T OURISME
Hôtellerie économique
«7% des établissements hôteliers génèrent près de 75% des revenus
de l’hébergement classé» Jamais le tourisme marocain n’a semblé aussi florissant. Pourtant, à quelques rues des nouveaux palaces de Rabat et des riads de luxe de Marrakech, des centaines de petits hôtels indépendants luttent pour leur survie. Inflation, rénovations impossibles à financer, invisibilité numérique, les fractures sont lourdes et visibles. Entretien avec Zoubir Bouhoute, expert en tourisme.
de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) soutiennent cette dynamique, renforcée par le rayonnement du Royaume après la performance des Lions de l’Atlas lors de la Coupe du monde 2022. Cette trajectoire positive devrait se consolider avec l’organisation de la Coupe du monde 2030, entraînant une hausse des arrivées touristiques, des recettes en devises et des taux d’occupation dans plusieurs destina- tions, confirmant ainsi la vitalité globale du secteur. Cependant, malgré ce contexte favorable et ces performances globales, une part importante des petits hôtels indépendants, notamment ceux classés 1, 2 et 3 étoiles, continue de rencontrer des difficultés structurelles persistantes. Faible rentabi- lité, pression sur les coûts d’exploitation, difficultés de modernisation et concur- rence des nouvelles formes d’héberge- ment accentuent les écarts avec les éta- blissements les mieux positionnés. Cette situation met en évidence une croissance touristique à plusieurs vitesses, large- ment portée par une minorité d’acteurs capables de s’adapter, d’investir et de cap- ter la clientèle internationale à fort pouvoir d’achat. Au premier trimestre 2026, le segment du luxe et du haut de gamme a affiché des performances solides avec un taux d’occu- pation de 50% (+8%), une recette moyenne par chambre louée de 2.365 dirhams (+8%) et un RevPAR (Revenu par chambre dis- ponible) de 1.189 dirhams (+17%). Cela illustre la capacité de ces établissements à améliorer simultanément leurs niveaux de prix et leur rentabilité, notamment à Marrakech où la recette moyenne atteint 2.848 dirhams par chambre, tandis qu’à Rabat la progression des tarifs s’est tra- duite par une hausse notable du RevPAR de 46%. Dans le même temps, le milieu
Finances News Hebdo : Comment décririez-vous la situation actuelle des petits hôtels au Maroc? Sommes-nous face à une crise structurelle ou conjoncturelle ? Zoubir Bouhoute : Le secteur de l’hébergement touristique classé au Maroc se distingue par une forte concentration de sa capacité d’accueil au profit des segments milieu et haut de gamme. En 2021, le pays comp- tait 4.368 établissements classés totalisant 129.758 chambres, dont seulement 7% (soit 318 unités) relevaient des catégo- ries luxe, 5 étoiles et 4 étoiles. Pourtant, ces segments concentraient à eux seuls
46.771 chambres, soit 36% de l’offre natio- nale. Ces chiffres révèlent une polarisation marquée en faveur des établissements les mieux positionnés. Cette tendance s’est progressivement renforcée ces dernières années, portée par la dynamique d’inves- tissement, la montée en gamme du parc hôtelier et la capacité accrue des opéra- teurs structurés à capter les opportunités de croissance du marché. Dans le prolongement de cette structu- ration de l’offre, les performances écono- miques confirment également la domi- nation des segments milieu et haut de gamme. Les hôtels de luxe, 5 étoiles et 4 étoiles, affichent des niveaux de rentabilité nettement supérieurs à la moyenne natio- nale, avec environ 50% de taux d’occupa- tion et un revenu moyen de 2.365 dirhams pour les catégories luxe et 5 étoiles, contre 61% d’occupation et 894 dirhams pour les 4 étoiles à fin mars 2026. Malgré l’impact d’une période marquée par la basse saison et le Ramadan, ces indicateurs sont appelés à progresser avec l’arrivée de la haute saison, pouvant gagner plus de 10 points d’occupation. Cela confirme ainsi une concentration des performances : les segments milieu et haut de gamme (7%) génèrent à eux seuls envi- ron 14,29 milliards de dirhams, soit près de 75% des revenus de l’hébergement classé. Dans un cadre plus large, le secteur tou- ristique marocain évolue dans un envi- ronnement international particulièrement porteur. La reprise des voyages à l’échelle mondiale, l’amélioration de la connecti- vité aérienne et les actions de promotion
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