C ULTURE
«Aujourd’hui, le dé fi n’est plus le potentiel, mais la structuration de l’écosystème» À travers la mode, le design et les industries créatives, le Maroc affirme une nouvelle dynamique de son rayonnement international. Soft power, attractivité économique et dialogue des cultures, la diplomatie culturelle s’impose aujourd’hui comme un axe structurant de la stratégie d’influence du Royaume. Entretien avec Imane Belmkaddem, entrepreneure culturelle, experte en diplomatie culturelle et organisatrice de Ammfw, Stockholm fashion fair et Rabat international fashion fair. Industries culturelles
à comprendre les réalités de chacun et à créer des ponts entre les peuples, ce qui est au cœur même de la diplomatie culturelle. Grandir dans un univers artistique a éga- lement profondément façonné ma vision. Cette fibre artistique m’a été transmise par ma mère, artiste peintre marocaine comp- tant plus de 28 ans de carrière. Depuis mon plus jeune âge, j’ai évolué dans un envi- ronnement où la créativité, l’esthétique et l’expression artistique occupaient une place centrale. Notre amour commun pour l’art et la mode nous a naturellement conduites à créer ensemble des collections de pièces uniques inspirées de ses œuvres. Ces créa- tions reflètent l’âme de la femme maro- caine dans sa dimension universelle. Elles mettent également en lumière notre patri- moine culturel, notamment à travers des sacs confectionnés à la main par des artisans de Rabat, qui racontent à leur manière l’his- toire de notre ville et prolongent l’univers artistique des tableaux de ma mère. Dans un contexte international comme celui de Stockholm où j’ai vécu pendant dix ans, cette double sensibilité, médiatique et artistique, prend tout son sens. La culture y devient un langage universel capable de rap- procher les peuples au-delà des frontières. L’art, la mode, l’artisanat et la communica- tion sont pour moi des outils puissants de dialogue interculturel, de valorisation du Maroc et de promotion de son riche patri- moine auprès d’un public international. F. N. H. : À travers des événements comme Auto-Moto Morocco fashion week ou Rabat international fashion fair, vous réunissez designers, artistes, personnalités publiques et représentants diplomatiques de plusieurs pays. En quoi ce type d’initiative contribue-t-il à renfor- cer l’image de marque du Maroc à l’international ? I. B. : Ces événements créent des ponts entre les cultures, les économies et les talents. Ils permettent de montrer un Maroc moderne, créatif, ambitieux et ouvert sur le monde. Lorsque des designers internationaux, des diplomates, des médias ou des investis- seurs découvrent le savoir-faire marocain dans un cadre premium et structuré, cela change profondément la perception du
la fois de l’émotion, de l’image et de la valeur économique. Le Maroc peut aujourd’hui transformer son patrimoine culturel en véritable moteur de croissance, notamment grâce aux événements internationaux, aux collaborations artistiques et à la montée en puissance du «Made in Morocco» créa- tif. L’ampleur des événements que nous organisons, comme le Rabat international fashion fair ou encore l’Auto-Moto Morocco fashion week, participe justement à la créa- tion d’un véritable écosystème créatif et économique. Ces rendez-vous réunissent des cultures, des talents, des institutions, des marques et des organisations venues de différents horizons autour d’une même vision, à savoir promouvoir le Maroc cultu- rellement et économiquement sur la scène internationale. Aujourd’hui, de nombreux designers, maisons et acteurs internatio- naux souhaitent conquérir le marché maro- cain, preuve de l’attractivité croissante du Royaume et de son potentiel en tant que plateforme régionale de la mode, de la créa- tion et du lifestyle. F. N. H. : Vous avez grandi dans un univers artistique aux côtés de votre mère, artiste peintre, et vous avez même cocréé des pièces de mode inspirées de ses œuvres. Dans quelle mesure cette immersion dans l’art et les médias a-t-elle façonné votre parcours et nourri votre vision de la diplomatie culturelle ? I. B. : Mon parcours s’inscrit dans une double dynamique à la fois artistique et médiatique, qui s’est construite au fil des années et des expériences. Mon parcours de journaliste, animatrice radio-télé diplômée du Canada, productrice et animatrice de scène, ainsi que mon expérience en tant que confé- rencière, m’ont permis de développer une grande ouverture sur le monde et sur les différentes cultures. À travers les rencontres, les échanges et la communication, j’ai appris
Finances News Hebdo : Comment la diplomatie culturelle peut-elle devenir un véritable levier économique et tou- ristique pour le Royaume ? Imane Belmkaddem : La diplomatie culturelle est aujourd’hui un véritable outil stratégique de rayonnement et d’attractivité pour les nations. Le Maroc possède une richesse culturelle exceptionnelle, à la fois authen- tique, moderne et plurielle, qui constitue un avantage compétitif majeur à l’interna- tional. À travers la mode, l’art, le design, la musique ou encore l’artisanat, nous racon- tons une identité marocaine forte capable de séduire, d’inspirer et de créer du lien avec le monde. Lorsqu’un pays valorise intelligemment sa culture, il attire naturellement le tourisme, les investissements, les talents et les collabo- rations internationales. Les industries créa- tives ont cette capacité unique de générer à
FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 158
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