FNH N° 1129

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CULTURE

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 16 NOVEMBRE 2023

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distes, entièrement prise en charge par les artistes. Cette première se déroula en 1965 et fit école. Pour autant, le ser- vice des Beaux-Arts ne trembla pas sur son socle. Il convenait donc de secouer plus le cocotier. Ce qui fut fait, en 1968, par le biais d’un manifeste, au travers duquel ils disaient pis que prendre de ceux qui étaient en charge de l’art, les traitant d’«incompétents» et fustigeant la politique infantilisante des missions étrangères. Et, manière d’enfoncer le clou, ledit sextuor planta, un an plus tard, ses toiles, où sont explicitées les relations entre l’artisanat marocain et l’art moderne, au beau milieu de Jemaâ el Fna, à une centaine de mètres du lieu où se tenait l’inénarrable Salon de Printemps de Marrakech, ce tout-à- l’égout de l’art indigne. L’effet en est heureux : les mœurs pic- turales établies se mettent à décliner, pendant que la nouvelle peinture com- mence à sortir de l’ombre. Le groupe s’étoffe. Mahjoubi Aherdan, Karim Bennani, Mekki Megara et Saad Cheffaj, entre autres transfuges de Rabat et de Tétouan, s’enrôlent sous la bannière. On se serre les coudes, multiplie les initia- tives, secouant de fond en comble la vie artistique. C’est ainsi qu’est constituée l’Association nationale des plasticiens marocains, dont la première exposi- tion regroupe, en 1976, une trentaine d’artistes. La peinture contemporaine marocaine prend réellement son envol. Kacimi, héraut d’un art conscient Mis en vive lumière, les «pionniers» poursuivent leur chemin de gloire sans peur et sans reproche, pendant qu’une génération relativement plus jeune émerge doucement. Mohamed Kacimi en était la figure de proue. S’il s’appuyait sur l’écriture et la calligraphie dans ses premières œuvres, cet artiste atypique (dont la première exposition à Meknès date de 1964) y échappa assez vite pour affirmer une œuvre peinte forte et origi- nale, où gestuelle abstraite et fantôme de figuration se rejoignent. Se détachaient aussi de la deu- xième vague des pinceaux aussi déli- cats que Fouad Bellamine, Hassan Slaoui, Abderrahmane Meliani, Saâd Hassani, Mustapha Boujemaaoui, et d’autres encore, tels que Abdallah Hariri, Abdelkébir Rabi, Houssein Talal, Abderrahmane Rahoul ou Abdelkrim Ghattas, jaloux de leur discrétion, mais

peinture, sacrifie l’enseignement pour s’y vouer pleinement. Après un séjour ins- tructif à Paris puis à Prague, il rentre au Maroc en 1962, où il est nommé à la tête de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca. Son œuvre s’adosse à un refus du mal que l’homme inflige à l’homme. Elle transmet les flux de la transe, la quête d’un salut que l’homme arrache dans son combat contre la mort. Avec la maturité, l’œuvre de Belkahia ne cesse de grandir dans un mouvement de lignes et de couleurs en évolution : recherche, affinement des rapports d’ombre et de lumière, concen- tration sur des thèmes (celui du malhoun, à titre d’exemple), approfondissement du sens des formes. Mohamed Melihi, lui, est une sorte de peintre picaresque. Doué d’une curio- sité sans rivages, il se transporte d’un lieu à l’autre, afin d’affûter son style. Des études à Séville, Madrid, Rome, Paris et New York. Au bout, l’adhésion à l’expression abstraite, en raison de sa compatibilité avec l’essence de la culture arabo-musulmane. C’est par rejet de l’enseignement, à tonalité coloniale, dispensé par son

professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Tétouan, Mariano Bertuchi, que le jeune Mohamed Chebaâ s’emploie à forger sa propre personnalité picturale. Mordu de folklorisme, orientalisme et paysagisme, Bertuchi les présente comme le fin du fin de l’expression picturale. Mohamed Chebaâ, en revanche, y lit une offense à la marocanité. Il s’en va chercher la muse dans l’argile, le plâtre, la sculpture et le dessin, éprouve son talent de peintre dans les natures mortes. A Rome, la puis- sance expressive du monochrome lui est révélée grâce à Jakson Pollok et Franz Kleine; il s’initie à la gestualité. Farid Belkahia, Mohamed Melehi, Mohamed Chebaâ, trois itinéraires dis- tincts, mais trois révoltés unis par la même aversion de la peinture folklorique, hissée au rang de référence par les ser- vices des Beaux-Arts. Isolés au début, ces francs-tireurs vont bientôt recevoir de précieux renforts : Mohamed Hamidi, Mohamed Ataallah et Mustapha Hafid. Se muant en émeutiers permanents, ces hussards montèrent à l’assaut de la cita- delle artistique. D’abord, en lançant une exposition nourrie de valeurs avant-gar-

Mis en vive lumière, les «pionniers» poursuivent leur chemin de gloire sans peur et sans reproche, pendant qu’une géné- ration relati- vement plus jeune émerge doucement. Mohamed Kacimi en était la figure de proue.

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