C ULTURE
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F. N. H. : Comment la diplomatie culturelle peut-elle contribuer à hisser davantage le cinéma marocain sur la scène mondiale et à attirer de nouvelles coproductions, de nouveaux partenariats et davan- tage d’investissements dans le secteur ? H. T. H. : La diplomatie culturelle crée des ponts là où la diplomatie classique ouvre parfois seulement des portes. Un film, une série ou un spectacle peuvent susciter de la curiosité, de l’émotion et de l’intérêt pour un pays. Pour attirer davantage de coproductions et d’investissements, nous devons conti- nuer à valoriser nos atouts : la diversité de nos décors, la qualité de nos tech- niciens, notre position géographique, notre stabilité et la richesse de nos his- toires. Mais il faut préserver un équilibre. L’artiste ne doit pas devenir un simple instrument de communication. Sa force réside précisément dans sa liberté de création. Les institutions ont pour mission d’ou- vrir les portes. Les artistes ont ensuite la responsabilité de les franchir avec des œuvres sincères et ambitieuses. La diplomatie culturelle est avant tout une œuvre de construction. Elle demande du temps, de la patience et une vision de long terme. Comme toute construction durable, elle repose sur des fondations solides comme la liberté de création, la transmission, la connais- sance de son héritage et l’ouverture vers l’autre.
F. N. H. : Aujourd’hui, alors que vous poursuivez vos activités dans le standup et la formation, envisa- gez-vous un retour devant la caméra à travers de nouveaux projets artistiques ? H. T. H. : Aujourd’hui, mon premier enga- gement est la transmission. À travers mes ateliers, je cherche à parta- ger des outils de jeu, bien sûr, mais aussi une certaine vision du métier. J’essaie de montrer aux jeunes artistes qu’il est pos- sible de gérer sa carrière autrement, de se donner de la valeur sans tomber dans l’égocentrisme, de nourrir son talent tout en restant humble et de construire un parcours durable. Former de jeunes artistes me rappelle chaque semaine les fondamentaux de notre métier, à savoir l’écoute, la présence, le corps, la voix, l’émotion et la sincérité. Je suis convaincu que toutes ces expé- riences se nourrissent mutuellement. La scène nourrit l’acteur. L’acteur nourrit l’humoriste. Et l’enseignant nourrit l’ar- tiste. Concernant mon retour sur scène et devant la caméra, oui, absolument. La caméra reste une partie importante de mon parcours artistique. J’ai eu la chance de vivre de très belles expériences à la télévision et au cinéma, et j’espère avoir l’occasion de retrouver prochainement le public à travers de nouveaux projets. Aujourd’hui, je me sens dans une période de maturité où j’ai encore beau- coup de choses à raconter, que ce soit sur scène, devant une caméra ou à tra- vers les artistes que j’accompagne. Et puis, avec le temps, j’ai compris que l’artiste reste avant tout un éternel apprenti. Chaque rôle, chaque scène, chaque rencontre est une occasion d’ap- prendre, de transmettre et de continuer à se construire.
À travers ses ateliers, l’acteur- formateur transmet bien plus que des techniques de jeu, il partage une vision du métier fondée sur l’exigence, le partage et la transmission.
puis il y a un sujet dont on parle rare- ment : la qualité des relations humaines dans notre milieu. L’art est d’abord une affaire de morale et ensuite une affaire d’amour. Nous avons besoin de davantage de respect entre confrères et consœurs, de solidarité et de bienveil- lance. Hélas, il existe encore parfois une culture de la médisance, de la peau de banane ou des bâtons dans les roues. Pourtant, lorsqu’un artiste progresse, c’est toute la profession qui grandit avec lui. F. N. H. : Quelles mesures vous paraissent aujourd’hui prioritaires pour permettre aux artistes marocains de vivre de leur métier tout en faisant de la culture un véritable levier de création de valeur et d’emploi ? H. T. H. : Je pense qu’il faut avant tout consi- dérer l’artiste comme un professionnel à part entière. Le talent est indispensable, mais il ne suffit pas. Nous avons besoin de mécanismes qui facilitent l’accès aux financements, à la protection sociale, aux espaces de création, aux salles de répétition, à la formation continue et à l’accompagnement administratif. Il faut également encourager davantage le mécénat culturel et les partenariats entre les secteurs public et privé. La culture n’est pas uniquement une dépense, c’est aussi un investissement. Lorsqu’on soutient un projet artistique, on soutient également des techniciens, des auteurs, des réalisateurs, des costu- miers, des hôtels, des restaurants, des salles et toute une chaîne de valeur éco- nomique. Investir dans la culture, c’est investir dans l’intelligence, la créativité et l’emploi. C’est aussi préparer l’avenir.
Le secteur culturel a besoin de mécanismes facilitant l’accès au financement, à la protection sociale, à la formation continue ainsi qu’aux espaces de création et de répétition.
FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 170
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