levier d’investissement, d’innovation et de montée en gamme industrielle. Le véri- table avantage compétitif du Maroc n’est pas seulement de produire une énergie verte abondante. C’est de transformer cette énergie verte en produits industriels à forte valeur ajoutée, à commencer par les engrais bas carbone, puis l’acier vert et les futures molécules de l’économie décarbonée. F. N. H. : Pourquoi le développement de l’hydrogène vert est-il devenu un enjeu majeur dans le contexte du MACF ? B. I. : L’hydrogène vert est devenu straté- gique parce qu’il constitue aujourd’hui l’un des rares leviers capables de décarboner les secteurs industriels les plus difficiles à électrifier et les plus exposés au coût du carbone. L’électricité renouvelable per- mettra de décarboner une grande partie de l’économie. Mais certaines industries ont besoin non seulement d’électrons verts, mais également de molécules vertes pour remplacer le charbon, le gaz naturel ou d’autres matières premières fossiles utili- sées dans leurs procédés industriels. C’est notamment le cas des engrais, de la sidérurgie, de certaines industries chimiques, du transport maritime et des carburants durables pour l’aviation. Le MACF change profondément l’équation économique de ces secteurs. Pendant long- temps, les émissions de CO2 étaient consi- dérées comme une externalité. Désormais, elles deviennent progressivement un coût économique réel qui influence directe- ment la compétitivité des produits indus- triels sur le marché européen. Pour les industriels, la question n’est donc plus uniquement de produire moins cher, mais également de produire plus propre. Dans ce contexte, l’hydrogène vert apparaît comme un outil stratégique de compétiti- vité. Il permet non seulement de réduire les émissions de CO2, mais également de pré- server l’accès aux marchés internationaux les plus exigeants en matière de décarbo- nation. Pour le Maroc, la trajectoire apparaît rela- tivement claire. Les engrais et l’ammoniac constituent la première phase de déploie- ment. Il dispose déjà d’un leadership mon- dial dans les phosphates et les fertilisants, ce qui lui offre une opportunité unique de développer l’une des premières grandes chaînes de valeur de l’hydrogène vert à l’échelle industrielle. La deuxième phase concernera la sidérur- gie bas carbone. L’acier vert devrait repré- senter l’un des plus importants marchés mondiaux de l’hydrogène au cours des
groupes industriels de l’acier, de la chimie, des engrais, du raffinage, du transport maritime ou encore de l’aéronautique pré- parent déjà leur transition vers des chaînes de valeur bas carbone. La question n’est donc plus de savoir si l’hydrogène jouera un rôle dans l’écono- mie mondiale, mais quelle place chaque pays occupera dans cette nouvelle géogra- phie industrielle. Pour le Maroc, l’enjeu dépasse largement la seule question éner- gétique. La véritable révolution n’est donc pas l’hy- drogène lui-même, mais le déplacement progressif de la compétitivité industrielle mondiale vers les régions capables de produire une énergie décarbonée abon- dante, fiable et compétitive. C’est préci- sément sur ce terrain que le Maroc dis- pose aujourd’hui d’atouts exceptionnels. Avec un potentiel renouvelable parmi les plus importants au monde, une proximité unique avec les marchés européens, des infrastructures logistiques performantes et une expérience désormais reconnue dans le développement de grands projets éner- gétiques, le Royaume dispose des condi- tions nécessaires pour attirer une nouvelle génération d’industries bas carbone. Pour un pays importateur net d’énergie comme le Maroc, cette évolution constitue une opportunité historique. L’hydrogène vert peut simultanément renforcer la sou- veraineté énergétique du Royaume, sou- tenir sa réindustrialisation, attirer de nou- veaux investissements, favoriser le déve- loppement de nouvelles compétences et créer des chaînes de valeur à forte valeur ajoutée. Il ne s’agit donc plus seulement d’un pari de long terme, mais d’un choix stratégique qui conditionnera une partie de la compé- titivité industrielle, de l’attractivité écono- mique et du positionnement géopolitique du Maroc dans les décennies à venir.
prochaines décennies. Viendront ensuite certaines industries chimiques à forte valeur ajoutée, le méthanol vert, les carbu- rants maritimes et, à plus long terme, les carburants durables pour l’aviation. L’hydrogène vert ne constitue donc pas une fin en soi, il est avant tout un outil de transformation industrielle. Le pre- mier marché de l’hydrogène marocain ne sera vraisemblablement pas l’hydro- gène lui-même, mais l’ammoniac vert et les engrais bas carbone. C’est là que se situe aujourd’hui la plus forte création de valeur économique pour le Royaume et l’un des premiers leviers de compétitivité face aux nouvelles exigences du MACF. L’hydrogène vert constitue ainsi le chaî- non manquant entre le formidable poten- tiel renouvelable du Maroc et l’émergence d’une nouvelle génération d’industries compétitives, exportatrices et décarbonées. F. N. H. : L’hydrogène vert est-il aujourd’hui une néces- sité industrielle ou encore un pari de long terme ? B. I. : L’hydrogène vert est à la fois une nécessité industrielle émergente et une opportunité stratégique de long terme. Il serait toutefois réducteur de le considérer uniquement comme une technologie éner- gétique ou comme un simple substitut aux énergies fossiles. Son importance réside avant tout dans son potentiel à transfor- mer profondément les chaînes de valeur industrielles. Les investissements annoncés dans le monde se comptent déjà en centaines de milliards de dollars, et plusieurs centaines de gigawatts de projets sont aujourd’hui à l’étude ou en développement. Les grands
L’hydrogène vert ne constitue pas une fin en soi, il est avant tout un outil de transformation industrielle.
Les produits les plus compétitifs ne seront plus uniquement ceux qui coûtent le moins cher à produire, mais également ceux qui présentent la plus faible empreinte carbone.
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147 HORS-SÉRIE N°51 / FINANCES NEWS HEBDO
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