T OURISME
Cette stratégie est aujourd’hui renfor- cée par les grands rendez-vous inter- nationaux que le Maroc accueillera, notamment la Coupe du monde 2030, qui devrait accroître encore sa visibi- lité mondiale. Toutefois, cette réussite s’accompagne de plusieurs déséqui- libres structurels. Le premier concerne la géographie même du tourisme maro- cain. Aujourd’hui, Marrakech demeure le principal moteur du secteur, suivie d’Agadir et Casablanca. Cette concen- tration favorise naturellement la créa- tion de pôles puissants, mais elle limite aussi la diffusion des retombées écono- miques vers des régions disposant pour- tant d’un potentiel considérable. Said Tahiri résume cette réalité sans détour: «les fragilités structurelles demeurent réelles. Plus de 70% de l’activité touris- tique se concentrent encore autour de Marrakech, Agadir et Casablanca». Des destinations comme Fès, Ouarzazate, Béni Mellal-Khénifra, Saïdia ou encore le Sud atlantique dis- posent pourtant d’atouts importants qui restent encore insuffisamment valo- risés. Pour Hamid Bentahar, président de la Confédération nationale du tou- risme, la solution passe par une meil- leure répartition des investissements et des flux. «L’important est d’avoir une meilleure répartition des flux pour que cela soit agréable pour les habitants et aussi pour les visiteurs en termes d’expé- rience, et que la prospérité soit partagée avec les différentes régions». L’autre faiblesse majeure du modèle marocain réside dans sa forte exposi- tion aux marchés européens. La France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Alle- magne représentent toujours l’essentiel des arrivées internationales. Cette proximité constitue un formi- dable avantage compétitif, mais elle expose également le secteur aux ralen- tissements économiques, aux crises sanitaires ou géopolitiques susceptibles d’affecter ces marchés. A ce titre, Hamid Bentahar considère d’ailleurs que le moment est venu d’élargir les horizons. «Notre dépen- dance de l’Europe est une opportunité. Nous avons misé sur la proximité et nous l’avons saisie. Il faut continuer à croître en Europe, mais multiplier aussi par dix les liaisons sur l’Amérique latine, l’Amé- rique du Nord, l’Asie», suggère-t-il. La diversification géographique appa- raît ainsi comme l’un des principaux leviers de résilience du secteur.
Malgré les performances du secteur, les professionnels du tourisme continuent de signaler des difficultés de recrutement et un déficit de compétences dans plusieurs métiers.
Fort d’atouts solides qui lui permettent de s’imposer parmi les destinations les plus dynamiques au monde, le Royaume doit désormais relever de nouveaux défis : mieux répartir les flux, diversifier ses marchés, monter en gamme et faire de chaque visiteur un créateur de davantage de valeur pour l’économie nationale. Des atouts solides, mais des fragilités persistantes Cap sur 2030
A
vec près de 20 millions de visi- teurs accueillis en 2025, 138 mil- liards de dirhams de recettes en devises et une contribution d’en- viron 7% au PIB, le tourisme s’affirme comme l’un des principaux moteurs de l’économie nationale. Les objectifs de la feuille de route 2023-2026 ont même été dépassés avec deux années d’avance, confirmant la dynamique exception- nelle du secteur. Si le Maroc affiche aujourd’hui une telle dynamique, c’est d’abord grâce à un ensemble d’avantages compétitifs diffi- cilement reproductibles. La diversité de son offre reste sans doute son principal atout. Peu de destina- tions concentrent, sur un territoire aussi accessible, des stations balnéaires, des montagnes, des médinas classées au patrimoine mondial, un désert, une
gastronomie réputée et un patrimoine culturel aussi riche. A cela, s’ajoute une proximité exceptionnelle avec le princi- pal bassin émetteur mondial : l’Europe. Comme le souligne l’économiste Said Tahiri, «cette évolution repose sur plu- sieurs facteurs stratégiques : une proxi- mité géographique avec l’Europe, une connectivité aérienne en constante amé- lioration, ainsi qu’une offre touristique diversifiée capable de réunir culture, bal- néaire, désert, montagne, gastronomie et tourisme d’affaires» . Le Royaume bénéficie également d’une stabilité politique qui rassure investis- seurs et visiteurs, tandis que les investis- sements réalisés depuis deux décennies dans les infrastructures autoroutières, ferroviaires, portuaires et aéropor- tuaires ont considérablement amélioré sa compétitivité.
FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 28
Made with FlippingBook flipbook maker