Hors Se<0301>rie 51 Final

F. N. H. : Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels font face les acteurs et actrices au Maroc, notamment en matière de conditions de travail, de protection sociale, de rémunération et de continuité de l’activité professionnelle ? H. T. H. : Le principal défi reste la pré- carité liée à l’irrégularité du métier. Le public voit souvent l’artiste lorsqu’il est sur scène ou à l’écran, mais il ne voit pas forcément les périodes d’attente entre deux projets. Il voit le résultat, rarement le chemin. D’ailleurs, moi-même, je plaisante sou- vent avec cela. Certaines personnes pensent que lorsqu’on passe à la télé- vision, on est forcément riche. Si c’était vrai, je serai probablement en train de répondre à cette interview depuis mon yacht à Monaco. Et pourtant, je suis tou- jours à Casablanca. (Rire.) La réalité est beaucoup plus nuancée. Dans notre métier, il peut y avoir des périodes de forte activité suivies de plu- sieurs mois beaucoup plus calmes. Cette irrégularité rend les questions de cou- verture sociale, d’assurance maladie, de retraite et de continuité professionnelle particulièrement importantes. Je crois qu’il faut aussi changer le regard porté sur les artistes. Un artiste n’est pas seulement quelqu’un qui apparaît à l’écran. C’est un professionnel qui inves- tit dans sa formation, qui répète, qui se remet en question, qui développe ses compétences et qui contribue à la vie culturelle du pays. Les progrès réalisés ces dernières années sont réels, mais il reste encore des chan- tiers importants. L’objectif est que les artistes puissent exercer leur métier avec davantage de stabilité, de visibilité et de sérénité. Une société qui valorise sa culture doit également valoriser celles et ceux qui la font vivre au quotidien. F. N. H. : La loi 18.23 relative à l’industrie cinéma- tographique ambitionne de structurer davantage le secteur et de renforcer son attractivité. Vous estimez toutefois que de nombreux acteurs et actrices ne sont pas suffisamment informés de ses dispositions. Cette situation risque-t-elle de freiner l’adhésion du secteur à cette réforme ? H. T. H. : Je pense qu’une réforme, aussi pertinente soit-elle, ne peut produire pleinement ses effets que si elle est com- prise par ceux qu’elle concerne. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes ne connaissent pas précisément les impli- cations concrètes de cette loi sur leur activité quotidienne.

Le standup est un art qui se construit dans la répétition. Un humoriste a besoin de se tromper, de tester, de réé- crire, de recommencer. Cela nécessite des scènes régulières. Aujourd’hui, nous avons besoin de davantage de comedy-clubs, de scènes ouvertes, de petites salles accessibles, de résidences d’écriture et de formations spécialisées. Une piste concrète serait de créer un réseau national de scènes ouvertes et de comedy-clubs dans plusieurs villes du Royaume, en partenariat avec les collectivités locales, les centres cultu- rels et les acteurs privés. Un jeune humoriste devrait pouvoir monter sur scène chaque semaine, tester quelques minutes de matériel, progresser et construire progressivement son univers artistique. À travers mes ateliers, je vois énormé- ment de jeunes qui ont du potentiel. Mais entre le talent brut et une carrière durable, il faut des structures. Je crois aussi beaucoup à la transmis- sion entre générations. Les artistes plus expérimentés ont un rôle à jouer pour accompagner les plus jeunes. Et

Le premier chantier est sans doute celui de l’identification et du recensement des professionnels du secteur afin de dispo- ser d’une vision claire de l’écosystème. Ensuite, il faudrait multiplier les ren- contres d’information, les ateliers de sensibilisation, les guides pratiques et les supports pédagogiques accessibles à tous. Une réforme réussit lorsqu’elle est expliquée, comprise et appropriée par le terrain. Les artistes ne doivent pas être unique- ment informés. Ils doivent également être écoutés et associés à la réflexion. Les meilleures constructions sont sou- vent celles auxquelles chacun apporte sa pierre. F. N. H. : Les espaces dédiés à l’humour et les comedy-clubs demeurent peu développés au Maroc. Comment expliquez-vous cette situation ? H. T. H. : Le talent existe. Le public existe. L’envie existe. Ce qui manque encore, c’est un véritable écosystème.

Après plusieurs projets marquants, Hamza Tahri prépare son retour sur scène et devant la caméra avec de nouvelles créations destinées à retrouver le public.

L’application réussie de la loi 18.23 repose sur une meilleure appropriation du texte par les professionnels et une large diffusion de ses dispositions.

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169 HORS-SÉRIE N°51 / FINANCES NEWS HEBDO

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