Hors Se<0301>rie 51 Final

D ÉVELOPPEMENT DURABLE

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nies, les futures infrastructures de transport d’hydrogène pourraient devenir l’un des piliers de la décarbonation industrielle du continent. Dans cette perspective, le Maroc a vocation à jouer un rôle de partenaire stratégique de long terme dans la sécurité énergétique et industrielle de l’Europe. Notre ambition ne doit donc pas être celle d’un fournisseur de niche. Le Royaume peut légitimement ambitionner de figu- rer parmi les principaux fournisseurs de molécules vertes et d’engrais bas carbone du marché européen à l’horizon 2040. Plusieurs études internationales le posi- tionnent déjà parmi les pays les plus com- pétitifs et les mieux placés pour contribuer à l’approvisionnement futur de l’Europe en molécules décarbonées. Le cadre régle- mentaire a connu des avancées significa- tives au cours des dernières années avec l’Offre Maroc, la mobilisation du foncier, la mise en place d’un guichet unique et les mécanismes de soutien à l’investissement. Il conviendra toutefois de poursuivre les réformes afin d’accélérer les procédures, de renforcer la visibilité des investisseurs, de consolider les mécanismes de certi- fication et de sécuriser les conditions de compétitivité à long terme. Car dans cette compétition mondiale, les ressources natu- relles sont indispensables, mais la rapidité d’exécution fera souvent la différence. L’enjeu n’est d’ailleurs pas uniquement de créer une nouvelle relation commer- ciale entre le Maroc et l’Europe, mais de construire un véritable partenariat éner- gétique et industriel de long terme fondé sur la complémentarité des ressources, des marchés et des ambitions climatiques. F. N. H. : Le coût de production de l’hydrogène vert au Maroc peut-il devenir compétitif d’ici 2030 ? B. I. : La question n’est plus de savoir si le Maroc pourra produire de l’hydrogène vert de manière compétitive, mais plutôt quelles molécules vertes atteindront la compétitivité en premier et à quel hori- zon. Toutes les molécules issues de l’hydro- gène vert ne suivent pas la même tra- jectoire économique. L’ammoniac vert apparaît aujourd’hui comme la pre- mière grande opportunité industrielle du Maroc. Contrairement au méthanol vert ou aux carburants synthétiques, l’ammo- niac ne nécessite pas d’apport de carbone. Il bénéficie également d’une chaîne de valeur déjà existante dans le pays grâce à la filière phosphate-engrais, ce qui réduit considérablement les risques industriels, commerciaux et logistiques.

F. N. H. : Le Maroc peut-il espérer devenir un fournis- seur stratégique de l’Europe ou restera-t-il un acteur de niche ? B. I. : Le Maroc dispose aujourd’hui de tous les éléments nécessaires pour devenir un fournisseur stratégique majeur de l’Eu- rope. Notre avantage repose sur une com- binaison de facteurs rarement réunis dans un même pays : ressources renouvelables abondantes, proximité géographique immédiate, infrastructures logistiques performantes, stabilité politique, expertise industrielle croissante et vision stratégique de long terme. Le Royaume bénéficie également d’un avantage souvent sous-estimé : son expé- rience. Il n’entre pas dans le secteur de l’hydrogène vert comme un nouveau venu, mais dispose déjà de plus de quinze années d’expérience dans le développement de grands projets renouvelables, dans l’inté- gration industrielle et dans la coopération énergétique internationale. À court et moyen terme, l’ammoniac vert représente l’opportunité la plus crédible. L’Europe importe déjà des volumes consi- dérables d’ammoniac et devra en importer davantage à mesure que sa décarbonation progressera. La production européenne restera contrainte par la disponibilité du foncier, les ressources renouvelables, les coûts de production et les contraintes d’acceptabilité sociale. Grâce à son lea- dership mondial dans les phosphates et à son potentiel renouvelable exception- nel, le Maroc dispose d’un positionnement unique pour devenir l’un des principaux fournisseurs européens d’ammoniac vert et d’engrais bas carbone. À plus long terme, il pourrait également devenir un fournisseur important d’hydrogène renouvelable grâce au développement de nouveaux corridors énergétiques, d’infrastructures dédiées et, potentiellement, de futures intercon- nexions euro-méditerranéennes. Cette perspective plaide également pour un ren- forcement de l’alliance énergétique entre le Maroc et l’Europe. À court et moyen terme, les exportations se feront princi- palement sous forme d’ammoniac vert et de ses dérivés. Mais à plus long terme, le développement de corridors énergétiques dédiés, notamment sous forme d’hydrogé- noducs reliant le Maroc aux grands centres industriels européens, pourrait constituer une étape structurante de la coopération euro-marocaine. De la même manière que les gazoducs ont accompagné l’intégration énergétique européenne au cours des dernières décen-

Les projections de l’Agence internatio- nale pour les énergies renouvelables (IRENA) indiquent que le coût de produc- tion de l’ammoniac renouvelable pour- rait progressivement converger vers une fourchette de l’ordre de 300 à 450 dollars par tonne dans les régions bénéficiant des meilleures ressources renouvelables à l’horizon 2030, avant de poursuivre sa baisse dans les années suivantes. À titre de comparaison, l’ammoniac gris produit à partir de gaz naturel se situe historique- ment dans une fourchette comprise entre 250 et 500 dollars par tonne selon l’évolu- tion des prix du gaz. Mais la comparaison pertinente aujourd’hui ne peut plus se limiter au seul coût de production. Le véritable chan- gement provient du coût du carbone. Les émissions associées à la production conventionnelle d’ammoniac sont géné- ralement de l’ordre de 1,6 tonne de CO2 par tonne d’ammoniac produite. Avec un prix du carbone proche de 75 euros/ tCO2, l’impact carbone théorique repré- sente déjà environ : 1,6 × 75 = 120 euro/t NH3. Ce montant illustre à lui seul le changement profond des règles de com- pétitivité induit par le MACF. À titre d’il- lustration, il représenterait près de 40% du coût de production d’un ammoniac gris produit à 300 dollars/t. Autrement dit, un ammoniac gris dont le coût de production est de 300 dollars par tonne pourrait voir son coût économique effec-

Le Maroc dispose aujourd’hui de tous les éléments néces- saires pour devenir un fournisseur stratégique majeur de l’hydrogène vert en Europe.

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 148

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