Hors Se<0301>rie 51 Final

C ULTURE

aime, ou encore la recherche de sa place dans le monde. À travers ce film, nous souhaitons rappe- ler que derrière chaque vie apparemment ordinaire se cache un univers de senti- ments, de sacrifices et de rêves. C’est un hommage à ces hommes et à ces femmes dont les histoires ne font pas la Une des journaux, mais qui portent en eux une humanité bouleversante. Notre ambition est que le spectateur puisse se reconnaître dans ces personnages et redécouvrir, à travers eux, la beauté et la valeur des exis- tences les plus simples. F. N. H. : Vous avez travaillé sur une coproduction maroco-qatarie et une réalisation turque. Comment cette collaboration peut-elle redessiner la narration du monde arabe et renforcer son intégration culturelle ? B. M. : Avant même d’évoquer l’écriture ou la réalisation, je tiens à souligner que ce projet réunit un casting que je considère comme un véritable bouquet de fleurs du monde arabe. Le film rassemble des acteurs et des actrices venus du Maroc, du Qatar, du Koweït, d’Égypte, du Soudan et d’autres pays encore. Cette diversité n’est pas un simple choix de production, elle constitue l’une des âmes du projet. Je pense que cette richesse humaine donne une dimension particulière à l’œuvre. Chaque artiste apporte avec lui une culture, une sensibilité, une manière d’habiter un personnage, et de raconter une émotion. Au final, ces différences ne créent pas de distance, elles produisent au contraire une harmonie qui reflète la réa- lité de notre monde arabe, un espace mul- tiple mais uni par de nombreux repères culturels et émotionnels communs. Dans le cadre de cette coproduction maroco-qatarie portée par une réalisation turque, nous avons cherché à construire un véritable dialogue entre les cultures plutôt qu’un simple partenariat technique. Le film démontre que les frontières géogra- phiques ne sont pas forcément des fron- tières narratives. Lorsqu’une histoire parle de dignité, d’amour, de perte, d’espoir ou de résilience, elle devient immédiatement accessible à tous. Je crois profondément que ce type de col- laboration peut contribuer à redessiner la narration du monde arabe. Pendant long- temps, chaque pays racontait principale- ment ses propres histoires à son propre public. Aujourd’hui, nous avons l’oppor- tunité de construire des récits qui circulent davantage, qui croisent les regards et qui permettent aux spectateurs arabes de se reconnaître les uns dans les autres.

Production cinématographique

«Les industries créatives jouent un rôle essentiel dans la valorisation du Made in Morocco» Au croisement de la culture et de l’économie, le 7 ème art dépasse sa vocation artistique pour s’imposer comme un moteur économique et un vecteur d’image stratégique. Entretien avec Bouchra Malek, scénariste et productrice.

Finances News Hebdo : Votre projet de film «Une vie très ordinaire», dont l’histoire se déroule entre le Maroc et le Qatar s’inscrit dans une approche très humaine et universelle. Quelle est la genèse de ce récit et que souhaitez-vous transmettre à travers cette histoire de l’humanité ? Bouchra Malek : Avant tout, il est important de préciser que «Une vie très ordinaire» est le fruit d’une coécriture entre trois scé- naristes issus de trois pays différents. Moi- même pour le Maroc, Mohamed Ayhane pour la Turquie, et Abderrahim Seddiki pour le Qatar. Cette diversité de regards a largement nourri la richesse du projet, car chacun a apporté sa sensibilité, sa culture et son expérience, tout en partageant une même conviction : les grandes émotions humaines dépassent les frontières. La

genèse du film est née de notre volonté commune de raconter une histoire pro- fondément humaine, ancrée dans le réel, mais capable de toucher un public univer- sel. Nous avons voulu nous éloigner des héros extraordinaires pour nous intéresser à des personnages ordinaires, confrontés à des choix, des épreuves et des espoirs que chacun peut reconnaître. Le fait que l’histoire se déroule entre le Maroc et le Qatar nous a permis d’explo- rer des réalités différentes tout en met- tant en lumière ce qui rapproche les êtres humains. Malgré les distances géogra- phiques, les différences sociales ou cultu- relles, les mêmes questions nous habitent, à savoir la quête de dignité, le besoin d’amour, la peur de perdre ceux que l’on

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 160

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