Hell's Paradise - T1_Chap1

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Yûji Kaku

kazé shônen up !

Chapitre 1.............................................. 003 Chapitre 2.............................................. 071 Chapitre 3.............................................. 127 Chapitre 4.............................................. 151 Chapitre 5.............................................. 166 Chapitre 6.............................................. 189

une dernière parole ?

de ce fait, la décapitation requiert une maîtrise

la nuque comporte des vertèbres très

technique exception- nelle.

résistantes et plusieurs couches de muscles…

non.

trancher une tête en un seul coup s'avère extrêmement difficile. il faut géné- ralement s’y reprendre à plusieurs fois.

les exécu- tions sont toujours des scènes de carnage.

C hapitre 1

pfff…

hé ! on t'a ordonné de ne pas résister !

encore une technique de ninjutsu ?

pourquoi je ne peux pas mourir… ou plutôt, pourquoi personne ne parvient à me tuer ?

mon sabre…

1

Vivre ne m’importe pas plus que ça…

jusqu'à aujourd'hui, j'ai tué plein de gens. il n'y a donc aucune raison pour que je sois le seul épargné…

après tout, je suis un shinobi…

au village d’iwagakure, dès notre naissance, on nous apprend à tuer… c’est tout…

mais beaucoup d'enfants meurent au cours des entraîne- ments…

Le bon côté, c’est qu’on acquiert une force surhumaine…

hum, je vois…

pour moi, la vie ne vaut rien…

bien…

Je note qu’il est très difficile de tuer un homme du clan iwagakure avec un simple sabre.

on peut dire ça, ouais…

À plus forte raison quand le bourreau

tu maîtrises le ninjutsu ?

ben oui, je suis un shinobi …

même pas besoin de faire appel au ninjutsu.

est aussi mauvais…

dans ce cas, non.

tu peux me montrer ça ?

ça m’in- téresse, à titre personnel …

pour- quoi ?

exécution par le feu !

en temps normal, c’est la sentence réservée aux pyro- manes…

les brûlures

sur la peau provoquent une douleur insupportable, les muscles se rétractent sous l’effet de la chaleur

cette peine est un vrai supplice.

et le corps tout entier se tord au point d’en briser les os.

au bout du compte, l’exé- cuté succombe asphyxié par la fumée du bûcher, quand il n'est pas déjà mort intoxiqué par les émanations des combustibles…

si bien que, par “bienveillance”, l’exécuté reçoit parfois le coup de grâce.

ah…

!

faut pas m’en vouloir.

ah bon ?

au contraire,

je suis plutôt d’accord pour mourir.

hé ! plutôt que de me tourner le dos, file-moi des vête- ments !

hé !

je vous assure que je n’oppose aucune résistance…

oh !

je suis là pour rédiger le

procès- verbal.

que je sois de dos ne t’empêche pas de parler… continue.

je ne vois pas ce que

Je collecte les informa- tions, c'est mon travail.

ma vie a de si passionnant…

parle- moi de tes parents…

j’ignore pourquoi… et au fond, je m’en fiche.

jamais vus… on m’a dit qu’ils avaient été tués par le chef du village.

tu as des rêves ?

On ordonne, j’exécute, ça s'arrête là.

aucun… pas plus que d’ambition ni de principes.

bah…

pourquoi j’ai été arrêté ?

en fait…

mais en pleine mission, mes camarades m'ont trahi et je me suis fait capturer par des soldats.

sûrement un coup du chef…

je voulais quitter le clan.

je crois que c’était un piège.

vu que notre

clan interdit l’usage de la technique d’évasion…

je n’ai rien pu faire.

bon…

et si tu me disais pourquoi tu voulais quitter le clan ?

écartèlement !

l’écartè- lement se pratique en attachant les deux jambes du condamné à des cordes tirées par des bœufs.

les jambes d’un

homme peuvent supporter une tension de 500 kg. celle produite par un bœuf avoisine les 950 kg…

La question n’est pas la

résistance des jambes car, en réalité, c’est le corps tout entier qui se fend en deux, de l’entre-jambe au thorax.

cette fois, tu te laisses faire, hein ?!

bon…

ben…

pourquoi tu as bougé ?!

il va nous dés- honorer !

amenez plus de bœufs !!

désolé, mais ça me chatouillait.

c’est assez in- croyable.

tu es encore là ? tu t’ennuies ou quoi ?

tu prétends vouloir qu’on te tue…

Pourtant, j’ai eu l’im- pression que tu résistais à l’écar- tèlement.

tu n’as pas répondu à ma question d’hier.

ou plutôt, j'aimerais savoir pour quelle raison tu voulais quitter ton clan.

Pourquoi as-tu fait ça, si la vie t’importe si peu ?

je me moque de ton procès- verbal !!

franche- ment…

silence ! je trav…

voilà les bœufs !

pour une raison assez banale.

silence ! je tra- vaille !

silence ! je tra- vaille !

j’étais à la tête d'une troupe du clan iwagakure.

J'avais gagné l'estime du chef…

au point de vouloir me faire épouser sa fille.

le problème, c’est qu’elle était totalement cruche…

comment un shinobi, qui plus est le chef, pouvait-il avoir enfanté une fille pareille ?

une ravissante idiote igno- rant tout de la vie…

C’est à cause d’elle que mon existence a basculé…

on fait preuve de la plus grande politesse…

on se déchausse avant d’entrer dans la maison…

on prie ses ancêtres au moins une fois par jour…

merci pour

ce bon repas !

notre quotidien était si plan-plan que j’en ai vite eu marre !

chef, à ce rythme- là, je vais m’encroûter…

C’est donc ça ? oui, je peux comprendre.

cependant, avant de partir…

acceptes-tu d’effectuer une dernière mission ?

à quoi bon fuir ? le clan m'aurait vite retrouvé.

j’étais tombé dans le piège, c’était cuit.

j’ai vite compris qu’on m’avait berné, mais…

j’ai essayé de quitter le clan, mais c'était illusoire…

tu vois ? rien d’extra- ordinaire…

alors j’ai renoncé.

gabimaru, ex-shinobi du clan iwagakure…

officier…

cela ne me regarde pas, mais…

une femme devrait éviter de s’approcher d’un type comme lui.

vous savez de qui il s'agit ?

c’est ça ?

oui…

aussi surnommé “le vide”…

ni larme, ni sang… rien !

Ce monstre a tué vingt hommes lors de sa capture !

il est extrêmement dangereux !

d’après la rumeur, les shinobi d’iwagakure auraient bu l’élixir d'im- mortalité…

je suis désolé…

?

Ça vous semble ridicule ?

Le fameux élixir qui se trouverait au paradis des dieux !

l’élixir d'immor- talité…

non… mais…

pourquoi un être aussi “vide”…

s'est-il donné autant de mal pour éviter d'être capturé ?

“tu prétends vouloir qu’on te tue…

Pourtant, j’ai eu l’im- pression que tu résistais à l’écartè- lement…”

Je n’ai qu’à mourir bien sagement !

Elle a raison… à quoi je joue ?

La vie m’importe si peu…

lors de la prochaine exécution.

demain…

oui. demain, finissons- en…

l’huile s’enflammant naturelle- ment à 370 °c…

la peine de “l’ébouil- lantage”,

dite aussi de “la friture”, nécessite une grande quantité d’huile.

les marmites en terre de l’époque d’edo ne résistent pas assez longtemps…

pourquoi…

je ne meurs pas ?

pourquoi je résiste ? rien ne me retient ici…

je suis censé être “vide”…

pourquoi tu ne

meurs pas ?!

parce que vous vous y prenez comme des manches !

raaah !

Je suis prête.

Je n’attends plus que votre signal.

gouver- neur…

à force, c'est usant…

à quoi j’ai droit, cette fois ?

et Ça commence

hé hé hé !

à faire long !

Fais le malin, oui ! profite de tes derniers instants !

ha ha ha ! cette femme

n’est pas un simple

officier d'état !

elle est venue spécialement d’edo pour toi… je te présente…

c’est quoi, ça ?

sagiri, de la famille yamada asaemon, la grande coupeuse de têtes !

On l’appelle aussi “l’exécutrice” ou “la trancheuse de têtes”…

sagiri est la descendante directe de la famille yamada

asaemon, lignée de bourreaux

et de coupeurs de têtes depuis plusieurs générations.

elle exécute au sabre, d’un seul et unique coup.

une femme…

en effet.

un maître parmi les maî- tres.

chez les asaemon ?

gabimaru, shinobi en fuite de la province d’iga…

et comme c'est aussi ce que tu souhaites…

le shogunat a réclamé ton exécution.

nous allons exaucer ton vœu.

!

la décapitation requiert une

maîtrise technique exceptionnelle…

les exécuteurs de la famille asaemon sont capables de tenir

une ombrelle d’une main et de trancher

leur dextérité est telle qu’ils peuvent sectionner une tête sans même qu'elle se dé- tache du corps !

un cou de l’autre…

cette femme…

c'est une vraie descendante des Asaemon !

?!

ah !

sagiri ! attention ! exécute-le !

en- tendu !

mourir…

pourquoi t’es-tu dérobé ?

Si tu étais resté immobile, tu serais mort…

moi ?

!!

je refuse…

de mourir ?

moi ?!

arrête de bouger comme ça !

Dans mon travail, j’ai assisté aux derniers instants de beaucoup d’hommes…

elle se reflète sur la lame de mon sabre.

j’ai appris à déceler la vérité…

il y a ceux qui

regardent la mort en face sans broncher...

ceux qui vont s'accrocher à la vie jusqu'à l'instant fatidique...

et ceux qui se persuadent qu'ils ont accepté l'idée de mourir, alors qu'il n'en est rien...

HEIN ?

Au regard de l’enfance que tu as connue, ça peut se comprendre.

“gabimaru le vide”… tu mérites bien ce surnom.

néanmoins, tu as menti sur un point.

tu tiens à la vie.

ou plutôt…

tu aimes ta femme.

à tes yeux…

n’était-elle pas ta seule raison de vivre ?

“soyons reconnais- sants !”

“il faut savoir rester simples…

pour pouvoir

former un couple…”

“prions dieu et nos ancêtres !”

“ non, tu n’es pas vide… ”

ah !

j’ai vu juste.

tu as résisté aux exécutions…

parce que tu penses encore à elle !

pourquoi te mentir ?

tu prétends ne plus tenir à la vie…

mais en réalité, tu essaies de te convaincre toi-même.

la ferme !!!

tu ne sais rien de moi !

je n’ai aucune attache !!

rien du monde d’où je viens !!

je suis gabimaru le…

“non, tu n’es pas vide…”

j’ai vu trop d’horreurs …

si…

et je n'ai rien d'autre à t'apporter.

je porte bien mon nom.

moi, j’en doute fort !

tu es gentil…

Toi seul a supporté ce visage sans broncher.

dans le clan iwagakure, les hommes combattent et les femmes procréent…

être habitué aux horreurs, ça peut avoir du bon !

on nous refuse le

droit de vivre normalement.

mon visage en témoigne…

mon père l’a brûlé pour que je renonce à toute autre vie.

mais…

cependant, le cœur d’une personne ne meurt pas aussi facilement !

?

que… que… mais enfin !

tu es tout rouge !

hi hi hi !

Voilà la preuve que tu n’es pas vide !

je suis…

gabimaru le vide !!

le monstre sans cœur !!

c'est pas pour moi !

une vie normale...

je vais arrêter de tuer pour vivre…

je veux une vie paisible… à ses côtés !

c’est sa fille… le chef comprendra.

mener une vie simple…

au calme…

sans tuer personne…

comme tout le monde…

je le sais ! pour moi…

c’est impos- sible !!

si ! c’est possible !

quoi ?

ceci est un certificat officiel de grâce émis par le shogunat.

il amnistie le porteur de tout crime commis…

et il lui assure le

soutien et la protection du shôgun !

il te permettrait de sortir au grand jour en toute quiétude…

tu… tu dis n’importe quoi !

tu n’aurais plus rien à craindre, ni des hommes du gouverneur ni de ceux du clan.

cependant, je ne te le remettrai qu’à une condition…

que tu ailles dans l’au- delà !

hein ?

il faut que je meure ?

l’au-delà ? le monde des morts ?

non.

oui.

“l’au-delà”, “la terre des dieux”, “sukhavati”…

un lieu dépourvu de toute

autant de noms différents pour désigner shinsenkyô, le paradis des dieux…

souffrance, empli de joie et de plaisirs…

on prétend qu’il se situerait au-delà du pays de ryûkyû, dans les mers du sud…

cette terre, nous l’avons trouvée…

c’est un lieu unique habité de papillons, décoré de fleurs, bercé par des chants…

exactement comme le décrit la légende !

c'est aussi là-bas que se trouverait l'élixir d'im- mortalité…

hé ! pas si vite !

de quoi tu parles ?

on croirait un con- te…

un conte féerique, oui…

en quête de l’élixir, les autorités ont envoyé sur l’île une mission d’enquête.

mais…

c’est aussi ce que je croyais.

il n’est revenu qu’une barque remplie de fleurs.

par la suite, cinq autres missions ont été dépêchées, et…

aucun homme

n’en est revenu.

du moins, aucun sous

sa forme d’origine.

des hommes qui se changent en fleurs… comme c’est étrange…

aucun doute, c’est le véritable pays des dieux !

l’élixir d’immortalité s’y trouve forcément !

et mystique !

rassemblez des condamnés à mort à travers tout le pays et envoyez-les sur l’île !

pour la prochaine expédition, envoyez des hommes qui ne craignent pas de mourir !

j’accorderai une amnistie à celui qui me ramènera l’élixir !

je suis ici pour recruter une personne…

non seulement puissante…

mais surtout dotée d’une profonde envie de vivre !

!

elle s’est murée dans le silence depuis ta capture…

sache que ton épouse se trouve toujours au village d’iwagakure.

elle refuse également de s'alimenter.

j’en ignore la

raison, mais…

je suppose qu’elle attend ton retour.

je te repose la question…

accompagné de dangereux criminels, tu peux te rendre

sur une île inconnue…

tiens-tu à la vie ?

et te battre pour obtenir ta grâce.

c’est le seul moyen dont tu disposes pour revoir ta femme.

alors…

réfléchis bien, gabimaru le vide…

la vie à ses côtés t'importe- t-elle ?

pas question de le libérer…

tu te fiches de nous ?!

pour un prétexte pareil !

tu m’écoutes, gabimaru le vide ?!

j’agis sur ordre du shôgun !

si tu t’interposes, tu y passeras toi aussi…

ça, je m’en moque !

“le vide”…

“sans cœur”…

“mais…

Le cœur d’une personne ne meurt pas aussi

facile- ment !”

?

tu voulais voir ma technique de ninjutsu, n’est-ce pas ?

oui, en effet…

aah…

en voici un échantillon…

ouvre grand tes yeux !

technique hibôshi*.

* feu du moine dharma-bhaanaka.

uuh …

gh…

uh …

uuh…

bon, c’est d’accord !

je vais te le trouver, ton élixir…

bon, et maintenant ? on fait quoi ?

hii...

tu vas me suivre.

beau travail…

hii...

aah...

à peine libéré, il se plaint déjà…

edo, ça fait un détour…

allons directement sur l’île !

nous irons d’abord à edo…

hein ?!

ça me saoule.

dans ce cas, oublie ma proposition…

je suivrai tes instruc- tions !

les condamnés à mort, l’île inconnue…

ok ! ok ! va pour edo !

je suis prêt à tout !

et je reviendrai vivant…

pour toi !!

fashion check détail des tenues de hell’s paradise

YAMADA ASAEMON SAGIRI

Sa tenue est blanche, en signe de condoléances envers les criminels. Seul son bras gauche porte une protection.

Son plastron possède une

forme particulière qui rappelle celle des corsets.

Il y a des interstices aux coutures qui permettent de faire passer le sabre.

On aperçoit une petite clochette à la poitrine, tenue par une ficelle : la clochette funéraire. Elle sonne avec le mouvement

de sa main lorsqu’elle tranche une tête et le son qu’elle produit accompagne l’âme des morts.

Elle s’amuse avec les rubans de son plastron, un signe de coquetterie féminine.

SAMOURAÏ

INDICE ÉLÉGANCE

JIGOKURAKU © 2018 by Yuji Kaku All rights reserved. First published in 2018 by SHUEISHA Inc., Tokyo. French translation rights in France and French-speaking Belgium, Luxembourg, Switzerland and Canada arranged by SHUEISHA Inc.

Édition française KAZÉ 8, rue Ambroise Thomas 75009 Paris www.kaze-manga.fr DIRECTEUR ÉDITORIAL Pierre Valls TRADUIT DU JAPONAIS PAR Thibaud Desbief LETTRAGE & MAQUETTE Hinoko SUPERVISION ÉDITORIALE Quentin Pillault DIRECTION ARTISTIQUE Ludovic Allouche DESIGN Fiona Vollborth RESPONSABLE DE FABRICATION Julie Baudry

ISBN : 978-2-82033-532-6

Achevé d’imprimer en CE mars 2019 par L.E.G.O. SpA, Lavis (Italie). Dépôt légal : mars 2019

SPECIMEN PEFC S EN PEFC

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