Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc
Tourisme d’affaires : Casablanca-Settat veut changer d’échelle Casablanca-Settat : Croisières et tourisme maritime, l’autre carte de la métropole Tourisme regional : Rabat accélère sa montée en gamme Entretien avec Mehdi Hameda Benchekroun : Rabat, Pourquoi les géants mondiaux de l’hôtellerie parient désormais sur la capitale Bouregreg : Le nouveau visage touristique de Rabat Marrakech-Sa fi : La locomotive du tourisme marocain accélère avant 2030 Marrakech : La ville ocre à l’épreuve du stress hydrique Béni Mellal-Khénifra : La destination nature que le Maroc attendait Entretien avec Younes Laraqui : Béni Mellal-Khénifra, «Dans un monde où le touriste cherche de plus en plus l’authenticité, la région est un trésor» Entretien avec Imane Echifa : Tourisme de montagne, «À Béni Mellal-Khénifra, nous disposons de quelque chose de rare» Fès-Meknès : Une offre focalisée sur le culturel Entretien avecAhmed Sentissi : Fès-Meknès, «Nous comptons presque 40% des monuments historiques du Maroc» Tanger-Tétouan-Al Hoceima : Le pari réussi d’un tourisme à forte valeur ajoutée Entretien avecYassine Tazi : Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Un modèle touristique en pleine évolution Entretien avec Jamil Ouazzani : Croisières, Le port de Tanger ville comme hub stratégique en Méditérranée Oriental : Entre grands projets structurants et dé fi s persistants Entretien avec Youssef Zaki : Oriental, «Le principal potentiel reste encore insuf fi samment valorisé» Saïdia : La perle bleue de l’Oriental face au dé fi de la saisonnalité Sports nautiques : Premier ambassadeur de Dakhla Entretien avec Omar El Alaoui Balrhiti : Dakhla-Oued Eddahab, De l’exception naturelle au projet territorial Souss-Massa : Agadir-Taghazout découvre de la profondeur Taghazout : Le surf-tourisme entre succès international et pression locale Drâa-Ta fi lalet : Le pari du tourisme d’expérience Drâa-Ta fi lalet : Ksour et kasbahs, le patrimoine du Sud face à l’épreuve touristique Oasis de Drâa-Ta fi lalet : Sauver un patrimoine vital face au stress hydrique Ouarzazate : Le septième art, un moteur du tourisme Guelmim-Oued Noun : Une destination encore discrète, mais singulière Guelmim-Oued Noun : Tourisme caravanier et saharien, l’autre récit du Sud
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CONJONCTURE Politique monétaire : BAM mise sur une croissance de 5,2% en 2026 6
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COOPÉRATION
FINANCES NEWS HEBDO [ HORS-SÉRIE N°51 ]
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Entretien avec Enrique Ojeda Vila : Maroc – Espagne, «Le Maroc n’est pas seulement un marché de premier plan, mais une véritable porte d’entrée vers l’Afrique» Entretien avec Ahmed Nehad Abdel-Latif : Egypte-Maroc, «Nous voulons passer d’une simple relation commerciale à un partenariat économique complet» Feuille de route 2023-2026 : Les recettes d’un succès touristique Entretien avec Fatim-Zahra Ammor : «Le Maroc est désormais reconnu comme une destination crédible, compétitive et attractive» Cap sur 2030 : Des atouts solides, mais des fragilités persistantes Entretien avec Imad Barrakad : Dakhla – Casablanca – Rabat, Le Maroc crée des champions touristiques en dehors de Marrakech Transport aérien : Le Maroc prend de l’altitude Entretien avec Hamid Bentahar : «Nous devons attirer les ‘‘Achraf Hakimi’’ du tourisme mondial» Transport aérien : Comment les compagnies low-cost redessinent la carte touristique du Royaume Entretien avec Lahcen Zelmat : «Le Maroc est prédestiné à intégrer le top 10 mondial du tourisme» Aéroports : Le Maroc prépare le passage au très grand fl ux touristique Autoroutes : La colonne vertébrale touristique sous pression Entretien avec Othmane Ibn Ghazala : Tourisme domestique, «Pour stimuler la demande interne, il faudrait une désynchronisation des vacances scolaires» LGV : Le rail veut redessiner la carte touristique marocaine Mobilité urbaine : Le dernier kilomètre, vrai test du tourisme 2030 Ports de croisière : L’escale marocaine cherche son modèle Entretien avec Said Tahiri : «L’enjeu n’est plus d’attirer plus de tou- ristes, mais de créer plus de valeur» Secteur hôtelier : Pourquoi les grandes chaînes internationales misent sur le Maroc ? Entretien avec Zoubir Bouhoute : Hôtellerie économique, «7% des établissements hôteliers génèrent près de 75% des revenus de l’héber- gement classé» Hôtellerie : Le luxe s’impose, le milieu de gamme sous pression Entretien avec Guy Bertaud : Waldorf Astoria, «Pour le groupe Hilton, le Maroc est bien plus qu’un marché d’entrée, c’est un terri- toire d’avenir» Risma : Locomotive de l’hôtellerie marocaine Entretien avec Ramsay Rankoussan : «Nous souhaitons que le Maroc devienne le marché n°1 pour Radisson en Afrique» Durabilité : Comment concilier boom touristique et préservation des ressources ? Entretien avec Omar Chaabi : Ynna Holding, «Notre ambition est de bâtir un portefeuille hôtelier moderne, performant et adapté aux nou- velles attentes du marché» Digitalisation : La nouvelle frontière de l’attractivité touristique Entretien avec Mahja Nait Barka : CitizOn, «Le smartphone peut devenir un véritable guide culturel de poche» Musées : Les nouveaux ambassadeurs du tourisme culturel marocain Entretien avec Zineb Charaï : Médinas marocaines, Ces musées vivants qui séduisent les voyageurs du XXI ème siècle CitizOn : «Mieux connaître le Maroc, c’est mieux accueillir le monde» Au cœur du Maroc thermal : Des eaux millénaires qui n’attendent que leur heure Gastronomie : L’arme secrète du tourisme national !
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MACF : Les industriels marocains ont-ils vraiment passé le cap ? Entretien avec Badr Ikken : MACF, «Le véritable enjeu pour le Maroc est d’en faire un levier d’investissement, d’innovation et de montée en gamme industrielle»
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150 Casablanca-Settat : La SRM accélère ses investissements pour sécuri- ser l’approvisionnement en eau RESSOURCES HYDRIQUES
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CULTURE
I CC : Le Maroc transforme la culture en levier de puissance écono- mique Entretien avec Sanaa Allam : Unesco, «Investir dans la culture, c’est investir dans l’avenir» Entretien avec Imane Belmkaddem : Industries culturelles, «Aujourd’hui, le dé fi n’est plus le potentiel, mais la structuration de l’écosystème» Entretien avec Bouchra Malek : Production cinématographique, «Les industries créatives jouent un rôle essentiel dans la valorisation du Made in Morocco» ICC et diplomatie culturelle : Le Maroc au cœur des échanges inter- nationaux Entretien avec Nour El Bouchtaoui : Jeunesse et créativité, «Le ciné- ma et la fi ction comptent parmi les meilleurs outils pour faire évoluer les mentalités» Entretien avec Hamza Tahri Hassani : Cinéma, «Je considère souvent l’artiste comme un trait d’union entre son pays et les autres peuples»
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3 HORS-SÉRIE N°51 / FINANCES NEWS HEBDO
E DITORIAL
Tourisme
Du succès à la création de valeur
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e tourisme marocain a chan- gé de statut. En accueillant près de 20 millions de visi- teurs en 2025 et en générant 138 milliards de dirhams de recettes, il est devenu l’un des principaux moteurs de
par chaque touriste. Faire séjourner les visi- teurs plus longtemps, développer les dépenses dans l’artisanat, la restauration, les loisirs, les activités culturelles ou les territoires ruraux rapportera probablement davantage que la seule augmentation du nombre d’arrivées. De plus, ces performances masquent encore plusieurs déséquilibres. Une grande partie des flux continue de se concentrer autour de Marrakech, Agadir, Casablanca et Tanger, alors que de nombreuses régions disposent d’un potentiel largement sous-exploité. La dépen- dance persistante aux marchés européens demeure également une source de vulnéra- bilité face aux aléas économiques ou géopoli- tiques. A cela s’ajoutent des défis plus structurels. Face au déficit en capital humain, former davantage de professionnels et élever les standards de ser- vice seront des conditions indispensables pour accompagner la montée en gamme du secteur. L’autre défi porte sur la durabilité. Le stress hydrique, la préservation des écosystèmes, la maîtrise de l’urbanisation touristique et la protection du patrimoine deviennent progres- sivement des critères de compétitivité pour des voyageurs de plus en plus sensibles à ces questions. Bref, la feuille de route 2023-2026 aura démon- tré qu’une politique publique bien pensée peut changer la trajectoire d’un secteur. Le prochain défi est plus ambitieux encore : faire du tou- risme un puissant levier de développement ter- ritorial, de création de valeur et de prospérité partagée.
l’économie nationale. La question n’est donc plus de savoir si la feuille de route 2023-2026 est un succès. Les chiffres ont déjà tranché. La première réussite de cette stratégie aura été de rompre avec les approches traditionnelles. Pendant des années, le Maroc a vendu des des- tinations. Aujourd’hui, il vend des expériences. Ce changement peut paraître sémantique, mais il est en réalité profondément stratégique. Le voyageur recherche une immersion culturelle, une aventure dans le désert, un séjour gastro- nomique, une randonnée en montagne ou une expérience de bien-être. En structurant son offre autour de ces nouvelles attentes, le Maroc s’est aligné sur les grandes évolutions du tou- risme mondial. Cette mutation explique largement les perfor- mances enregistrées depuis trois ans. La mon- tée en puissance de la connectivité aérienne, les campagnes de promotion plus ciblées, le soutien aux investissements et la diversifica- tion des produits touristiques ont permis au Royaume de devenir la première destination touristique du continent africain. Plus remar- quable encore, ces résultats ont été obtenus avec deux années d’avance sur les objectifs fixés. Mais les records ne constituent jamais une
Fatima OURIAGHLI
fin en soi. Ils créent au contraire de nouvelles exigences. Le Maroc est arrivé à un moment où attirer davantage de visiteurs ne suffit plus. La prochaine bataille se jouera sur la valeur créée
Le Maroc est arrivé à un moment où attirer davantage de visiteurs ne suffit plus.
D ÉPARTEMENT COMMERCIAL Samira LAKBIRI A SSISTANTE DE DIRECTION Amina KHCHAI A DMINISTRATIF Fatiha AÏT ALLAH
J OURNALISTES Charaf JAIDANI Youssef SEDDIK Khalid AOURMI Ibtissam ZERROUK R ÉVISION Mohamed LABDAOUAT D IRECTEUR TECHNIQUE & MAQUETTISTE Abdelillah CHAMSEDDINE
A DRESSE 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca Tél (0522) 98.41.64/66. Fax : (0522) 98.40.22 Site web : www.fnh.ma S.A.R.L. au capital de 5 000 000,00 DH C.N.S.S. 600 50 62 - I.F. 1022303 R.C. 94079 - Patente : 35770001 ICE : 001526693000021
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É DITIONS JMA C ONSEIL Autres publicatins du groupe : Finances News Hebdo, FNH.ma, Laquotidienne et Autonews
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M ISE EN PAGE Zakaria BELADAL
D IRECTEUR DES RÉDACTIONS & DÉVELOPPEMENT David WILLIAM
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C ONJONCTURE
Politique monétaire BAM mise sur une croissance de 5,2% en 2026
La Banque centrale maintient son taux directeur à 2,25%, tout en affichant sa confiance dans la capacité de l’économie marocaine à préserver une inflation maîtrisée et à consolider sa croissance.
Par ailleurs, le principal facteur de fra- gilité demeure le choc énergétique. Avec un prix moyen du Brent attendu à 92,3 dollars le baril cette année contre 68,1 dollars en 2025, la facture énergé- tique du Maroc grimperait de 26% pour atteindre 135 milliards de dirhams. Cette hausse, combinée à l’augmenta- tion des importations de biens d’équi- pement, entraînerait un élargissement du déficit du compte courant à 4% du PIB en 2026, avant une légère améliora- tion en 2027. En contrepartie, plusieurs moteurs des recettes extérieures continueraient de bien se comporter. Les exportations automobiles poursuivraient leur pro- gression pour atteindre 190,8 milliards de dirhams en 2027, tandis que les ventes de phosphate et de ses dérivés bénéficieraient de la fermeté des prix internationaux. Les recettes touristiques conserveraient leur dynamique, pas- sant de 138,6 milliards de dirhams en 2025 à 161,1 milliards en 2027, alors que les transferts des Marocains résidant à l’étranger devraient approcher les 130 milliards de dirhams. Les réserves offi- cielles de change continueraient ainsi de se renforcer pour atteindre 542 mil- liards de dirhams, soit l’équivalent de plus de six mois d’importations de biens et services. Sur le plan budgétaire enfin, Bank Al-Maghrib relève une progression de 8% des recettes ordinaires au cours des cinq premiers mois de l’année, mais aussi une hausse plus rapide des dépenses publiques, notamment sous l’effet des charges de fonctionnement et du coût de la dette. Malgré l’ouverture de 20 milliards de dirhams de crédits supplémentaires par le gouvernement, le déficit budgétaire devrait néanmoins se réduire progressivement pour s’éta- blir à 3,4% du PIB en 2026, puis 3,3% en 2027. Dans ce contexte, la Banque centrale considère que le maintien du taux direc- teur à 2,25% offre le meilleur équilibre entre soutien à l’activité économique et préservation de la stabilité des prix, tout en se réservant la possibilité d’ajuster sa politique monétaire en fonction de l’évolution de la conjoncture.
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en glissement annuel au mois de mai, alimentant une poussée de l’inflation importée. Pour autant, Bank Al-Maghrib ne pré- voit pas de dérapage durable des prix. Après avoir évolué autour de 0,8% au cours des deux dernières années, l’in- flation atteindrait 1,5% en moyenne en 2026, avant de s’établir à 2,1% en 2027. Quant à l’inflation sous-jacente, elle resterait exceptionnellement faible cette année, à 0,2%, avant de remonter à 2,9% l’année suivante avec la dispa- rition des effets favorables observés sur certains produits alimentaires, notam- ment l’huile d’olive, et le renforcement des pressions inflationnistes importées. Les anticipations des opérateurs finan- ciers restent, elles aussi, relativement bien ancrées, à 2,2% sur les horizons de huit et douze trimestres. L’agriculture en locomotive Sur le front de l’activité économique, les perspectives demeurent favorables. Après une progression estimée à 4,9% en 2025, la croissance nationale devrait atteindre 5,2% en 2026, avant de revenir à 3,1% en 2027, sous l’effet d’un retour à une campagne agricole plus proche de la moyenne. Cette performance repose d’abord sur une excellente saison agri- cole, avec une récolte céréalière estimée à 90 millions de quintaux, permettant à la valeur ajoutée du secteur de bon- dir de 16% cette année. En parallèle, les activités non agricoles s’établiraient autour de 4,2% en 2026 et en 2027, après 4,5% en 2025. Les conditions monétaires accompa- gneraient cette reprise. Le crédit ban- caire au secteur non financier accélé- rerait à 6,8% en 2026 contre 4,8% un an auparavant, porté par le regain de l’investissement et de l’activité éco- nomique. Le besoin de liquidité des banques continuerait néanmoins de se creuser, conséquence notamment de la progression de la circulation fiduciaire.
e Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé de mainte- nir son taux directeur à 2,25%, privilégiant le statu quo dans
un contexte international marqué par une montée des risques géopolitiques et un regain des tensions inflationnistes. Si le conflit au Moyen-Orient renchérit les coûts de l’énergie et perturbe les chaînes d’approvisionnement mondiales, la Banque centrale estime que l’inflation au Maroc restera compatible avec son objectif de stabilité des prix, tandis que la croissance économique devrait pour- suivre son redressement. Cette com- binaison d’une inflation maîtrisée et d’une activité en amélioration justifie, selon BAM, le maintien de l’orientation actuelle de la politique monétaire. L’institution monétaire souligne toute- fois que l’environnement économique demeure entouré d’une forte incerti- tude. La récente désescalade entre les Etats-Unis et l’Iran pourrait contribuer à une normalisation progressive du trans- port maritime, mais les effets du conflit continuent de peser sur l’économie mondiale. Au Maroc, ces tensions se traduisent déjà par une augmentation sensible de la facture énergétique et des prix des carburants, en hausse de 27,6%
Le déficit budgétaire
devrait se réduire progressivement pour s’établir à 3,4% du PIB en 2026.
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C OOPÉRATION
Maroc – Espagne
«Le Maroc n’est pas seulement un marché de premier plan, mais une véritable porte d’entrée vers l’Afrique»
Voisins, partenaires et alliés stratégiques, le Maroc et l’Espagne consolident une coopération fondée sur la confiance, la complémentarité économique et des liens humains profonds. Portée par une vision commune de l’avenir, cette relation ouvre de nouvelles perspectives dans des domaines stratégiques, notamment l’investissement, l’industrie, la transition énergétique, la culture et la Coupe du monde 2030. Entretien avec Son Excellence l’ambassadeur d’Espagne au Maroc, Enrique Ojeda Vila.
sation de la Coupe du monde de la FIFA 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal constitue une illustration remarquable de cette vision partagée de l’avenir. Cet événement représente non seulement un symbole de confiance et de coopération entre nos nations, mais également une opportunité unique de renforcer davantage notre parte- nariat stratégique dans les domaines économique, institutionnel, culturel et humain au service de la prospérité commune de nos deux pays. Cela dit, l’Espagne et le Maroc doivent continuer à œuvrer ensemble afin de garantir un climat des affaires stable, prévisible et favorable aux investisse- ments. Notre objectif commun est de faire en sorte que ce partenariat straté- gique soit mutuellement bénéfique et contribue davantage à l’implantation et au développement des entreprises de part et d’autre de la Méditerranée. À cet égard, la sécurité juridique constitue un élément essentiel pour renforcer la confiance des opérateurs économiques et favoriser l’attraction des investisse- ments directs étrangers, qui sont un moteur de croissance, d’innovation et de création d’emplois pour nos deux pays. F. N. H. : Dans un contexte international marqué par de profondes mutations économiques et géopoli- tiques, quels secteurs vous paraissent aujourd’hui les plus prometteurs pour renforcer davantage les investissements et les échanges bilatéraux ? E. O. V. : Effectivement, la fragmentation du marché mondialisé et les crises répétées des chaînes d’approvisionne- ment poussent nos économies vers le nearshoring et le friendshoring, ce qui contribue positivement au renforce- ment de notre relation économique.
profonds et durablement enracinés. Pour l’Espagne, le Maroc est un voisin prioritaire, un partenaire stratégique et un acteur essentiel de son environne- ment régional. Sur le plan politique, ces relations sont portées par les liens d’amitié et d’estime mutuelle unissant Sa Majesté le Roi Felipe VI et Sa Majesté le Roi Mohammed VI, ainsi que par l’ex- cellente coopération entre les deux gou- vernements, récemment renforcée lors de la dernière réunion de haut niveau tenue à Madrid en décembre 2025. Sur le plan économique, les échanges commerciaux, qui ont dépassé les 22 milliards d’euros en 2025, témoignent de la profondeur de notre partenariat et de la complémentarité de nos éco- nomies. Cette coopération s’étend à des secteurs stratégiques pour le déve- loppement du Maroc, tels que l’agro- industrie, l’automobile, le textile, l’aéro- nautique, les industries minières ainsi que les différentes sources d’énergie, qu’elles soient conventionnelles ou renouvelables. Au-delà des relations institutionnelles et économiques, les liens humains entre nos deux pays s’inscrivent dans une histoire commune pluriséculaire. Les importants flux de mobilité et les échanges culturels constituent un capi- tal humain exceptionnel et un facteur de rapprochement durable entre nos peuples. Dans cette perspective, la co-organi-
Finances News Hebdo : Les relations entre le Maroc et l’Espagne connaissent, depuis plusieurs années, une dynamique particulièrement soutenue sur les plans politique, économique et humain. Quels sont les principaux leviers qui permettent aujourd’hui de consolider ce partenariat stratégique entre les deux Royaumes ? Enrique Ojeda Vila : Effectivement, les relations entre l’Espagne et le Maroc reposent sur des fondements solides,
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F. N. H. : Le Maroc et l’Espagne ont renforcé ces dernières années leur coopération dans les domaines de l’innovation et de la transformation numérique. Quelles nouvelles perspectives voyez- vous émerger dans des secteurs stratégiques tels que l’IA, les startups et les technologies de demain ? E. O. V. : Dans ce domaine, le Royaume est aujourd’hui en mesure de proposer des solutions technologiques à forte valeur, portées par la qualité de ses talents, la montée en compétence de son capital humain et le dynamisme de son écosys- tème numérique. Nous observons ainsi une collaboration croissante entre les entreprises espa- gnoles et marocaines de conseil, les startups innovantes, les intégrateurs de systèmes, les opérateurs de centres de données ainsi que les acteurs de la recherche et de l’innovation, afin de développer des solutions compétitives répondant aux besoins des entreprises et des administrations. Cette évolution permet au Maroc de se positionner comme un acteur de réfé- rence dans la transformation numé- rique, en offrant des services à haute valeur ajoutée dans des domaines tels que le cloud, la cybersécurité, la ges- tion des données, l’intelligence artifi- cielle et les technologies émergentes. Nous sommes convaincus qu’une coo- pération durable entre les entreprises espagnoles et marocaines contribuera à accélérer cette dynamique, à ren- forcer les capacités d’innovation des deux pays et à accompagner l’émer- gence d’un écosystème technologique
tenaire privilégié et une plateforme stra- tégique pour le développement de leurs activités en Afrique, en particulier en Afrique de l’Ouest. La forte présence des entreprises marocaines dans cette région, notamment dans les secteurs de l’industrie, des infrastructures, des services financiers, des télécommunica- tions et de la logistique, offre aux socié- tés espagnoles implantées au Maroc un accès privilégié à des marchés à fort potentiel. Cette complémentarité constitue un atout majeur dans la stratégie africaine de nos entreprises. Le Maroc, grâce à sa stabilité, à son réseau d’accords de libre-échange et à l’expertise acquise par ses groupes nationaux sur la région, représente un point d’ancrage naturel pour les entreprises espagnoles souhai- tant accompagner la croissance éco- nomique africaine et développer des partenariats durables dans l’ensemble de la région. Dans cette perspective, le Maroc n’est pas seulement un marché de premier plan, mais également une véritable porte d’entrée vers l’Afrique, permet- tant de construire ensemble des chaînes de valeur régionales, de favoriser les investissements croisés et de contribuer au développement économique et à la prospérité partagée du continent.
La coorganisation de la Coupe du monde de la FIFA 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal constitue une illustration
Nous croyons également profondé- ment en la complémentarité de nos deux économies et au développement d’une valeur ajoutée créée de part et d’autre de la Méditerranée, dont béné- ficient déjà les entreprises espagnoles et marocaines. Mais la transformation industrielle que connaît actuellement l’économie maro- caine offre aux entreprises espagnoles d’excellentes et nouvelles opportu- nités de coopération, de transmission de savoir-faire et d’équipements, ainsi que d’intégration des chaînes de valeur à travers la complémentarité de leurs tissus industriels. Cette coopération peut s’étendre à l’ensemble des sec- teurs économiques, mais notamment dans des domaines tels que le tourisme, les infrastructures, l’industrie, les tech- nologies, l’énergie, la gestion de l’eau, la mobilité et les services. L’expertise espagnole constitue un levier important pour accompagner le développement économique marocain vers la moderni- sation et la montée en gamme, dans une logique de partenariat mutuellement bénéfique et de prospérité partagée. F. N. H. : Plusieurs entreprises espagnoles consi- dèrent désormais le Maroc comme une plateforme stratégique vers l’Afrique. Comment percevez- vous le rôle du Royaume dans les chaînes de valeur régionales et continentales, notamment dans des secteurs comme l’industrie, les infrastructures, les énergies renouvelables ou encore l’économie numérique ? E. O. V. : Tout à fait. Le Maroc demeure pour les entreprises espagnoles un par-
remarquable de cette vision partagée de l’avenir.
La fragmentation du marché mondialisé et les crises répétées des chaînes d’approvisionnement poussent nos économies vers le nearshoring et le friendshoring.
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toujours plus performant, compétitif et créateur de valeur.
F. N. H. : Comment le Maroc et l’Espagne peuvent-ils approfondir leur coopération dans les domaines des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert ? E. O. V. : L’offre Maroc constitue une ini- tiative visant à promouvoir le déve- loppement d’une filière intégrée de production d’hydrogène vert et de ses dérivés. Parmi les projets sélectionnés par le gouvernement marocain dans ce cadre, figurent deux projets associant des entreprises espagnoles. Il s’agit de groupes industriels avec une longue trajectoire énergétique et une expertise de pointe, qui développent des projets similaires en Espagne. Nous espérons que leur savoir-faire va leur permettre de faire avancer leurs projets au Maroc d’une manière rapide, agile et économi- quement viables. D’autre part, les sociétés espagnoles jouent également un rôle majeur dans les secteurs des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, contri- buant ainsi au développement des capacités de production nécessaires à la compétitivité énergétique. Cette coo- pération s’inscrit dans la perspective de l’intégration progressive des régle- mentations européennes relatives à la décarbonation des transports et à l’uti- lisation des carburants renouvelables dans les secteurs aérien et maritime. F. N. H. : Le Maroc et l’Espagne partagent une his- toire, un patrimoine et des influences culturelles profondément imbriqués. Dans quelle mesure cette mémoire commune peut-elle aujourd’hui constituer un levier de rapprochement durable entre les deux sociétés ? E. O. V. : L’influence réciproque entre le Maroc et l’Espagne, en matière d’his- toire, de culture et de patrimoine, est sans doute l’une des plus singulières au monde. De la préhistoire à nos jours, aucun des deux pays ne peut se comprendre pleinement sans l’apport de l’autre. L’héritage d’al-Andalus en constitue l’exemple le plus éloquent. Huit siècles d’échanges qui ont façonné nos langues, notre architecture, notre musique et nos arts décoratifs. Cet héri- tage demeure vivant dans des villes comme Tétouan, Chefchaouen, Fès ou Rabat-Salé, profondément marquées par l’installation des familles anda- louses, et il continue de résonner dans
F. N. H. : Les industries culturelles et créatives occupent une place de plus en plus importante dans les économies modernes. Comment l’Espagne mais également l’Union européenne accom- pagnent-elles le Maroc dans le développement de ces secteurs ? E. O. V. : Les industries culturelles et créa- tives (ICC) représentent aujourd’hui un secteur économique à part entière, créateur d’emplois qualifiés et de valeur ajoutée. L’Espagne et l’Union euro- péenne accompagnent leur dévelop- pement au Maroc à travers un éventail de programmes structurants, à savoir Europe Créative, Horizon Europe et, bien entendu, Erasmus+. Le Maroc figure parmi les principaux pays par- tenaires d’Erasmus+ dans le voisinage sud de la Méditerranée, avec des mil- liers de mobilité d’étudiants, d’ensei- gnants et de professionnels, ainsi que de nombreux projets de renforcement des capacités des universités. Ces initiatives favorisent les échanges, la formation des jeunes et des profes- sionnels, le partage de bonnes pratiques et la structuration de filières encore émergentes. Elles renforcent les com- pétences, l’innovation et l’attractivité du secteur culturel marocain, en lien étroit avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication. Je tiens à souligner le rôle décisif des institutions marocaines avec lesquelles nous travaillons, comme la Fondation Hiba, qui accompagne les entreprises culturelles et créatives marocaines et leur ouvre des espaces de projection internationale. L’enjeu pour les années à venir est de consolider une véritable chaîne de valeur créative, à savoir la profession- nalisation des acteurs, accès au finan- cement, protection de la propriété intellectuelle et projection des talents
la musique arabo-andalouse, la nawba et l’al-Ala, comme dans l’art partagé du zellige et de l’azulejo. C’est précisément pour cette raison que le patrimoine partagé constitue le socle de notre relation, même si nos sociétés ne mesurent pas toujours l’ampleur de ce lien. L’Espagne déploie au Maroc son plus vaste dispositif culturel au monde. L’Institut Cervantes y dispose de son plus grand réseau à l’échelle planétaire, avec six centres à Rabat, Casablanca, Tanger, Tétouan, Fès, Marrakech et plusieurs antennes. À cela s’ajoutent l’action de la Coopération espagnole et des instruments binationaux, tels que la Fondation des Trois Cultures de la Méditerranée. Tout au long de l’année, et dans différentes villes du Royaume, cette action se traduit par des exposi- tions, des festivals et des conférences qui mettent en valeur cette mémoire commune. La désignation de Tétouan comme capitale méditerranéenne de la culture et du dialogue pour 2026 offre, à cet égard, une occasion privilégiée. Ce patrimoine n’est pas seulement un héritage à préserver, il est un levier d’avenir. En faisant connaître aux nou- velles générations la profondeur de ce passé commun, nous transformons une mémoire partagée en projet partagé. La diplomatie culturelle vient ainsi com- pléter et consolider notre partenariat stratégique, en rapprochant durable- ment nos deux sociétés autour de ce qui les unit depuis des siècles.
Avec plus de 22 milliards d’euros d’échanges commerciaux en 2025, le Maroc
et l’Espagne confirment
la solidité de leur partenariat et la complémentarité de leurs économies.
La transformation industrielle que connaît actuellement l’économie marocaine offre aux entreprises espagnoles de nouvelles et importantes opportunités de coopération.
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marocains vers les marchés méditerra- néen et africain. C’est dans cette logique de partenariat mutuellement bénéfique que l’Espagne et l’Union européenne entendent poursuivre leur accompa- gnement. F. N. H. : L’Espagne a récemment réaffirmé son engagement en faveur d’une politique étrangère féministe, plaçant l’égalité femmes-hommes au cœur de son action diplomatique. Comment cette approche se traduit-elle concrètement dans la coopération entre l’Espagne et le Maroc ? E. O. V. : Comme vous le soulignez, la défense de l’égalité entre les femmes et les hommes constitue l’un des axes stratégiques de la politique étrangère espagnole, à la fois comme ligne de travail spécifique et comme dimension transversale à l’ensemble de nos poli- tiques. En 2021, l’Espagne s’est dotée d’une politique étrangère féministe, formalisée par le guide de la politique étrangère féministe, faisant de l’égalité de genre un élément distinctif de son action extérieure, en cohérence avec l’Objectif de développement durable n° 5. L’Espagne a ainsi été l’un des pre- miers pays à institutionnaliser cette approche et a notamment coprésidé, en 2024, le groupe international des États engagés dans une politique étrangère féministe. Cette approche se traduit très concrè- tement dans notre coopération avec le Maroc. Dans notre programmation culturelle, nous privilégions les activités dont les femmes sont les protagonistes, ainsi que celles qui contribuent à pro- jeter une image plus égalitaire des rela- tions entre les femmes et les hommes. Les journées internationales consacrées à l’égalité, la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars, la Journée internationale des femmes et des filles de science le 11 février ou la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes le 25 novembre, sont clairement inscrites dans notre calendrier, avec des activités spécifiques. Dans le domaine éducatif, le réseau des établissements espagnols au Maroc place également l’égalité de genre et l’Agenda 2030 au cœur de ses projets pédagogiques. Cette priorité irrigue l’ensemble de notre coopération, à savoir soutien à l’autonomisation économique des femmes, à l’entrepreneuriat féminin, à la formation et à l’accès des jeunes filles
ducteurs espagnols et marocains. Dans la musique, le design, le gaming et les métiers du numérique, une nouvelle génération de partenariats créatifs est en train d’émerger. En tant qu’ambassade, nous nous employons à promouvoir des espaces de rencontre favorisant la communication entre les deux rives et à mettre en relation les institutions cultu- relles et créatives espagnoles et maro- caines. Des manifestations comme le festival EsMar à Madrid, soutenu par la Fondation des Trois Cultures, illustrent ce rôle de pont créatif entre l’Espagne et le Maroc. Je suis convaincu que cette nouvelle génération de créateurs, à l’aise avec les outils numériques et les langages contemporains, sera capable de ren- forcer le rayonnement culturel de nos deux pays à l’échelle méditerranéenne comme africaine. La consolidation de réseaux de cocréation et de résidences artistiques fera de l’économie créative l’un des vecteurs les plus prometteurs de notre influence réciproque. F. N. H. : Quelles initiatives pourraient être encou- ragées afin de renforcer davantage les échanges universitaires, scientifiques et professionnels entre les jeunes marocains et espagnols ? E. O. V. : La jeunesse et la formation comptent parmi les axes majeurs de l’action extérieure espagnole au Maroc. Il faut savoir que de la Consejería de Educación (service de l’éducation) à Rabat dépendent 11 établissements scolaires espagnols, constituant ainsi
L’influence réciproque entre le Maroc et l’Espagne en matière d’histoire, de culture et de patrimoine est sans doute l’une des plus singulières au monde.
aux filières scientifiques et techniques. L’objectif est que les femmes soient pleinement actrices, et non simples bénéficiaires, du rapprochement entre nos deux pays. F. N. H. : Le cinéma, l’audiovisuel, le design, la musique, le gaming ou encore les métiers du digital offrent aujourd’hui de nouvelles perspectives de coopération. Voyez-vous émerger une nouvelle génération de partenariats créatifs capables de renforcer le rayonnement culturel des deux pays à l’échelle méditerranéenne et africaine ? E. O. V. : Tout à fait. Les domaines que vous évoquez offrent des opportuni- tés extraordinaires de coopération, et de nombreuses initiatives de travail conjoint existent déjà entre artistes et créateurs des deux rives. Le cinéma et l’audiovisuel illustrent parfaitement cette dynamique. Ainsi, le Festival du cinéma méditerranéen de Tétouan, créé en 1985 dans l’ancienne capitale du Protectorat et accueilli notamment au Teatro Español, demeure un point de rencontre privilégié des cinémato- graphies de nos deux pays. Le Maroc s’est en outre imposé comme une desti- nation de tournage de référence, autour des studios de Ouarzazate notamment, ce qui multiplie les coproductions et la collaboration entre techniciens et pro-
Karim Zidane (D), ministre délégué chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, a reçu, le 26 février 2025, Enrique Ojeda Vila, ambassadeur d’Espagne au Maroc, à l’occasion d’une rencontre consacrée au renforcement des relations maroco- espagnoles.
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C OOPÉRATION
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Pour aller plus loin, plusieurs initia- tives mériteraient d’être encouragées, à savoir le développement de diplômes conjoints et de doubles diplômes, le renforcement des partenariats de recherche scientifique, la multipli- cation des stages professionnels et la coopération en matière de formation professionnelle duale. Investir dans la mobilité des jeunes, c’est investir à long terme dans le capital humain partagé qui constitue le ciment le plus solide de notre relation. FNH : Grand passionné de football, comment per- cevez-vous la portée symbolique et stratégique de l’organisation conjointe de la Coupe du monde 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal ? Et quelles retombées économiques, culturelles et humaines cette coopération pourrait-elle générer pour les nouvelles générations ? E. O. V. : La co-organisation de la Coupe du monde 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal revêt une portée à la fois symbolique et stratégique considérable. Pour la première fois, un Mondial réu- nira deux continents et les deux rives de la Méditerranée, faisant de cet événe- ment un puissant symbole de confiance,
de coopération et de vision partagée de l’avenir. Au-delà du sport, il agira comme un véritable accélérateur de notre partenariat dans ses dimensions économique, institutionnelle, culturelle et humaine, avec des retombées atten- dues en matière d’infrastructures, de tourisme et d’emploi. Dans le domaine culturel, la Coupe du monde 2030 est une occasion unique de mettre en exergue le patrimoine partagé par nos trois pays à travers des projets de nature variée. Nous avons d’ailleurs déjà commencé à travailler dans ce sens. En effet, durant le mois d’avril, nous avons organisé avec nos collègues portugais et la Fondation Al Mada, à la Villa des arts de Rabat, une manifes- tation consacrée à l’art du zellige et de l’azulejo, emblème de ce savoir-faire commun aux trois rives. À mesure que l’échéance de 2030 approchera, il fau- dra concevoir des projets plus ambi- tieux encore, sur lesquels nous réflé- chissons dès à présent. Les retombées pour les nouvelles générations seront, j’en suis convain- cu, durables. Volontariat des jeunes, échanges éducatifs et culturels et copro- ductions créatives sont autant d’occa- sions de tisser des liens nouveaux entre nos sociétés. Le Mondial 2030 laisse- ra un héritage de coopération et de connaissance mutuelle qui bénéficiera longtemps à la jeunesse de nos trois pays.
L’Institut Cervantes au Maroc dispose de son plus grand réseau à l’échelle internationale, avec six centres.
le plus grand réseau éducatif espagnol à l’étranger, accueillant près de 5.000 élèves, dont environ 85% de nationalité marocaine et quelque 400 enseignants. C’est également au Maroc, à Tétouan, que se trouve le seul centre de formation professionnelle espagnol à l’étranger, l’Institut Juan de la Cierva, qui propose désormais des cycles supérieurs en automatisation et robotique industrielle. La construction du nouveau Collège espagnol de Rabat et l’accord conclu pour la création de sections espagnoles dans des établissements secondaires marocains, ouvrant la voie à une double certification, viennent encore renforcer cette présence. Dans l’enseignement supérieur, le nombre d’étudiants marocains inscrits dans les universités espagnoles s’est multiplié au cours des dernières années. La proximité géographique et culturelle, ainsi qu’une offre très variée et de grande qualité, expliquent ce choix croissant. La Foire des universités espagnoles, organisée chaque année au Maroc, en témoigne par son succès, de même que le réseau de l’Institut Cervantes, le plus important au monde. Les consulats espagnols accomplissent par ailleurs un effort considérable pour prioriser les visas d’études et faciliter l’arrivée des étudiants dans nos universités, tandis que le programme Erasmus+ démulti- plie les possibilités de mobilité.
La transformation industrielle que connaît actuellement l’économie marocaine offre aux entreprises espagnoles de nouvelles et importantes opportunités de coopération.
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Egypte-Maroc
«Nous voulons passer d’une simple relation commerciale à un partenariat économique complet» Le Maroc et l’Égypte entendent franchir une nouvelle étape dans leur coopération économique en misant sur les investissements, les partenariats industriels et l’innovation.
signés durant cette réunion de haut niveau qui incluent des accords dans des secteurs économiques importants, notamment l’accord visant à éviter la double imposition dans la taxation, un protocole de coopération industrielle et un accord de coopération douanière. La réunion et les accords conclus reflètent une vision commune des deux pays visant à passer d’une simple rela- tion commerciale à un partenariat éco- nomique complet basé sur les complé- mentarités entre les deux économies, leurs atouts respectifs et les réalisations accomplies dans deux nombreux sec- teurs. Ce partenariat complet doit œuvrer non seulement à l’augmentation des échanges commerciaux, mais aussi des flux d’investissements et la conclu- sion de partenariats industriels straté- giques, sur la base du principe gagnant- gagnant. À l’échelle régionale, le potentiel de ce partenariat est très prometteur. Ainsi, l’Égypte constitue une porte d’entrée vers les marchés de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique centrale ainsi que vers le bloc COMESA, tandis que le Maroc est fortement présent en Afrique de l’Ouest. Ensemble, les deux pays représentent deux des principales puissances com- merciales du continent, et leur partena- riat peut devenir un véritable moteur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). F. N. H. : Malgré des économies complémentaires et des positions géographiques stratégiques, les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Égypte restent en deçà de leur potentiel. Quelles mesures concrètes pourraient permettre d’accélérer les flux commerciaux, les investissements bilatéraux et les partenariats industriels entre les deux pays ? A. N. A. : Vous avez raison de souligner que les chiffres actuels, bien qu’encou-
L’objectif est de bâtir une relation plus intégrée, fondée sur les atouts complémentaires des deux pays et une vision commune du développement du continent africain. Entretien avec Son Excellence Ahmed Nehad Abdel-Latif, ambassadeur d’Égypte au Maroc.
forgée dans la lutte pour les indépen- dances. Les efforts déployés aujourd’hui pour renforcer les relations entre les deux pays reposent donc sur une base solide. Ils partent aussi du constat que dans les bouleversements que connait le monde actuel, les partenariats sont une nécessi- té impérative, surtout entre pays qui ont nombre de positionnements similaires et des priorités communes, comme c’est le cas de l’Égypte et du Maroc. Tous les deux œuvrent inlassablement, au niveau international et régional, pour le renforcement de la paix et de la stabi- lité, de la coopération internationale, du développement ainsi que pour la lutte contre le terrorisme. De par leur position géographique et leur histoire, l’Égypte et le Maroc sont des pays à la croisée des continents, et au carrefour des cultures. Le dialogue et l’ouverture sont des traits marquants de leur engagement interna- tional. C’est sur la base de ce constat et des liens fraternels entre les deux pays, que se manifeste une volonté politique au plus haut niveau portée par le Président Abdel Fattah El Sissi et Sa Majesté le Roi Mohammed VI d’approfondir le parte- nariat entre l’Egypte et le Maroc dans tous les domaines. L’illustration la plus évidente en a été la première session du Comité de coor- dination et de suivi, tenue au Caire le 6 avril dernier et qui a été co-présidée par les Premiers ministres des deux pays. Treize accords de coopération ont été
Finances News Hebdo : Comment évaluez-vous aujourd’hui le potentiel stratégique du partenariat maroco-égyptien sur les plans économique, diplo- matique et régional ? Ahmed Nehad Abdel-Latif : La relation entre l’Égypte et le Maroc est enracinée dans des siècles d’histoire commune où les échanges spirituels, culturels et humains jouent un rôle de premier plan. Elle a été marquée également par une solidarité
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