D ÉVELOPPEMENT DURABLE
MACF
«Le véritable enjeu pour le Maroc est d’en faire un levier d’investissement, d’innovation et de montée en gamme industrielle»
cisément cette évolution. Pour la première fois, le carbone devient un facteur économique déterminant dans les échanges internationaux. Les produits les plus compétitifs ne seront plus uniquement ceux qui coûtent le moins cher à produire, mais également ceux qui présentent la plus faible empreinte carbone. Les secteurs actuellement couverts par le MACF sont les engrais, le fer et l’acier, l’alu- minium, le ciment, l’électricité et l’hydro- gène. Toutefois, leur importance est très différente pour le Maroc. Le premier secteur stratégique est celui des engrais. Grâce à sa position de leader mondial dans les phosphates et les fer- tilisants, le Maroc dispose d’un avantage unique pour développer une filière intégrée d’ammoniac vert et d’engrais bas carbone. La décarbonation de l’ammoniac permet- tra non seulement de réduire l’empreinte carbone des engrais, mais également de préserver durablement leur compétitivité sur les marchés internationaux. Le deuxième secteur stratégique est l’acier : la sidérurgie représente près de 8% des émissions mondiales de CO2 et l’hydro- gène vert constitue l’une des rares solutions crédibles permettant une décarbonation profonde du secteur. L’acier vert devrait devenir l’un des principaux marchés mon- diaux de l’hydrogène dans les prochaines décennies. Le troisième secteur concerne l’alumi- nium : la compétitivité dépend fortement du coût de l’électricité. Les pays capables de produire une électricité renouvelable abondante et compétitive bénéficieront d’un avantage structurel croissant. Le ciment et l’électricité présentent aujourd’hui un impact plus limité pour les exportations marocaines, même si leur importance pourrait croître à long terme. Ainsi, le véritable enjeu pour le Maroc n’est pas de subir le MACF, mais d’en faire un
Présenté comme une menace pour les exportateurs, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (MACF) pourrait au contraire devenir le catalyseur d’une nouvelle révolution industrielle marocaine. Badr Ikken, président exécutif de Gi3 et du Conseil d’affaires Maroc-Allemagne de la CGEM, décrypte comment le MACF pourrait transformer le Maroc en fournisseur stratégique d’ammoniac vert et d’engrais bas carbone pour l’Europe.
Finances News Hebdo : Le MACF est souvent présenté comme une contrainte pour les exportateurs. Peut-il devenir une opportunité stratégique pour le Maroc ? Badr Ikken : Le MACF constitue indéniable- ment un défi pour les pays exportateurs vers l’Union européenne. En intégrant pro- gressivement le coût du carbone dans les échanges internationaux, il modifie profon-
dément les règles de compétitivité indus- trielle. Mais pour le Maroc, il peut surtout deve- nir un formidable accélérateur de trans- formation économique et industrielle. Le Royaume dispose aujourd’hui d’atouts exceptionnels : une stabilité politique reconnue, une position géographique unique à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, des infrastructures logistiques de classe mondiale et, surtout, une vision stratégique de long terme en matière de transition énergétique. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume a engagé dès la fin des années 2000 une transforma- tion profonde de son modèle énergétique. Le lancement du Plan solaire marocain, le développement massif de l’éolien, la créa- tion de MASEN, l’ouverture progressive du secteur électrique et les réformes succes- sives du cadre réglementaire ont permis au Royaume de se positionner parmi les pionniers de la transition énergétique dans le monde émergent. Cette vision prend aujourd’hui une dimen- sion nouvelle. Les estimations du poten- tiel solaire et éolien du Maroc dépassent 50.000 TWh par an, alors que la demande électrique nationale représente environ 50 TWh par an. Nous n’exploitons aujourd’hui qu’une fraction infime de ce potentiel renouvelable. Dans un monde où l’éner- gie décarbonée devient progressivement le principal facteur de compétitivité indus- trielle, cette réalité constitue un avantage stratégique majeur. Le MACF accélère pré-
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