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T OURISME

Ces musées vivants qui séduisent les voyageurs du XXI ème siècle Les médinas marocaines continuent de figurer parmi les principaux atouts touristiques du Royaume. Derrière leurs remparts se déploient des espaces vivants où se mêlent patrimoine, artisanat et traditions séculaires. Entretien avec Zineb Charaï, maître de conférences spécialiste du tourisme, du patrimoine, de l’identité et de l’interculturalité. Médinas marocaines

leur confère une aura particulière qui attire autant les locaux que les touristes étrangers. Les nationaux fréquentent régulièrement les médinas pour faire leurs emplettes (produits cosmétiques et comestibles du terroir) et acheter des articles d’artisanat (vêtements, bijoux, poterie, ustensiles en tout genre, etc.). Les visiteurs internationaux, quant à eux, sont souvent attirés par l’authenticité, l’his- toire, la culture et le patrimoine inhérent aux cités antiques. Ainsi, dans l’enceinte des médinas du Royaume, les touristes admirent les vestiges d’un passé lointain, qui ne se révèle pas si lointain que cela finalement, puisqu’autour de majestueux monuments historiques subsistent encore des modes de vie pour le moins traditionnels et souvent conservateurs, qui attirent sans conteste les occidentaux. De plus, la majorité des médi- nas marocaines ont bien été préservées et jouissent encore de leur authenticité cultu- relle et patrimoniale. La preuve en est que les plus prestigieuses figurent sur la liste du patrimoine universel de l’humanité de l’Unesco (Fès, Marrakech, Tétouan, Meknès, Essaouira et Rabat). F. N. H. : Comment les attentes des touristes ont-elles évolué ces dernières années en matière de tourisme culturel et patrimonial ? Z. Ch. : Il se trouve que je viens de présenter en mai dernier les résultats d’une recherche scientifique au congrès de l’ACFAS au Québec, qui porte justement sur le sujet. Celle-ci a permis de constater une évolution de la figure du touriste, qui semble de plus en plus vouloir renouer avec la tradition du voyage culturel. En effet, le touriste contem- porain apparaît en quête d’une authenticité perdue au profit de l’industrialisation et de la modernité. Une sorte de goût nostalgique pour un passé fantasmé et authentique, qu’il espère sans doute retrouver dans la destina- tion choisie, ne serait-ce que le temps d’un séjour, qui lui permettra de se rapprocher des valeurs d’antan. En outre, les conclusions de cette étude révèlent une montée de l’authen- ticité comme valeur centrale de l’expérience touristique du XXI ème siècle, puisque les tou- ristes paraissent vraisemblablement être à la recherche de la tradition dans les territoires visités. Néanmoins, l’authenticité qui est trop souvent théorisée dans les discours commer- ciaux et la propagande touristique, peut ne pas être observée sur le terrain au sein des destinations touristiques, avec une tendance à la raréfaction et/ou à l’artificialisation. Tout comme le culte de l’exotisme, le culte de l’au- thenticité est assurément omniprésent dans le domaine du tourisme, en tant qu’attrait touristique de premier ordre pour les occi-

Finances News Hebdo : Quelle place occupent aujourd’hui les médinas dans l’attractivité touristique du Maroc ? Zineb Charaï : Les médinas marocaines sont incontestablement primordiales dans l’at- tractivité touristique du Royaume. Je dirai même qu’au travers des activités artisa- nales qu’elles abritent généralement, elles représentent les vitrines des identités et des cultures locales, qu’elles soient amazighes, arabes ou encore hébraïques. À mon sens, l’attrait majeur de ces médinas réside dans leur profondeur historique et leur richesse patrimoniale. Prenons l’exemple de la plus ancienne entité du Maroc, dont je suis moi- même originaire, la médina de Fès. Édifiée dans le courant du VIII ème siècle, elle se carac- térise par une structure et une organisation socioéconomique et culturelle séculaire, qui a su résister au passage du temps et aux

diverses agressions extérieures (protecto- rat franco-espagnol, ouverture médiatique, mondialisation, évolution des NTIC, etc.). Classée au Patrimoine mondial de l’humani- té par l’Unesco depuis 1981, la médina de Fès représente un territoire préservé, authentique et traditionnel quasi-immuable, puisqu’elle n’a connu que très peu d’évolution depuis sa fondation. À ce propos, une enquête que j’ai publiée en 2025 sur l’évolution du mode de fonctionnement des corporations artisanales fassies démontre que ces dernières n’ont connu aucune modification majeure depuis leur apparition au cours du XIV ème siècle, hor- mis la nouvelle réglementation de l’artisanat de 2020 qui concerne la structuration et/ ou la restructuration des métiers artisanaux. Outre l’évolution culturelle propre à toutes les civilisations humaines et qui se manifeste ici principalement par l’adaptation des pro- ductions artisanales aux attentes et aux goûts des touristes occidentaux, le mode de fonc- tionnement et la structure pyramidale des corporations artisanales demeurent inchan- gés depuis leur fondation. Riche d’un fort patrimoine immatériel qui reflète la richesse millénaire et les savoir-faire ancestraux des maîtres-artisans locaux, la médina de Fès est l’une des mieux préservées au monde. Son authenticité culturelle et patrimoniale fait sa renommée internationale, à l’instar des autres médinas du pays qui jouissent encore, pour certaines, de leur authenticité cultu- relle. Je pense que c’est là où réside l’attrait touristique principal des touristes pour les médinas marocaines. F. N. H. : Pourquoi les médinas continuent-elles d’être parmi les sites les plus recherchés par les visiteurs nationaux et internationaux ? Z. Ch. : Tout simplement parce qu’elles fas- cinent, intriguent et charment le visiteur. Mystérieuses, profondes et parfois impéné- trables, la singularité des médinas marocaines

Le Maroc compte 6 médinas inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco : Fès, Marrakech, Meknès, Tétouan, Essaouira et Rabat.

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