dentaux. Ainsi, pour répondre aux attentes des visiteurs, on assiste à une sorte de mise en scène de l’authenticité culturelle. Les pays récepteurs de tourisme international vont chercher à recréer l’authenticité à travers une mise en scène de la culture et du folklore local, c’est ce que l’on appelle la folklorisa- tion culturelle. Généralement, le recours à la folklorisation d’une culture signifie bien souvent que cette dernière ne produit plus ou très peu la tradition. Pourtant, on assiste à une certaine folklorisation culturelle de sociétés qui jouissent encore de leur authen- ticité culturelle. Ce phénomène est particulièrement en vogue dans certaines régions du Royaume du Maroc où l’on cherche parfois à recréer l’authenticité pour la seule récréation des touristes étrangers. Toutefois, la reproduc- tion, souvent à grande échelle, parfois même en série, de rites et de rituels sacrés ou tout du moins pour ceux et celles qui les pra- tiquent selon des traditions ancestrales, de célébrations diverses et variées, de danses et de chants ethniques, etc., en dehors de leur contexte, ne pourrait que les dénaturer en les privant de leur valeur d’origine, au tra- vers de mises en scène souvent exubérantes, empreintes d’exotisme. Il faut donc prendre toutes les précautions nécessaires afin d’évi- ter de faire de cet engouement touristique pour l’authenticité, une menace pour la pré- servation des identités culturelles locales. F. N. H. : Quels sont les principaux atouts qui dis- tinguent les médinas marocaines des autres destina- tions patrimoniales de la région Méditerranée ? Z. Ch. : La Méditerranée est le berceau des principales civilisations humaines. En cela, le pourtour méditerranéen regorge de vestiges du passé et de ruines historiques témoignant de la grandeur des civilisations antiques. Les trésors patrimoniaux du bassin méditerra- néen sont presque innombrables, certains encore inconnus car engloutis sous terre ou dans les fonds marins. Longtemps considérée comme le centre du monde, la Méditerranée a souvent été le terrain de croisades reli- gieuses, de guerres civiles et de catastrophes naturelles qui ne lui ont pas toujours permis de sauvegarder son patrimoine. Aujourd’hui encore, l’instabilité géopolitique de la région menace le patrimoine culturel méditerra- néen. Dans ce sens, je pense que le principal atout des médinas marocaines est sans doute leur état de conservation. Durant le protec- torat français, le Général L.H.G Lyautey, en mission dans le Royaume, qui se présentait lui-même comme un passionné d’histoire, de religion, de culture et d’art, a mis un point d’honneur à protéger le patrimoine maro-
territoire permettrait l’émergence d’une conscience du patrimoine chez les locaux ce qui, in fine, encouragerait les processus de patrimonialisation. Selon moi, le déve- loppement d’un tourisme culturel dans une région favorise incontestablement la valori- sation patrimoniale. La véritable attractivité touristique du patrimoine culturel incite les pouvoirs publics et la population locale à la mise en place d’actions de préservation et de restauration du patrimoine. Néanmoins, le véritable attachement culturel et identitaire des Marocains encourage et favorise égale- ment la patrimonialisation. Pour répondre à votre question, il serait quasiment impossible de développer une activité touristique autour des médinas marocaines sans y associer les habitants locaux. Ces derniers, en plus d’incarner l’âme des médinas, font en quelque sorte partie du patrimoine culturel. En demeurant dans des logements traditionnels et en perpétuant des us et coutumes ancestrales, les habitants des médinas contribuent à pérenniser un mode de vie séculaire. Je pense particulièrement aux artisans qui vivent et travaillent dans les médinas du Royaume. L’artisanat marocain dans toute sa diversité, en tant que forme d’expression culturelle, peut à lui seul main- tenir la vie socioculturelle et économique des médinas, j’en suis convaincue. Je pense sincèrement que la viabilité de celles-ci dépend en grande partie de l’activité artisa- nale, garante de la pérennisation culturelle. Pour conclure je pense qu’il faut encoura- ger le développement du tourisme dans les médinas du Royaume chérifien, sous couvert de maîtriser l’expansion de celui-ci, dans une perspective de protection culturelle et patrimoniale. La maîtrise du tourisme, qui consiste, selon moi, à contrôler et/ou à régu- ler les flux touristiques dans les espaces fra- giles, est primordiale pour la viabilité du tourisme culturel et patrimonial. Pour finir, je pense qu’il faut encourager le maintien des activités artisanales, dans la mesure du possible, dans l’enceinte des médinas du Royaume afin de garantir leur continuité.
cain tant matériel qu’immatériel, en adop- tant une politique de préservation culturelle. Ainsi, toutes les médinas du Maroc ont été entièrement préservées et sauvegardées. Depuis l’indépendance du Royaume en 1956, l’Etat marocain, sous l’égide de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’as- site, ne cesse d’œuvrer pour la préservation des médinas du Royaume. Plusieurs projets de restauration et/ou de réhabilitation ont été portés à terme et de nombreux autres sont en cours dans la majorité des vieilles villes. Ceci dit, on ne peut décemment pas réduire l’attractivité touristique des médinas chérifiennes à leur seul état de conserva- tion. Ce qui fait leur unicité, c’est qu’elles représentent de véritables musées culturels vivants à ciel ouvert. Contrairement à beau- coup de cités antiques quasi-figées dans le temps, les médinas marocaines regorgent d’activités économiques et socio-culturelles. Dans leur enceinte se mêlent traditions et cultures. Elles sont les théâtres des expres- sions culturelles de la mosaïque pluricul- turelle marocaine. Riches d’une diversité ethnique et culturelle, les médinas sont, à mon sens, le meilleur atout touristique et patrimonial du Royaume chérifien. F. N. H. : Comment concilier valorisation touristique, préservation du patrimoine et maintien de la vie locale au sein des médinas ? Z. Ch. : La question du tourisme et du patri- moine est au cœur des polémiques scienti- fiques et sociopolitiques depuis la massifi- cation du tourisme dans les années soixante. D’un côté, on affirme que le tourisme repré- senterait une véritable menace pour la pré- servation du patrimoine culturel et le main- tien des identités locales des pays récepteurs de tourisme international. D’un autre côté, on soutient que la mise en tourisme d’un
La médina de Fès, fondée au VIII ème siècle et classée par l’Unesco depuis 1981, demeure l’une des plus vastes
zones urbaines historiques sans circulation automobile au monde.
Ce qui fait l’unicité des médinas marocaines, c’est qu’elles représentent de véritables musées culturels vivants à ciel ouvert.
91 HORS-SÉRIE N°51 / FINANCES NEWS HEBDO
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