gression, une image internationale ren- forcée, un environnement sécurisé dans une région marquée par l’instabilité et une diplomatie active qui confère au Royaume une visibilité croissante sur les grandes scènes internationales. Mais les fragilités structurelles demeurent réelles. Plus de 70% de l’activité touris- tique se concentrent encore autour de Marrakech, Agadir et Casablanca. Cette concentration limite le développement de nombreuses régions à fort poten- tiel, notamment Béni Mellal-Khénifra, Ouarzazate, Saïdia ou encore le Sud atlan- tique. La saisonnalité reste également un défi majeur. Les fortes variations de fréquen- tation fragilisent les opérateurs et com- pliquent la gestion des capacités. De même, le tourisme intérieur demeure en deçà de son potentiel alors même qu’une partie importante de la classe moyenne aspire à découvrir davantage le pays dans des conditions de confort et à des tarifs accessibles. La question de la durabilité s’impose éga- lement comme un enjeu central. La dis- ponibilité en eau est tombée sous le seuil de 600 m³ par habitant et par an, niveau correspondant à un stress hydrique sévère. Cette situation interroge directement la soutenabilité du modèle touristique, notamment dans certaines destinations fortement consommatrices d’eau. L’absence d’une stratégie pérenne et uni- fiée de marketing territorial continue de constituer un handicap face à des concur- rents comme le Portugal, la Grèce ou l’Égypte, qui investissent massivement dans leur image de marque touristique. F. N. H. : L’explosion des dessertes aériennes et l’arri- vée massive des compagnies low-cost ont profondé- ment transformé le secteur. Dans quelle mesure cette ouverture aérienne peut-elle accélérer l’attractivité touristique du Maroc et quels défis cela pose-t-il ? S. T. : L’ouverture aérienne constitue incon- testablement l’un des principaux moteurs de la croissance touristique observée ces dernières années. Le développement des liaisons directes et l’implantation crois- sante des compagnies low-cost ont consi- dérablement amélioré l’accessibilité du Maroc et renforcé sa compétitivité. En 2025, plus de quarante nouvelles des- sertes ou reconductions stratégiques ont été mises en place afin d’élargir le maillage aérien du Royaume. Cette dynamique s’est accompagnée de l’ouverture de nouvelles lignes long-courriers, de l’installation de bases de compagnies aériennes sur le ter-
ritoire national et d’une hausse significa- tive des capacités offertes. Cette stratégie de connectivité, érigée en priorité nationale, a largement contribué à l’augmentation du nombre de visiteurs, notamment en provenance d’Europe. Elle a également permis de démocratiser l’accès à la destination Maroc auprès de nouvelles catégories de voyageurs. Cette évolution n’est toutefois pas exempte de défis. Elle accroît d’abord la dépen- dance du Royaume à l’égard des marchés européens, avec une exposition plus forte aux crises économiques, géopolitiques ou sanitaires qui pourraient affecter ces pays. Par ailleurs, les flux générés par les com- pagnies low-cost se concentrent naturel- lement sur les destinations déjà établies, ce qui tend à renforcer les déséquilibres territoriaux plutôt qu’à les corriger. L’enjeu consiste également à préserver la valeur créée par visiteur. Une démocra- tisation de l’accès ne doit pas conduire à une érosion du panier moyen ni à une dégradation de la qualité perçue de la destination. La priorité doit donc être de diversifier davantage les marchés émetteurs, notam- ment vers les Amériques, le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne, tout en ren- forçant la desserte de destinations encore insuffisamment connectées. Dans cette perspective, la stratégie Aéroports 2030 et les importants investis- sements programmés dans les infrastruc- tures aéroportuaires vont dans la bonne direction. Ils devront néanmoins s’accom- pagner de mesures capables d’encourager les compagnies aériennes à ouvrir davan- tage de lignes vers des territoires encore
peu desservis.
Le Maroc a réussi son repositionnement international; le défi consiste désormais à transformer cette croissance quantitative en leadership qualitatif.
F. N. H. : Le Maroc multiplie les investissements dans les infrastructures. Ces projets sont-ils aujourd’hui suffisants pour accompagner les ambitions touris- tiques du Royaume ? S. T. : Depuis près de trente ans, le Maroc mène une politique volontariste d’inves- tissement dans les infrastructures, trans- formant profondément le visage du pays. La ligne à grande vitesse entre Casablanca et Tanger, l’un des réseaux autoroutiers les plus développés du continent, les grands ports logistiques et de croisière ainsi que la modernisation progressive des aéro- ports constituent aujourd’hui des atouts majeurs pour l’attractivité du Royaume. Cette dynamique se poursuit avec de nouveaux projets structurants. La capa- cité aéroportuaire nationale devrait plus que doubler à l’horizon 2030, tandis que d’importants investissements sont enga- gés pour moderniser les plateformes exis- tantes et accompagner la croissance du trafic. Les grands systèmes de transport continuent également de se développer afin de répondre aux exigences de la pro- chaine décennie. La préparation de la Coupe du monde 2030 constitue à cet égard un accéléra- teur important, avec la modernisation des infrastructures sportives et de nombreux aménagements destinés à améliorer l’ac- cueil des visiteurs. Ces efforts sont considérables, mais ils ne suffiront pas à eux seuls. Plusieurs défis demeurent. La connectivité entre cer- taines régions touristiques reste encore insuffisante. Les déplacements entre plu- sieurs destinations à fort potentiel restent parfois complexes, longs et peu attractifs pour les visiteurs. La mobilité urbaine représente également un enjeu majeur. Dans plusieurs grandes villes touristiques, la croissance des flux met sous pression les infrastructures exis-
Le Maroc s’est distingué depuis plus de trois décennies par des stratégies sectorielles performantes, conçues pour valoriser les atouts du pays et accompagner ses ambitions de développement.
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57 HORS-SÉRIE N°51 / FINANCES NEWS HEBDO
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