de davantage de compassion et d’esprit critique dans notre société, et je suis convaincue que le public marocain en est capable. Pour ce qui est de l’informatique, pour être honnête, cela n’influence pas direc- tement mon écriture. C’est même plutôt le contraire : si les relations internatio- nales nourrissent les thèmes de mes histoires, la programmation fait appel à ma logique pure. C’est un domaine où je dois construire les choses de A à Z, ce qui m’offre un bon équilibre mental face au côté parfois chaotique de la création. F. N. H. : Vous affirmez aimer les histoires qui remettent en question les idées reçues et poussent à réfléchir. Quel rôle le cinéma et la fiction peuvent- ils jouer dans l’évolution des mentalités et le débat de société ? N. E. B. : Le premier exemple qui me vient en tête pour répondre à cette question, c’est mon propre téléfilm. Je ne m’atten- dais pas à ce que les spectateurs réflé- chissent autant au message, au point de modifier certains de leurs compor- tements. C’est là que j’ai réalisé que le public marocain ne se contente pas de regarder, mais qu’il analyse et relie les histoires à son propre vécu. À mon avis, le cinéma et la fiction comptent parmi les outils les plus puissants pour faire évoluer les mentalités. C’est en s’identi- fiant aux personnages que les gens déve- loppent de l’empathie et s’ouvrent à des débats de société complexes. N’importe qui peut tenir un discours théorique autour d’une table de débat. Mais faire réfléchir à travers une histoire, en tou- chant la sensibilité humaine, c’est là que réside la force de l’art. F. N. H. : Après cette première reconnaissance nationale, quelles sont vos ambitions en tant que scénariste ? Et quelles thématiques aimeriez-vous développer dans vos futurs projets ? N. E. B. : Mon ambition ultime est d’écrire de grandes épopées de l’imaginaire, dans la lignée de ce que je considère comme le trio de tête du genre : Le Seigneur des anneaux, Harry Potter et Dune. J’adorerais créer une forme de science fantasy nord-africaine. Même si la télévision reste un excellent moyen de toucher le grand public, j’aimerais explorer le cinéma indépendant ou les mini-séries numériques. Ce sont des formats qui offrent davantage de liberté créative et permettent d’aborder des sujets sensibles ou profondément psy- chologiques, avec nuance et subtilité.
À travers «Mode avion», le film interroge l’impact des réseaux sociaux et des jeux vidéo sur les jeunes générations, tout en invitant à repenser le rapport au temps et à l’enfance.
nationales sont passionnantes et très importantes pour moi. Elles m’ont ouvert les yeux sur les injustices de notre monde, m’ont appris à combattre les préjugés, à développer mon esprit cri- tique et, surtout, à voir à quel point les médias peuvent parfois déformer la réalité des enjeux politiques internatio- naux. Dans ma filière, il n’y a pas de place pour le parti pris : on nous apprend à regarder les deux côtés de l’histoire et à ne pas avoir une humanité à géométrie variable. C’est ce qui me donne envie de partager ces connaissances à tra- vers mes scénarios. Mon premier projet parlait de l’addiction aux écrans, mais j’espère écrire à l’avenir des histoires encore plus humaines et touchantes. Les préjugés sont partout, sur nos écrans comme dans la rue… Nous avons besoin
punition… mais c’était en réalité une véri- table détox. Je courais partout, je jouais au football, je jouais dans la boue et, sur- tout, j’apprenais à apprivoiser l’ennui. J’y ai forgé des souvenirs inoubliables avec mon oncle, sa femme et ses enfants, qui comptent énormément pour moi. Mon message était d’inviter les parents à emmener leurs enfants se mettre au vert et à les laisser simplement vivre leur enfance; les algorithmes des réseaux sociaux ne sont pas conçus pour eux. À ma grande surprise, le public marocain a été extrêmement réceptif à cette idée. Plusieurs amis m’ont d’ailleurs contactée pour me «reprocher» le fait que leurs parents aient soudainement remplacé leurs projets de vacances estivales par un séjour à la campagne. ! F. N. H. : Vous poursuivez des études en relations internationales, tout en vous intéressant à l’infor- matique. En quoi ce parcours académique nourrit-il votre regard sur le monde et votre manière de construire des histoires ? N. E. B. : Mes études en relations inter-
Mon ambition ultime est d’écrire de grandes épopées de l’imaginaire; j’adorerais créer une forme de science fantasy nord-africaine.
167 HORS-SÉRIE N°51 / FINANCES NEWS HEBDO
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