C ULTURE
ticipe à développer leur créativité, leur esprit critique et leur compréhension des processus de création. Il constitue ainsi un véritable espace de découverte, de trans- mission et d’éveil aux industries culturelles et créatives. F. N. H. : Le Maroc accueille aujourd’hui de grands fes- tivals internationaux. Comment le 7 ème art et ces évé- nements culturels peuvent-ils devenir de véritables leviers de diplomatie culturelle et de valorisation de l’image du Maroc ? B. M. : Les festivals et le 7 ème art sont aujourd’hui bien plus que des événements culturels. Ce sont en effet des outils de diplomatie culturelle. Chaque film, festi- val, et chaque rencontre professionnelle sont une occasion de raconter le Maroc au monde, de mettre en valeur sa diversité, son patrimoine, ses talents et sa capacité à dialoguer avec d’autres cultures. En plus de leur impact artistique, ils contri- buent à renforcer l’attractivité du pays, à encourager les coproductions internatio- nales, à soutenir le tourisme et à construire une image moderne, ouverte et créative du Maroc. Dans un monde où l’influence passe aussi par la culture, le cinéma est devenu un véritable instrument de rayon- nement international. F. N. H. : Comment voyez-vous l’avenir du cinéma arabe dans un contexte de coopération élargie et de mondia- lisation des contenus ? Et quelle place le Maroc peut-il occuper dans cette nouvelle carte des industries créatives ? B. M. : Je vois l’avenir du cinéma arabe dans une logique de coopération plutôt que de concurrence. La mondialisation des contenus et l’essor des plateformes offrent aujourd’hui aux créateurs arabes une opportunité unique de raconter leurs histoires à un public mondial, tout en pré- servant leur identité culturelle. Dans cette nouvelle dynamique, le Maroc dispose d’atouts majeurs, à savoir une stabilité reconnue, des infrastructures de tournage de qualité, des techniciens expé- rimentés, une diversité de décors excep- tionnelle et une position géographique qui en fait un pont naturel entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe. L’ambition du Maroc ne devrait pas être seulement d’accueillir des tournages, mais de devenir un véritable hub régional de création, de coproduction, de formation et d’innovation audiovisuelle. Avec une vision stratégique et des collaborations renforcées, il peut occuper une place cen- trale sur la nouvelle carte des industries créatives arabes et internationales.
des secteurs perçus comme plus prévi- sibles. Ensuite, il existe encore un défi lié à la perception de la culture comme un investissement économique à part entière. Dans de nombreux pays qui ont réussi à bâtir une industrie audiovisuelle puis- sante, les investisseurs ont compris que la valeur créée dépasse largement la seule exploitation de l’œuvre. Elle se mesure également en termes d’image, de tou- risme, d’attractivité territoriale, d’emplois et de rayonnement international. La structuration du marché constitue également un enjeu majeur. Pour attirer davantage de capitaux privés, il faut conti- nuer à renforcer les mécanismes de finan- cement, encourager les coproductions internationales, développer les réseaux de diffusion et créer davantage de passerelles entre les acteurs de la culture et ceux du monde économique. Plus l’écosystème est lisible et structuré, plus il rassure les investisseurs. Cela dit, je constate une évo- lution très positive. Le Maroc attire de plus en plus de tournages internationaux, les plateformes recherchent de nouveaux contenus, les coproductions se multiplient et les industries créatives gagnent progres- sivement leur place dans les stratégies de développement. Nous sommes dans une phase de transition où l’audiovisuel n’est plus seulement considéré comme un sec- teur culturel, mais comme une véritable industrie créatrice de valeur. À mon sens, le véritable défi aujourd’hui est de transformer cette prise de conscience en une dynamique durable. Les talents existent, les histoires aussi, les infrastruc- tures se développent. Il faut désormais consolider les mécanismes qui permet- tront aux producteurs et aux investisseurs
de travailler ensemble avec davantage de visibilité, de confiance et d’ambition.
Les industries créatives génèrent de la valeur, créent des emplois, stimulent l’innovation et participent directement à l’attractivité des territoires.
F. N. H. : Quelle place accorde-t-on aujourd’hui à l’acteur dans l’économie du 7ème art, notamment en matière de rémunération ? Ne faut-il pas repenser la régulation des cachets pour structurer une véritable économie cinématographique ? B. M. : Aujourd’hui au Maroc, le véritable défi n’est pas le niveau des cachets, mais la place accordée à l’acteur professionnel. De plus en plus de productions se tournent vers les influenceurs, souvent moins coû- teux et déjà rentabilisés par les marques, au détriment de comédiens qui ont investi des années dans leur formation et leur carrière. À force de privilégier la popula- rité à la compétence, ne risque-t-on pas de fragiliser un métier qui constitue pourtant l’un des piliers de toute industrie audiovi- suelle ? F. N. H. : Peut-on considérer aujourd’hui la diplomatie culturelle comme un outil stratégique pour le Maroc au même titre que la diplomatie économique ? B. M. : Aujourd’hui, la diplomatie cultu- relle n’est plus un simple complément à la diplomatie économique, elle en est un partenaire stratégique. Car avant d’investir dans un pays, on commence souvent par s’intéresser à son histoire, à sa culture et à l’image qu’il projette au monde. F. N. H. : Quel rôle joue le FICAM dans la structuration des métiers, la formation des jeunes talents et le rayonnement international du Maroc dans ce secteur ? B. M. : Le Festival international du ciné- ma d’animation de Meknès (FICAM) joue un rôle qui dépasse largement celui d’un simple festival. À travers ses projec- tions, ses ateliers, ses rencontres profes- sionnelles et ses actions pédagogiques, il contribue à former le regard des jeunes générations et à les initier aux métiers de l’image et de l’animation. Dans un contexte où les contenus audiovi- suels occupent une place croissante dans le quotidien des jeunes, le FICAM par-
Il faut désormais consolider les mécanismes qui permettront aux producteurs et aux investisseurs de travailler ensemble avec davantage de visibilité et d’ambition.
FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 162
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