Hors Se<0301>rie 51 Final

T OURISME

Le Maroc prépare de grands investissements pour accompagner la montée du tourisme. Aéroports, LGV, autoroutes, ports : les infrastructures lourdes occupent logiquement le devant de la scène. En revanche, l’expérience du visiteur se joue souvent ailleurs, dans des moments plus ordinaires. Sortir d’une gare, trouver un taxi, rejoindre un hôtel, traverser une médina, accéder à un musée… Ce dernier kilomètre peut renforcer une destination ou la fragiliser. Le dernier kilomètre, vrai test du tourisme 2030 Mobilité urbaine

une navette bien indiquée ou un arrêt propre peuvent avoir autant d’effet qu’un grand équipement dans la per- ception finale du séjour. La question des taxis et des trans- ports à la demande reste également sensible avec le développement des solutions VTC. Les visiteurs comme les Marocains attendent plus de trans- parence, de disponibilité et de qualité. Les tensions connues dans plusieurs villes autour des prix, des refus de course ou de la concurrence entre modes de transport montrent que la mobilité touristique ne peut pas être laissée à l’improvisation. À l’approche de 2030, les villes devront construire des plans de circulation capables d’absorber des pics de fré- quentation. Stades, fan zones, hôtels, gares, aéroports, centres-villes et lieux culturels devront être reliés par des dispositifs clairs. Mais l’enjeu ne se limite pas aux grands événements. La qualité d’une destination se mesure aussi un mardi ordinaire, quand un touriste tente de rejoindre une plage, une médina ou un restaurant sans perdre une heure dans les embou- teillages. Le Maroc peut attirer plus de visi- teurs. Il devra surtout leur permettre de se déplacer mieux. Le tourisme commence à l’aéroport, mais il se juge dans la ville. La marche doit retrouver une place dans cette réflexion. Beaucoup de villes marocaines disposent de centres anciens, de fronts de mer, de jardins, de places et de quartiers patri- moniaux qui se découvrent mieux à pied. Encore faut-il que les trottoirs soient praticables, les traversées sécu- risées, l’éclairage suffisant et les cir- cuits lisibles. Un parcours piéton bien conçu peut augmenter le temps passé dans un quartier, donc dépenser dans les cafés, commerces, musées et ate- liers. Le numérique peut aider, mais il ne remplace pas l’organisation physique. Plans interactifs, QR codes, applica- tions, paiement sans contact et infor- mations en temps réel sont utiles si le terrain suit. Un touriste peut réser- ver en ligne, mais il aura toujours besoin d’un arrêt visible, d’un véhi- cule ponctuel, d’un tarif clair et d’un agent capable de l’orienter. La moder- nisation de la mobilité touristique doit donc rester très concrète.

A

ujourd’hui, Casablanca en est l’exemple le plus parlant. La métropole a renforcé son réseau avec les lignes T3 et

Guéliz, de l’aéroport et des grands hôtels. Rabat doit articuler ses équipe- ments culturels, son front fluvial, ses gares et ses quartiers patrimoniaux. Tanger doit relier port, gare, médina, corniche et zones hôtelières. Agadir doit connecter plage, ville, Taghazout, aéroport et arrière-pays. Dans chaque cas, le sujet n’est pas seulement le transport public, mais la fluidité glo- bale. Le tourisme ajoute une contrainte particulière : le visiteur ne connaît pas les codes locaux. Il a besoin d’infor- mation claire, de tarifs compréhen- sibles, d’itinéraires simples, de signa- létique multilingue, de solutions de paiement pratiques, de sécurité et de régularité. Une application utile,

T4 du tramway, soit 26,5 km supplé- mentaires, et les lignes de busway. Le réseau en site propre atteint désor- mais environ 73 km. Ce développe- ment répond aux besoins des habi- tants, mais il devient aussi un outil d’accueil pour les visiteurs, notam- ment lors des grands événements. Une ville congestionnée, peu lisible ou mal connectée laisse une impres- sion durable, même lorsque son offre touristique progresse. La mobilité urbaine concerne toutes les destinations. Marrakech doit gérer la pression autour de la médina, de

Les grandes villes marocaines investissent en termes de mobilité urbaine, mais la pression va augmenter avec la hausse attendue des flux touristiques.

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 52

Made with FlippingBook flipbook maker