Hors Se<0301>rie 51 Final

l’enjeu le plus important pour le Maroc. L’erreur serait de considérer l’hydrogène vert uniquement comme une opportu- nité d’exportation. Sa première vocation doit être de renforcer la compétitivité, la résilience et la capacité de transformation industrielle du Royaume. Pendant plusieurs décennies, l’industrie mondiale s’est développée autour d’un accès privilégié aux énergies fossiles. Aujourd’hui, nous assistons à un bascule- ment progressif vers un nouveau modèle où l’accès à une énergie renouvelable abondante, compétitive et décarbonée devient un facteur déterminant de com- pétitivité. Pour un pays comme le Maroc, fortement dépendant des importations énergétiques mais disposant d’un poten- tiel renouvelable exceptionnel, cette transformation représente une opportu- nité historique. Au-delà des exportations, l’hydrogène vert peut devenir un puissant levier de transformation de l’appareil productif national. L’enjeu n’est pas uniquement de produire des molécules vertes, mais de créer autour de celles-ci de nouvelles chaînes de valeur industrielles capables de renforcer durablement la compétiti- vité du tissu économique marocain. Dans les prochaines décennies, les entre- prises chercheront de plus en plus à loca- liser leurs investissements dans des pays capables d’offrir une énergie décarbonée compétitive, des intrants bas carbone et un environnement industriel stable. Cette évolution pourrait bénéficier à de nom- breux secteurs industriels, notamment la chimie verte, les matériaux avancés, les batteries, les matériaux stratégiques, cer- taines industries électro-intensives, ainsi que les futurs centres de données verts dont la compétitivité dépendra fortement de l’accès à une énergie renouvelable abondante et compétitive. L’hydrogène vert, combiné à une électri- cité renouvelable compétitive, peut ainsi devenir un puissant facteur d’attractivité industrielle et contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération d’industries à forte valeur ajoutée. L’enjeu dépasse donc largement la seule transition éner- gétique : il s’agit d’une véritable straté- gie de réindustrialisation, de montée en gamme industrielle et de création de valeur locale. L’hydrogène vert peut ainsi contribuer à faire du Maroc non seule- ment un producteur d’énergie propre, mais également une plateforme indus- trielle compétitive pour les industries de demain.

tif dépasser 420 dollars par tonne une fois la composante carbone prise en compte, avant même d’intégrer les exigences croissantes de décarbonation des chaînes d’approvisionnement. À mesure que le MACF remplacera progressivement les allocations gratuites accordées aux pro- ducteurs européens jusqu’en 2034, cette composante carbone deviendra de plus en plus déterminante dans la compétiti- vité relative des différentes filières. C’est précisément cette convergence entre la baisse du coût de l’ammoniac vert et la hausse progressive du coût du carbone qui explique pourquoi de nombreuses analyses considèrent que l’ammoniac vert pourrait atteindre la compétitivité économique dans les régions bénéficiant des meilleures ressources renouvelables à l’horizon 2030. Le méthanol vert suivra probablement une trajectoire plus tardive, car il néces- site non seulement de l’hydrogène vert, mais également une source durable et compétitive de CO2. Les carburants syn- thétiques pour l’aviation présentent un niveau de complexité encore supérieur et devraient atteindre leur maturité écono- mique plus progressivement. Le transport maritime pourrait constituer l’un des pre- miers débouchés importants du métha- nol vert, plusieurs armateurs internatio- naux ayant déjà engagé leur transition vers ce type de carburant. La hiérarchie des opportunités apparaît

donc relativement claire : • Ammoniac vert : premier marché indus- triel et première molécule susceptible d’atteindre une compétitivité à grande échelle; • Acier vert : deuxième grand marché de l’hydrogène à moyen terme; • Méthanol vert : développement progres- sif après 2030; • Carburants synthétiques : montée en puissance principalement après 2035. Pour le Maroc, l’objectif n’est d’ailleurs pas uniquement de produire un ammo- niac vert compétitif. L’objectif est sur- tout de produire les engrais bas carbone les plus compétitifs au monde. Grâce à la combinaison unique entre ressources phosphatières, potentiel renouvelable exceptionnel, proximité du marché euro- péen et savoir-faire industriel accumulé depuis plusieurs décennies, le Royaume bénéficie d’un avantage que très peu de pays peuvent reproduire. F. N. H. : L’hydrogène vert peut-il accélérer la décar- bonation de l’industrie marocaine elle-même avant de servir les marchés européens ? B. I. : Absolument, et c’est probablement

Les carburants synthétiques pour l’aviation présentent un niveau

de complexité encore supérieur et devraient atteindre leur maturité économique plus progressivement.

149 HORS-SÉRIE N°51 / FINANCES NEWS HEBDO

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