Hors Se<0301>rie 51 Final

C’est aussi une forme d’intégration cultu- relle. Lorsque des artistes de plusieurs pays travaillent ensemble, ils ne partagent pas seulement un plateau ou un scénario; ils partagent des imaginaires, des expériences et des visions du monde. C’est ainsi que se construit progressivement un patrimoine narratif commun, capable de valoriser nos spécificités tout en renforçant ce qui nous unit. F. N. H. : En quoi les séries et les films peuvent -ils devenir un levier de soft power pour le Maroc et influencer son image à l’international ? B. M. : Je suis convaincue que les séries et les films constituent aujourd’hui l’un des outils de soft power les plus puis- sants. Lorsqu’un pays réussit à exporter ses histoires, il exporte bien plus qu’un pro- duit audiovisuel. Il partage sa culture, ses valeurs, son imaginaire, ses paysages, ses traditions et sa manière de voir le monde. Nous avons tous constaté l’impact qu’ont eu les productions turques, coréennes ou encore espagnoles sur l’image de leurs pays à l’international. Avant même de visi- ter un pays, le public se forge souvent une perception à travers les œuvres qu’il regarde. Le Maroc possède aujourd’hui tous les ingrédients nécessaires pour jouer ce rôle, à savoir une richesse culturelle exceptionnelle, une diversité humaine remarquable, des décors uniques et sur- tout des histoires profondément ancrées dans la réalité tout en étant universelles. À travers des séries comme «Rahma», «Bnat L3assas» ou «Bin El Ksour», nous avons pu mesurer à quel point la fiction peut influencer les débats de société, créer de l’identification et susciter des émotions collectives. Lorsque le public se reconnaît dans un personnage ou dans une situa- tion, l’impact dépasse largement le cadre du divertissement. À l’international, cet impact peut être encore plus important. Une fiction maro- caine de qualité peut faire découvrir la richesse de notre patrimoine, la complexi- té de notre société, la place de la femme, la force des liens familiaux ou encore les transformations que connaît notre pays. Elle peut contribuer à déconstruire cer- tains clichés et à présenter un Maroc moderne, créatif, ouvert sur le monde mais profondément attaché à son identité. Je pense que l’enjeu aujourd’hui n’est plus seulement de produire pour le mar- ché local, mais de raconter des histoires marocaines capables de voyager. Plus nos œuvres circuleront à l’étranger, plus elles participeront au rayonnement culturel du

découvrir ses paysages, son architecture, son patrimoine, sa gastronomie ou encore son art de vivre. Chaque œuvre tournée au Maroc devient ainsi une vitrine exception- nelle pour le pays. Mais l’impact ne s’arrête pas au tourisme. Les industries créatives jouent également un rôle essentiel dans la valorisation du «Made in Morocco». À travers le cinéma, les séries, la musique, le design, la mode ou l’artisanat, nous racontons une identité, un savoir-faire et une histoire. Chaque fois qu’un produit culturel marocain s’exporte, il contribue à renforcer l’image de marque du Royaume et à mettre en lumière la richesse de ses talents. En tant que productrice et scénariste, je suis convaincue que la culture ne doit plus être considérée comme une dépense, mais comme un investissement straté- gique. Une industrie créative forte favo- rise l’émergence de nouveaux métiers, attire des partenaires internationaux, sti- mule l’entrepreneuriat et crée un écosys- tème capable de générer de la croissance durable. Le Maroc possède aujourd’hui tous les atouts pour devenir un acteur majeur dans ce domaine : nous avons Ouarzazate, nous avons une identité culturelle forte, une jeunesse créative, des infrastructures en développement et une position géogra- phique qui en fait un pont naturel entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe. Plus nous investirons dans nos industries culturelles et créatives, plus nous renfor- cerons l’attractivité du Maroc et la valeur du «Made in Morocco» sur la scène inter- nationale. La culture n’est plus seulement un outil de rayonnement; elle est devenue un véritable levier de développement éco- nomique, de compétitivité et d’influence. F. N. H. : Quels sont aujourd’hui les principaux freins qui empêchent les producteurs et investisseurs de s’enga- ger davantage dans des films à forte valeur ajoutée ? B. M. : Je pense que la question ne se résume pas à un seul facteur. Les freins sont à la fois liés à la rentabilité, à la prise de risque et à la structuration du marché. D’abord, l’industrie audiovisuelle reste un secteur où les investissements sont impor- tants et les retours parfois difficiles à anti- ciper. Contrairement à d’autres secteurs économiques, il n’existe jamais de garantie absolue de succès. Un excellent film peut ne pas rencontrer son public, tandis qu’un projet plus modeste peut créer la surprise. Cette part d’incertitude pousse naturel- lement certains investisseurs à privilégier

Royaume. Dans ce sens, l’audiovisuel n’est pas seulement une industrie culturelle; il devient également un véritable ambas- sadeur du Maroc auprès des publics du monde entier d’où l’intérêt d’une produc- tion à la hauteur avec des budgets consé- quents. F. N. H. : Comment les industries créatives peuvent- elles contribuer concrètement à l’attractivité touris- tique et à la valorisation du Made in Morocco ? B. M. : Pendant longtemps, la culture a été perçue essentiellement comme un sec- teur artistique. Aujourd’hui, elle est recon- nue comme un véritable moteur écono- mique. Les industries créatives génèrent de la valeur, créent des emplois, stimulent l’innovation et participent directement à l’attractivité des territoires. L’exemple du tourisme est particulière- ment révélateur. De nombreux voyageurs choisissent aujourd’hui leurs destinations après les avoir découvertes à travers une série, un film ou un contenu culturel. Les productions audiovisuelles ont cette capacité unique de créer un lien émotion- nel avec un lieu. Elles donnent envie de

À travers le film «Une vie très ordinaire», l’équipe souhaite raconter une his- toire profondément humaine, ancrée dans le réel, mais capable de toucher un public universel.

La diplomatie culturelle n’est plus un simple complément à la diplomatie économique. Elle en est un partenaire stratégique.

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161 HORS-SÉRIE N°51 / FINANCES NEWS HEBDO

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