maroc produit davantage de richesse, mais celle-ci reste plus concentrée que jamais. En 2024, trois régions seulement (Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima) ont généré 58,4% du PIB national, tandis que l'écart moyen de richesse entre les régions est passé de 83,6 à 90,9 milliards de dirhams en une seule année. Dans le même temps, l'économie nationale a pourtant enregistré une croissance solide de 4,4%, et huit des douze régions ont fait mieux que cette moyenne. Ce double constat montre que la croissance progresse, mais les dispari- tés territoriales aussi. Voilà le véritable enseignement des comptes régionaux 2024 publiés par le haut-commissariat au Plan. Au-delà des statistiques, ce document met en lumière une réalité que les décideurs ne peuvent plus ignorer : la croissance économique, aussi robuste soit-elle, ne produit pas automatiquement davantage d'équilibre territorial. Elle peut même, lorsqu'elle s'appuie sur les mêmes moteurs écono- miques et les mêmes pôles d'investisse- ment, accentuer les écarts existants. En cela, les régions du Sud impressionnent. Laâyoune-Sakia El Hamra affiche la plus forte croissance du pays (7,6%), devant Dakhla-Oued Eddahab (7%) et Souss- Massa (6,8%). Pourtant, leur poids dans l'économie nationale reste marginal. Les
quatre régions du Sud, auxquelles s'ajoute Drâa-Tafilalet, ne représentent ensemble que 7,8% du PIB national. Autrement dit, elles progressent rapidement, mais à par- tir d'une base économique encore limitée. Leur dynamique témoigne de l'effet des investissements réalisés ces dernières années, notamment dans les infrastruc- tures, les ports, la pêche, les énergies renouvelables ou encore le tourisme. Mais ces performances ne suffisent pas encore à modifier l'architecture économique du Royaume. Il faudra plusieurs années de croissance soutenue pour que ces régions puissent peser davantage dans la création de richesse nationale. A l'inverse, Casablanca-Settat continue de dominer sans partage avec 32,3% de la richesse nationale, soit près d'un Dirham sur trois créé au Maroc. Cette région, avec Rabat-Salé-Kénitra (15,5%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (10,7%), constitue toujours le véritable moteur de l'économie marocaine. Cette concentra-
tion n'est pas en soi un problème. Elle devient préoccupante lorsqu'elle s'ac- compagne d'un élargissement continu des écarts entre les territoires. Car une économie trop polarisée finit par créer un cercle où les régions les plus riches attirent naturellement davantage d'entre- prises, de capitaux, de compétences et d'infrastructures, tandis que les autres peinent à franchir un nouveau seuil de développement. Les disparités apparaissent également dans les revenus. Le PIB par habitant atteint 92.904 DH à Dakhla-Oued Eddahab contre 28.692 DH à Marrakech-Safi, pour une moyenne nationale de 43.891 DH. Les dépenses de consommation suivent la même logique : cinq régions concentrent 74,4% de la consommation des ménages, et leur dispersion continue de s'accentuer. Ces chiffres posent une question simple : à quoi sert une croissance soutenue si elle ne réduit pas les fractures territoriales ? La question mérite d'être posée, d'autant plus que le Nouveau modèle de dévelop- pement a précisément fait de la réduc- tion des disparités territoriales l'un de ses objectifs majeurs. La croissance est évidemment une condition indispensable du développement, mais elle ne consti- tue pas une finalité en soi. Encore faut-il qu'elle profite à l'ensemble du territoire et qu'elle crée suffisamment d'opportunités au-delà des grands pôles économiques historiques. La régionalisation avancée devait pré- cisément permettre un développement plus équilibré des territoires. Les résultats montrent que certaines régions gagnent en dynamisme, mais pas encore en poids économique. Ce qui manque encore, c'est une crois- sance suffisamment inclusive pour rap- procher ces régions plutôt que de les éloigner. Une croissance qui ne se mesure pas uniquement à l'évolution du PIB natio- nal, mais aussi à sa capacité à réduire les écarts de richesse, créer des emplois qua- lifiés et faire émerger de nouveaux centres de décision économique. C'est sur ce terrain que se jouera la réussite du modèle de développement. ◆
Casablanca-Settat continue de dominer sans partage avec 32,3% de la richesse nationale, soit près d'un Dirham sur trois créé au Maroc.
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